À quelques jours de son tir, le télescope spatial Nancy Grace Roman est déjà scellé sous la coiffe d’un Falcon Heavy, au Kennedy Space Center. La NASA vise un décollage au plus tôt le dimanche 30 août 2026 à 7 h 26 heure de la côte est des États-Unis, soit 13 h 26 à Paris, depuis le pas de tir 39A. L’observatoire embarque un miroir primaire de 2,4 mètres, le diamètre exact de celui de Hubble, derrière une caméra infrarouge dont le champ couvre 0,28 degré carré, une centaine de fois la surface de ciel que saisit une pose de Hubble. Il ne verra pas plus finement. Il verra beaucoup plus de ciel à la fois, et tout son programme scientifique découle de cette seule différence.

Un observatoire déjà enfermé dans la coiffe du Falcon Heavy

La dernière étape formelle a été franchie le vendredi 21 août 2026 : la revue d’aptitude au vol s’est tenue au Kennedy Space Center, avec la NASA, l’équipe de mission et SpaceX. Cette revue ne teste rien ; elle constate que l’ensemble des vérifications techniques et des procédures est en ordre, et autorise le passage aux opérations finales de lancement. Selon le billet publié ce jour-là sur le blog de mission de la NASA, l’observatoire était alors déjà encapsulé dans la coiffe du Falcon Heavy.

Ce qui reste à faire tient en trois gestes : transférer l’ensemble vers le hangar d’intégration du pas de tir 39A, l’accoupler au lanceur, puis rouler le tout jusqu’au pas de tir. Aucune de ces opérations ne relève plus de la science. À partir de la fermeture de la coiffe, l’observatoire est une charge utile comme une autre, et un télescope encapsulé ne se rouvre pas sans coût.

La répartition des responsabilités explique qui décide de quoi. Le projet scientifique est géré par le Goddard Space Flight Center de la NASA ; le lanceur relève du Launch Services Program de l’agence, qui contracte avec SpaceX. Deux chaînes de décision distinctes, un seul créneau.

Le miroir de Hubble derrière une caméra de 300 mégapixels

Le miroir primaire de Roman mesure 2,4 mètres de diamètre, 2,36 mètres de diamètre effectif une fois retirée l’obstruction centrale de 30,3 %, pour une ouverture de f/7,9. C’est, au centimètre près, le diamètre du miroir de Hubble. La ressemblance s’arrête là : à diamètre égal, celui de Roman est 80 % plus léger que celui de son aîné, selon la foire aux questions de la mission.

Le diamètre d’un miroir décide de deux choses, et de deux choses seulement : la quantité de lumière collectée et la finesse maximale des détails accessibles. Il ne décide pas de la surface de ciel photographiée. Sur ces deux premiers points, Roman ne fait donc pas mieux que Hubble — la NASA revendique des performances de sensibilité et de résolution comparables dans l’infrarouge, pas supérieures. Ce que Roman change se joue derrière le miroir, dans le plan focal.

Miroir primaire de 2,4 mètres du télescope spatial Nancy Grace Roman avant intégration
Le miroir primaire de Roman fait 2,4 mètres de diamètre, comme celui de Hubble, pour une masse inférieure de 80 %.

La NASA a publié fin mai 2026 les caractéristiques finales de sa surface optique : une couche d’argent de moins de 400 nanomètres d’épaisseur, déposée sur un verre poli jusqu’à une rugosité résiduelle moyenne de 1,2 nanomètre. Ces ordres de grandeur ne sont pas décoratifs. À 1,2 nanomètre de rugosité, les défauts du miroir sont bien plus petits que la longueur d’onde de la lumière qu’il réfléchit, condition nécessaire pour que la qualité de l’image soit fixée par la physique de la diffraction et non par celle du polissage.

Derrière ce miroir, l’instrument à grand champ est une caméra infrarouge de 300 mégapixels, construite non pas sur un capteur unique mais sur une mosaïque de 18 détecteurs. Elle dispose de huit filtres d’imagerie, d’un grism et d’un prisme basse résolution — de quoi, en plus des images, disperser la lumière et obtenir des spectres. Le second instrument est un coronographe, d’une tout autre nature : la NASA le présente comme un démonstrateur.

Le nom de l’observatoire, enfin, est celui de Nancy Grace Roman, première astronome en chef de la NASA.

Principales caractéristiques du télescope spatial Nancy Grace Roman, d’après les fiches techniques de mission de la NASA consultées le 24 août 2026.
CaractéristiqueValeur
Miroir primaire2,4 m de diamètre (2,36 m effectifs), f/7,9, obstruction centrale 30,3 %
Masse du miroir80 % plus léger que celui de Hubble, à diamètre égal
Instrument grand champ300 mégapixels, 18 détecteurs infrarouges, 8 filtres, 1 grism, 1 prisme
Champ de vue0,28 degré carré par pose
Dimensions de l’observatoireplus de 12,7 m de long, 4,4 m de large

0,28 degré carré : la surface de ciel qu’une seule pose embrasse

Le chiffre à retenir n’est pas un rapport, c’est une surface : 0,28 degré carré. C’est le champ de vue de l’instrument grand champ, tel que la NASA le donne dans la foire aux questions de la mission. Un rapport sans référentiel ne veut rien dire ; une surface absolue, si.

Pour la rendre manipulable, il faut un objet dont chacun connaît la taille apparente. La pleine Lune couvre environ 0,2 degré carré dans le ciel. Une pose de Roman embrasse donc environ un tiers de plus que cette surface — la NASA écrit seulement que son champ est plus grand que la pleine Lune. À chaque image, ce n’est pas une cible qui est enregistrée, c’est une région entière du ciel avec tout ce qu’elle contient.

Le facteur « 100 fois Hubble » mérite alors d’être manié avec précaution, parce qu’il dépend entièrement de la caméra de Hubble prise comme point de comparaison. La NASA donne elle-même deux valeurs selon l’instrument de référence retenu : la fiche de l’instrument grand champ indique que les images de la caméra WFC3/IR de Hubble sont environ 200 fois plus petites, tandis que les poses les plus larges de l’Advanced Camera for Surveys en sont proches de 100 fois plus petites. Les deux chiffres sont exacts. Ils ne comparent simplement pas le même instrument.

Et ce rapport porte sur des surfaces, pas sur une quelconque « puissance ». Un champ 100 fois plus large ne donne pas une image 100 fois meilleure : il donne 100 fois plus de ciel dans la même image. La conséquence se lit en temps de télescope. La NASA annonce une couverture du ciel jusqu’à 1 000 fois plus rapide que celle de Hubble, à sensibilité et résolution infrarouge comparables, et estime qu’en cinq ans Roman couvrira plus de 50 fois la surface de ciel que Hubble a couverte en trente ans de service. Le miroir n’y est pour rien. C’est la mosaïque de détecteurs qui fait ce travail.

Balayer le ciel plutôt que le pointer

Il existe deux façons d’utiliser un télescope spatial, et l’écart entre elles structure toute la mission. La première consiste à le pointer : on choisit une cible identifiée, on accumule de la pose dessus, on en tire une caractérisation détaillée. La seconde consiste à le balayer : on définit une région du ciel, on l’arpente systématiquement selon une grille, et on enregistre tout ce qui s’y trouve sans avoir décidé à l’avance ce qui est intéressant. Roman est conçu pour la seconde.

Ce choix a un coût — aucune image ne sera aussi profonde que ce qu’un instrument braqué des heures durant sur un objet unique peut produire — et une contrepartie : la statistique. Un relevé ne livre pas de meilleurs objets, il en livre beaucoup plus, mesurés de la même manière, avec les mêmes biais instrumentaux, ce qui les rend comparables entre eux. La NASA chiffre l’ambition à plus d’un milliard de galaxies mesurées sur la durée de vie de la mission.

Cette masse d’objets n’est pas une performance affichée pour elle-même. Elle est la condition d’existence des mesures visées. L’énergie noire, notamment, n’est observable sur aucun objet isolé : aucune galaxie prise isolément n’en porte la signature. Ce qui la trahit, c’est une déformation d’ensemble, minuscule sur chaque galaxie et détectable seulement lorsqu’on en accumule des millions. La même logique vaut pour les explosions stellaires servant à dater l’expansion, ou pour les alignements fortuits qui révèlent des planètes. Dans les trois cas, le nombre n’est pas un argument : c’est le dénominateur d’une mesure.

C’est pourquoi le programme de Roman se décrit en relevés, et non en cibles.

Des images captivantes prises par le télescope spatial Hubble

Trois relevés se partagent l’essentiel des cinq premières années

La NASA a défini trois relevés communautaires qui occupent la majeure partie de la mission primaire de cinq ans. Ce ne sont pas trois projets concurrents : ce sont trois façons d’exploiter le même champ, l’une en surface, les deux autres en répétition.

Le premier, le relevé de haute latitude à grand champ, est le plus vaste. Il doit couvrir plus de 5 000 degrés carrés en environ dix-sept mois, répartis entre un palier moyen d’environ 2 400 degrés carrés et un palier large d’environ 2 700 degrés carrés. Une pose couvrant 0,28 degré carré, il faut de l’ordre de vingt mille pointés distincts pour boucler une telle surface : c’est exactement ce que le grand champ rend possible en un temps fini.

Le deuxième, le relevé de haute latitude en domaine temporel, dure environ six mois. Il ne cherche pas la surface mais la répétition : revenir régulièrement sur les mêmes régions pour y repérer ce qui change, en particulier les supernovae de type Ia, dont la NASA attend des milliers d’exemplaires suivis.

Le troisième, le relevé du bulbe galactique en domaine temporel, est le plus long des trois, avec environ quinze mois. Il pousse la logique de la répétition à son extrême : une cadence haute de 12,1 minutes entre deux images d’un même champ, sur six saisons d’observation. Ce rythme n’est pas un luxe. Il est imposé par la brièveté des phénomènes recherchés.

Les trois relevés communautaires de la mission primaire, d’après la page « Core Community Surveys » de la NASA consultée le 24 août 2026.
RelevéDuréeCe qu’il viseParamètre déterminant
Haute latitude, grand champ≈ 17 moisFormes et regroupement des galaxiesplus de 5 000 degrés carrés couverts
Haute latitude, domaine temporel≈ 6 moisSupernovae de type Ia, par milliersretours réguliers sur les mêmes champs
Bulbe galactique, domaine temporel≈ 15 moisMicrolentilles et transitscadence haute de 12,1 minutes, six saisons

Ces trois programmes tiennent dans la mission primaire de cinq ans. Au-delà, l’ergol embarqué offre potentiellement de quoi soutenir cinq années supplémentaires, et la fiche technique de l’observatoire affiche un objectif de dix ans — un objectif, pas un engagement.

Énergie noire : ce que trahissent des galaxies déformées et des supernovae

Deux mesures indépendantes visent la même inconnue, et elles n’observent pas du tout la même chose.

La première repose sur la lentille gravitationnelle faible. La masse située entre une galaxie lointaine et l’observateur courbe l’espace et déforme légèrement l’image de cette galaxie : un disque circulaire apparaît très faiblement elliptique. L’effet est trop petit pour être identifié sur un objet isolé — une galaxie quelconque est déjà elliptique par nature, et rien ne permet de savoir ce qui, dans sa forme, vient de la lentille. La mesure n’existe donc que statistiquement : sur des millions de galaxies, les orientations propres se compensent, et il ne reste que la déformation cohérente imposée par la matière située devant. S’y ajoute une seconde information, la façon dont les galaxies se regroupent aux différentes époques cosmiques, qui dépend de la vitesse à laquelle l’expansion a étiré ces regroupements. Le milliard de galaxies annoncé et les 5 000 degrés carrés du relevé grand champ sont les deux faces de cette exigence statistique.

Schéma du balayage du ciel par le relevé de haute latitude à grand champ du télescope Roman
Le relevé de haute latitude à grand champ doit couvrir plus de 5 000 degrés carrés en environ dix-sept mois, à raison de 0,28 degré carré par pose.

La seconde mesure passe par les supernovae de type Ia. Ces explosions ont la propriété d’atteindre une luminosité intrinsèque à peu près identique d’un cas à l’autre, ce qui en fait des chandelles dites standard : en comparant l’éclat apparent à cette luminosité de référence, on obtient une distance. Cette distance, rapportée au décalage vers le rouge de l’objet, indique à quelle vitesse l’Univers s’étirait à l’époque où la lumière est partie. Chaque supernova prise seule est bruitée, et la standardisation elle-même comporte une dispersion résiduelle. D’où le besoin d’en suivre des milliers, sur plusieurs époques, ce que seul un relevé répété dans le temps permet.

Ces deux méthodes ne mesurent pas l’énergie noire : elles mesurent l’histoire de l’expansion. Ce que Roman peut apporter, c’est un jeu de contraintes plus serré sur cette histoire, à partir duquel les modèles seront départagés ou non. La nature de l’énergie noire, elle, reste entière.

Sur la même science des galaxies lointaines, avec une méthode d’observation opposée, on lira ces galaxies compactes et rouges repérées par le JWST.

Microlentille : la méthode qui attrape les planètes trop éloignées pour un transit

Le relevé du bulbe galactique repose sur un phénomène contre-intuitif : il détecte des planètes qu’aucun instrument ne voit, et qu’aucun instrument ne reverra.

Le principe tient à la gravité. Lorsqu’une étoile passe, vue depuis la Terre, exactement devant une autre étoile bien plus lointaine, sa masse courbe l’espace autour d’elle et concentre la lumière de l’astre d’arrière-plan : celui-ci paraît s’éclaircir pendant quelques jours ou quelques semaines, puis revient à son éclat initial. Si l’étoile de premier plan possède une planète, la masse de cette planète ajoute au moment de son passage une brève surintensité, parfois de quelques heures, dans la courbe d’amplification. C’est cette anomalie, et elle seule, qui signale la planète.

La méthode a une force que ni le transit ni la vitesse radiale ne possèdent : elle ne dépend ni de la lumière de la planète, ni de son influence sur son étoile, mais de sa masse. Elle atteint donc les orbites larges et froides, celles où une planète met des années à faire un tour et ne repasse presque jamais devant son étoile. C’est là que le relevé du bulbe cherche : la NASA vise plus de 1 000 exoplanètes à orbite large par cette voie.

Elle a aussi une limite qui ne se contourne pas. Un alignement de ce type ne se reproduit pas. Il n’est pas possible de revenir observer le système pour confirmer, contrairement à un transit qui se répète à chaque orbite. D’où la cadence de 12,1 minutes : puisque l’événement ne reviendra pas, il faut l’échantillonner assez finement pour ne pas manquer l’anomalie planétaire pendant qu’elle se produit.

Le même relevé annonce par ailleurs de l’ordre de 100 000 détections de transits dans le bulbe galactique. Ce chiffre circule vite hors de son cadre. Il désigne des détections attendues, c’est-à-dire des signaux à trier, à valider et parfois à écarter, pas un catalogue de mondes confirmés. L’objectif en planètes proprement dit, celui de la microlentille, s’annonce au-delà du millier, pas au-delà de la centaine de milliers.

Vingt pétaoctets, et aucune période d’exclusivité sur les images

Un instrument qui photographie 0,28 degré carré à 300 mégapixels en continu produit un flux que la mission doit d’abord réussir à faire redescendre. La fiche technique de l’observatoire annonce environ 11 térabits de données par jour, transmis par une liaison dont le débit descendant s’échelonne entre 250 et 500 mégabits par seconde, soit de l’ordre de 1,4 téraoctet quotidien.

La NASA annonce par ailleurs 20 pétaoctets accumulés sur les cinq ans de mission primaire. Les deux chiffres semblent incompatibles : 1,4 téraoctet par jour pendant cinq ans donnerait un total bien inférieur. Ils ne mesurent pas la même quantité. Le premier est le flux brut descendu du télescope ; le second est le volume de l’archive, qui contient en plus les versions calibrées de chaque image, les produits intermédiaires et les catalogues dérivés — lesquels pèsent, ensemble, beaucoup plus que la donnée d’origine. Un relevé produit moins d’images que de fichiers.

Reste la question de savoir qui pourra les ouvrir. La mission ne comporte aucune période d’exclusivité : la NASA indique que 100 % du temps d’observation est mis en compétition et que les données sont publiques. Concrètement, aucune équipe ne dispose de mois d’avance sur les autres pour exploiter ses propres observations. La compétition scientifique se déplace de l’accès à l’instrument vers la capacité à traiter vite une archive ouverte à tous — ce qui change moins la situation des grands consortiums que celle des équipes réduites, pour qui l’obstacle devient le calcul et non plus le temps de télescope.

Huit mois d’avance sur le calendrier officiel de 2023

En octobre 2023, le calendrier officiel de la mission annonçait un lancement au plus tard en mai 2027. Le créneau du 30 août 2026 place le tir huit mois avant cette échéance, avance que la NASA revendique sur sa page de compte à rebours. Les documents publics de la NASA ne désignent pas de cause unique à ce gain de calendrier. Ils en donnent les jalons.

Le dernier de ces jalons touchant à l’observatoire lui-même remonte au 25 juillet 2026, avec le chargement de 290 gallons d’hydrazine — environ 1 100 litres — au Payload Hazardous Servicing Facility du Kennedy Space Center. Ce fluide n’est pas destiné à propulser le télescope au sens courant : il alimente les manœuvres de transit vers L2, le maintien à poste une fois sur place et l’orientation des panneaux solaires. Sa quantité fixe donc le plafond de la prolongation possible au-delà des cinq ans prévus. Une répétition générale de lancement a par ailleurs été menée le jeudi 20 août, selon le blog de mission de la NASA, avant la revue d’aptitude au vol du lendemain.

Un instrument de ce type se compare utilement à un autre instrument neuf mis en orbite cette année.

Là où Roman s’arrête et où d’autres télescopes prennent le relais

Trois contraintes bornent cet observatoire, et elles étaient posées avant même sa conception. La première est géométrique : un miroir de 2,4 mètres non déployable correspond au diamètre maximal qu’une coiffe de lanceur peut accueillir d’un seul tenant. Le JWST a contourné cette limite en dépliant un miroir segmenté ; Roman a fait le choix inverse, plus simple et sans mécanisme critique au déploiement. La deuxième est thermique : le miroir doit être maintenu à 265 kelvins et l’observatoire à 298 kelvins, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, avec une stabilité de pointage de 8 millisecondes d’arc. La troisième est chimique, et c’est celle qui compte le plus à long terme : la réserve d’hydrazine embarquée décide seule de ce qui viendra après les cinq années primaires.

Ces bornes dessinent en creux la division du travail avec les autres grands observatoires. Roman balaie pour repérer et compter ; le JWST pointe pour caractériser finement un objet déjà identifié. Aucun ne se substitue à l’autre, et la production du premier alimentera naturellement les demandes de temps du second. Ce que Roman ne fera pas, c’est l’analyse détaillée des objets qu’il aura trouvés.

Le coronographe embarqué illustre cette limite dans le programme lui-même. La NASA le présente comme un démonstrateur d’imagerie directe et de spectroscopie d’exoplanètes proches et de disques de formation planétaire. Un démonstrateur sert à établir qu’une technique fonctionne en vol, pas à produire un catalogue : les performances de contraste réellement atteintes ne seront connues qu’après la mise en service. C’est sur cette brique, si elle tient ses promesses, que reposent les projets d’imagerie directe des décennies suivantes.

La suite est donc suspendue à une trajectoire, pas à un tir. Ce qu’un programme de la NASA finit par établir se mesure sur des années — comme le montre ce que quatorze ans de Curiosity ont appris sur l’habitabilité de Mars. Pour Roman, la première image ne dira presque rien. Le premier relevé bouclé, beaucoup.

FAQ — Le télescope spatial Nancy Grace Roman

Quand le télescope Nancy Grace Roman doit-il décoller ?

La NASA vise un lancement au plus tôt le dimanche 30 août 2026 à 7 h 26 heure de la côte est des États-Unis, soit 13 h 26 en France métropolitaine. Le tir aura lieu depuis le pas de tir 39A du Kennedy Space Center, sur un Falcon Heavy de SpaceX. La formulation « au plus tôt » est celle employée par l’agence : la date reste conditionnée à la météo et à la disponibilité du lanceur.

Roman remplace-t-il Hubble ou le télescope spatial James Webb ?

Non, et les trois observatoires ne font pas le même travail. Roman dispose d’un miroir de 2,4 mètres, identique en diamètre à celui de Hubble, mais son champ de 0,28 degré carré en fait un instrument de relevé, conçu pour arpenter de grandes surfaces de ciel. Le JWST, lui, pointe des cibles déjà identifiées pour les caractériser en détail. Un relevé repère et compte ; un télescope pointé analyse.

Où le télescope va-t-il travailler ?

Roman opérera en orbite quasi-halo autour du point de Lagrange L2 du système Soleil-Terre, à environ 1,5 million de kilomètres de la Terre. Cette position permet de maintenir l’observatoire dans un environnement thermique stable, condition de la stabilité de ses mesures.

Combien de temps la mission doit-elle durer ?

La mission primaire est prévue pour cinq ans. La NASA indique que l’ergol embarqué lors du remplissage de juillet 2026 offre potentiellement de quoi soutenir cinq années supplémentaires, et la fiche technique de l’observatoire affiche un objectif de dix ans. La durée réelle dépendra de la consommation d’hydrazine et de l’état des systèmes.

Roman va-t-il découvrir 100 000 planètes ?

Le chiffre de 100 000 correspond à un ordre de grandeur de détections de transits attendues dans le relevé du bulbe galactique, pas à un catalogue de planètes confirmées une à une. L’objectif propre à la méthode des microlentilles est annoncé à plus de 1 000 planètes à orbite large. Entre une détection et une planète confirmée, il y a un travail de validation que le télescope ne fait pas.

Qu’est-ce que la microlentille gravitationnelle ?

C’est une méthode qui détecte une planète sans jamais la voir. Lorsqu’un astre passe devant une étoile d’arrière-plan, sa gravité courbe la lumière de celle-ci et l’amplifie brièvement. La forme de cette amplification trahit la présence d’une planète autour de l’astre qui passe. La méthode atteint des orbites larges et froides que le transit et la vitesse radiale laissent échapper, mais l’événement ne se reproduit jamais : la vérification directe est impossible.

Les images de Roman seront-elles accessibles à tous ?

Oui. La NASA indique que la mission ne comporte aucune période d’exclusivité sur les données : 100 % du temps d’observation est mis en compétition et les données sont publiques. L’archive attendue atteint 20 pétaoctets sur les cinq ans de mission primaire, produits calibrés et catalogues dérivés compris.