Un blindage posé sur cinq régions du corps retire davantage de dose efficace qu’une protection étendue au corps entier. L’énoncé paraît faux ; il découle de la façon dont cette grandeur est construite. Une publication parue dans Science Advances le 12 août 2026 le chiffre à partir de deux mannequins qui ont contourné la Lune à bord d’Orion pendant Artemis I, l’un sans protection, l’autre vêtu d’un gilet de 26 kilogrammes. Aucune éruption solaire n’a frappé le vaisseau pendant ce vol : les 60 % annoncés sortent d’un calcul appuyé sur une mesure, pas d’une tempête observée.

La chaîne physique tient en quatre maillons. Le Soleil accélère des protons ; ces protons traversent la coque d’un vaisseau ; leur énergie se dépose dans les tissus ; et c’est la moelle osseuse qui décide de l’issue à court terme d’une forte exposition. Chacun de ces maillons est documenté depuis des décennies. Le cinquième l’est beaucoup moins : dès lors que la grandeur de référence n’est plus la dose reçue par le corps entier mais une somme pondérée par la sensibilité de chaque organe, protéger peu et épais l’emporte sur protéger partout et mince.

C’est ce maillon que l’expérience MARE, embarquée sur Artemis I en novembre 2022, permet de chiffrer. Le résultat n’a été publié que le 12 août 2026, près de quatre ans après le vol, sous la signature de Jordan M. Houri, Thomas Berger, Ramona Gaza et leurs coauteurs, rattachés notamment à l’entreprise israélienne StemRad, au Johnson Space Center de la NASA, au Centre allemand pour l’aéronautique et l’astronautique (DLR) et à Duke University (DOI 10.1126/sciadv.adz1892). Il tient en deux nombres : environ 60 % de dose efficace en moins pour un événement du type de celui d’août 1972, près de 40 % pour un événement du type de celui d’octobre 1989. Ces deux nombres ne sont pas interchangeables, et c’est cette différence qui apprend le plus.

Une éruption à protons, c’est d’abord un flux qui traverse la coque

Le Soleil envoie en permanence vers l’espace interplanétaire un vent de particules chargées, lent et peu énergétique, que le champ magnétique terrestre dévie et qu’une paroi métallique arrête sans difficulté. C’est ce flux ordinaire qui alimente les aurores polaires observées depuis la Terre. Une éruption à protons appartient à une autre catégorie de phénomène.

Lors de certaines éruptions, le Soleil accélère brutalement des protons et les projette dans le milieu interplanétaire. Le flux arrive en quelques dizaines de minutes à quelques heures, et il ne s’arrête pas à la surface du vaisseau : à ces énergies, un proton pénètre la structure et ne cède son énergie qu’en profondeur, dans ce qui se trouve derrière. La différence entre un phénomène qui allume le ciel polaire et un phénomène qui délivre une dose à un équipage ne tient donc pas à la quantité de particules, mais à l’énergie de chacune.

Deux éruptions ne se ressemblent d’ailleurs pas. Le spectre de particules de l’événement d’octobre 1989 était plus énergétique que celui d’août 1972 : à quantité de matière égale devant elles, ses protons allaient plus loin. Cette seule différence fait chuter le rendement du gilet d’environ vingt points d’un scénario à l’autre.

Un repère chiffré donne l’échelle du dépôt d’énergie possible à bord. Pendant Artemis I, la traversée de la ceinture de protons de Van Allen — un réservoir permanent de protons piégés par le champ terrestre, physiquement distinct d’une éruption mais peuplé de particules de même nature — a produit dans Orion des débits de dose absorbée de 69 micrograys par minute à l’emplacement le mieux abrité, contre 240 à 287 micrograys par minute aux emplacements les moins protégés, selon les mesures d’Artemis I publiées dans Nature le 18 septembre 2024. Un facteur quatre, à quelques mètres de distance, dans le même vaisseau. Ces micrograys mesurent l’énergie déposée, pas le risque pondéré par organe : ils ne se convertissent pas en millisieverts par une simple règle de trois.

De la paroi d’Orion à la moelle osseuse : où l’énergie se dépose

Un proton qui a franchi la coque ne s’arrête pas net. Il arrache des électrons aux molécules qu’il croise, dépose son énergie le long de son parcours et finit par s’immobiliser à une profondeur qui dépend de son énergie de départ. Ce qui se trouve sur ce parcours n’est pas neutre : tous les tissus ne réagissent pas de la même façon à la même quantité d’énergie déposée.

La moelle osseuse est le maillon faible de la chaîne. C’est un tissu en division cellulaire permanente, chargé de renouveler en continu les cellules du sang, et un dépôt d’énergie important y désorganise d’abord les cellules en cours de réplication. C’est elle qui décide de l’issue à court terme d’une forte exposition, avant même que la question des cancers tardifs ne se pose. Cette position particulière explique la forme du dispositif testé sur Artemis I : un gilet, et non une combinaison.

Le blindage du gilet AstroRad est concentré sur des organes et des tissus radiosensibles. Le communiqué du DLR du 13 août 2026 en nomme cinq au premier rang : la moelle osseuse, les poumons, l’estomac, la poitrine et les ovaires. Le reste du corps n’est pas couvert, et ce n’est pas une concession : c’est la logique du dispositif.

Reste un rayonnement que ce raisonnement n’atteint pas. En croisière, hors des ceintures, les détecteurs d’Orion ont enregistré 0,96 à 1,24 millisievert de dose équivalente par jour selon l’emplacement. Cette dose de fond ne vient pas d’éruptions solaires, mais du rayonnement cosmique galactique : des noyaux atomiques accélérés hors du Système solaire, permanents, et d’énergies très supérieures à celles des protons d’une éruption. Quelques centimètres de polyéthylène ne peuvent presque rien contre eux. Le gilet ne touche pas à ce fond-là.

Les deux mannequins anthropomorphes de l'expérience MARE, dont l'un porte le gilet AstroRad.
Les deux mannequins de l’expérience MARE sont constitués de 38 tranches empilées reproduisant os, tissus mous et organes ; seul Zohar portait le gilet AstroRad.

La dose efficace, ou pourquoi cinq organes suffisent à faire tomber un total

Le chiffre de 60 % ne porte pas sur « les radiations reçues ». Il porte sur la dose efficace, et cette précision n’est pas un détail de vocabulaire : elle est la condition qui rend le résultat possible.

La dose efficace n’est pas la dose reçue par le corps entier. C’est la somme des doses reçues par chaque organe, chacune multipliée par un facteur qui traduit la sensibilité de cet organe au rayonnement. Un même dépôt d’énergie ne pèse donc pas le même poids selon l’endroit du corps où il se produit. Le total obtenu est un indicateur de risque agrégé, pas une mesure physique directe.

La conséquence arithmétique est immédiate. Dans une somme pondérée, agir sur les termes les plus lourds fait davantage tomber le total qu’agir uniformément sur tous les termes. Les cinq cibles du gilet — moelle osseuse, poumons, estomac, poitrine, ovaires — sont précisément des tissus auxquels cette pondération attribue un poids élevé. Retirer une part de leur dose fait donc davantage tomber le total que la même réduction obtenue sur des tissus de faible poids, alors même que la plus grande partie de la surface du corps reste sans protection.

C’est dans ce cadre, et seulement dans ce cadre, que les deux résultats de la publication se lisent : environ 60 % de dose efficace en moins pour un événement du type de celui d’août 1972, près de 40 % pour un événement du type de celui d’octobre 1989. Un lecteur qui traduirait ces pourcentages par « 60 % de particules arrêtées » se tromperait de grandeur. Le gilet n’arrête pas 60 % de ce qui arrive ; il retire 60 % d’un indicateur pondéré, en agissant là où la pondération est la plus lourde.

Concentrer plutôt qu’étaler : le pari de 26 kilos posés sur le torse

Le gilet AstroRad est fait de polyéthylène haute densité et pèse environ 26 kilogrammes sur Terre, soit 57 livres. Ce n’est pas une combinaison intégrale allégée : c’est la même idée poussée dans l’autre sens.

Arrêter un proton demande de l’épaisseur. Une quantité donnée de matériau répartie sur l’ensemble du corps reste mince partout, et ne mord que sur la partie la moins énergétique du spectre incident : les protons rapides passent au travers, presque partout. La même matière ramassée sur quelques régions y devient assez épaisse pour entamer sérieusement le flux, au prix d’une absence totale de protection ailleurs. Comme le total à faire baisser est une somme pondérée, l’opération est gagnante tant que les régions couvertes portent les poids les plus lourds.

Le communiqué du DLR du 13 août 2026 chiffre les deux termes de la comparaison. Le gilet ciblé réduit la dose efficace de 58,2 % dans le scénario d’une éruption de type août 1972 et de 36,9 % dans celui d’une éruption de type octobre 1989. Une protection réaliste couvrant tout le corps et mobilisant la même masse de matériau, indique le même communiqué, offrait un gain inférieur d’environ 30 % à celui du gilet.

Cette comparaison mérite d’être lue pour ce qu’elle dit exactement. Le communiqué met en regard deux dispositifs et le gain obtenu par chacun ; il précise que les deux mobilisent la même masse de matériau. La conclusion est donc bien qu’à quantité de matière donnée, ramasser le blindage sur quelques régions fait mieux que l’étaler. La limite qui subsiste tient au support du calcul. Cette comparaison a été menée sur des fantômes de mesure virtuels couvrant le corps entier, substitués aux deux mannequins qui ne reproduisent que le torse, et elle relève à ce titre du modèle, non d’une mesure embarquée. Pour un vaisseau réel, où chaque kilogramme se négocie contre autre chose, c’est cette masse commune qui rend le résultat utilisable.

Deux mannequins, 38 tranches et 1 400 points de mesure : ce qu’Artemis I a enregistré

L’expérience s’appelle MARE, pour Matroshka AstroRad Radiation Experiment. Elle est pilotée par l’Institut de médecine aérospatiale du DLR, avec la NASA, l’entreprise israélienne StemRad et l’Agence spatiale israélienne. Son principe tient en une comparaison : deux corps identiques, dans le même vaisseau, au même moment, dont un seul est protégé.

Les deux mannequins anthropomorphes féminins s’appellent Helga et Zohar. Helga a volé sans protection, Zohar en portant le gilet AstroRad. Chacun est constitué de 38 tranches empilées, pour une hauteur d’environ 95 centimètres couvrant le torse et la tête, avec des matériaux de densités différentes reproduisant les os, les tissus mous et les organes ; ils ont été fabriqués par CIRS, à Norfolk, aux États-Unis. Environ 1 400 emplacements de dosimètres passifs sont répartis dans les deux mannequins. L’expérience compte en outre 34 détecteurs actifs, pour les deux corps réunis : 16 instruments M-42 développés par le DLR et 18 détecteurs CAD fournis par la NASA.

Le vol s’est déroulé du 16 novembre 2022 à 6 h 47 UTC au 11 décembre 2022 à 17 h 40 UTC, soit environ 25,5 jours — les documents publiés donnent 25, 25,5 ou 26 jours selon leur décompte. La dose équivalente totale accumulée pendant la mission s’est établie entre 26,7 et 35,4 millisieverts selon l’emplacement, dont 1,80 à 3,94 millisieverts imputables aux passages dans les ceintures.

Le protocole isole proprement une variable et une seule. Tout ce qui diffère entre Helga et Zohar est le gilet, ce qui écarte les objections tenant à la trajectoire, à l’orientation du vaisseau ou au moment du vol. Deux limites accompagnent pourtant ce résultat. La première : les doses d’organes rapportées sont celles d’un corps féminin, et deux des cibles du blindage — la poitrine et les ovaires — lui sont propres, si bien que le chiffre ne se transpose pas tel quel à un corps masculin. Le DLR motive ce choix par le risque de cancer radio-induit statistiquement plus élevé chez les femmes, ce qui faisait de la reproduction d’un corps féminin l’objet même de MARE. La seconde tient à la donnée d’entrée des scénarios de tempête : elle ne provient d’aucune éruption, mais du flux de protons rencontré dans la ceinture de Van Allen.

Un groupe d'astronautes marche actuellement en ligne droite.

Du passage dans la ceinture de Van Allen aux tempêtes de 1972 et 1989

Aucune éruption solaire significative ne s’est produite pendant Artemis I. Les 60 % ne sont donc pas le rendement observé d’un gilet pendant une tempête : ils sont le résultat d’un calcul.

Ce calcul part de ce qui a été réellement mesuré, à savoir le flux de protons rencontré lors de la traversée de la ceinture de Van Allen interne, enregistré par les détecteurs actifs des deux mannequins. À partir de la réponse des dosimètres à ce flux, les auteurs reconstruisent ce que donneraient les spectres de deux éruptions solaires passées et bien documentées, celles d’août 1972 et d’octobre 1989. La mesure est réelle, la tempête est modélisée. C’est la borne exacte de ce que la publication démontre.

Les valeurs publiées appellent une lecture attentive, parce que trois chiffres circulent pour un même résultat. Le résumé de l’étude annonce une réduction « d’environ 60 % » pour le scénario 1972, en précisant qu’elle varie légèrement selon le modèle anatomique retenu. Le communiqué du DLR donne un chiffrage détaillé de 58,2 %. La lecture de l’étude par Science News ramène l’exercice à des valeurs absolues, 222 millisieverts sans gilet contre 87,5 avec, soit environ 61 %. Ces trois nombres ne se contredisent pas : le résumé de la publication attribue lui-même la variation au modèle anatomique retenu, et le rapport des deux valeurs absolues tombe dans la même fourchette. Le 58,2 % du DLR provient, lui, de calculs de modèle supplémentaires : Helga et Zohar, qui ne reproduisent que le torse, y ont été remplacés par des fantômes de mesure virtuels couvrant le corps entier. Pour le scénario 1989, le résumé annonce « près de 40 % » là où le DLR chiffre 36,9 %.

Pourquoi l’efficacité tombe quand les protons gagnent en énergie

L’écart entre 58,2 % et 36,9 % n’est pas un accident de modélisation. Il énonce une propriété du blindage.

La distance qu’un proton parcourt dans la matière avant de s’arrêter croît vite avec son énergie : doubler l’énergie d’un proton ne demande pas de doubler l’épaisseur de matériau placé devant lui, mais bien davantage. Un blindage dimensionné pour arrêter la partie basse d’un spectre devient donc rapidement transparent pour sa partie haute. Le spectre d’octobre 1989 étant plus énergétique que celui d’août 1972, la même épaisseur de polyéthylène en intercepte une fraction plus faible.

Ce constat déplace la question. Le rendement d’un blindage n’est pas une caractéristique de l’objet, comme le serait sa masse : c’est une propriété du couple formé par l’objet et le spectre qu’il rencontre. Retenir « 60 % » comme la performance du gilet AstroRad revient à prendre le résultat d’un cas particulier pour une constante. Le même vêtement, face à une éruption plus dure que celle de 1989, ferait moins bien encore, et rien dans la publication ne fixe de plancher à cette dégradation.

C’est aussi ce qui explique que le rayonnement cosmique galactique échappe entièrement au dispositif. L’énergie de ses noyaux dépasse de loin celle des protons d’une éruption, et l’épaisseur de matière qu’il faudrait pour les intercepter croît en conséquence. Aucune épaisseur transportable ne les arrête.

Jusqu’à 193 jours d’espace lointain : ce que 60 % pèsent en millisieverts

Un pourcentage ne dit rien tant qu’on ignore de quoi il est le pourcentage. La publication propose une première traduction : la dose efficace retirée par le gilet représenterait jusqu’à 193 jours d’exposition ordinaire en espace lointain pour le scénario 1972, et jusqu’à 131 jours pour le scénario 1989. Ces durées sont des bornes hautes, et les auteurs les écrivent au conditionnel.

Ces durées deviennent lisibles quand on les rapproche du débit de fond mesuré à bord d’Orion, de 0,96 à 1,24 millisievert de dose équivalente par jour. Ce que le gilet retire en quelques heures de tempête, un astronaute mettrait au plus six mois à l’accumuler en croisière. La conversion vient des auteurs, et elle rapporte une dose efficace retirée à un débit exprimé en dose équivalente : deux sieverts qui ne comptent pas la même chose. La comparaison ne dit pas que la mission serait prolongée d’autant : elle donne l’ordre de grandeur de ce qu’une seule éruption représente dans un budget de dose.

La lecture de l’étude par Science News permet de descendre au niveau des valeurs absolues. Pour le scénario 1972, la dose efficace passerait d’environ 222 millisieverts sans gilet à 87,5 millisieverts avec. Ces deux valeurs ne figurent pas dans le résumé de la publication et doivent être prises comme un ordre de grandeur attribué à cette lecture, non comme le chiffre officiel de l’étude.

Elles prennent leur sens face à une limite. La NASA applique une dose efficace de carrière plafonnée à 600 millisieverts, identique quels que soient l’âge et le sexe, adossée à un critère de 3 % de risque de décès par cancer radio-induit. Cette valeur est celle que rapportent Science News et le rapport Space Radiation and Astronaut Health des National Academies, et non le texte de la norme NASA qui la fixe. À 222 millisieverts, une seule tempête de classe 1972 consommerait plus du tiers du budget de toute une carrière. Ramenée à 87,5 millisieverts, elle en consomme environ un septième. Le pourcentage devient alors une durée d’exercice professionnel.

Reste l’échelle familière. Le débit de fond dans Orion, environ 1 millisievert par jour, fait recevoir en quatre à cinq jours ce qu’un habitant de la France reçoit en une année : 4,5 millisieverts en moyenne, dont 3,0 d’origine naturelle et 1,5 d’origine médicale, selon le bilan d’exposition de la population française de l’IRSN, publié en 2021. Cette comparaison sert à situer un ordre de grandeur. Les millisieverts cités ici relèvent d’un cadre d’exposition professionnelle propre aux astronautes ; ils ne constituent un repère de sécurité pour personne, ni en vol ni sur Terre.

Réduction de dose efficace attribuée au gilet AstroRad selon le scénario d’éruption solaire reconstitué — aucune éruption n’a eu lieu pendant le vol —, d’après la publication parue dans Science Advances le 12 août 2026, le communiqué du DLR du 13 août 2026 et la lecture de l’étude par Science News.
Scénario d’éruptionRéduction annoncée par l’étudeChiffrage détaillé du DLRExposition en espace lointain épargnée (borne haute)Dose efficace sans / avec gilet
Type août 1972environ 60 %58,2 %jusqu’à 193 jours222 / 87,5 mSv (lecture Science News)
Type octobre 1989près de 40 %36,9 %jusqu’à 131 joursnon publié
La capsule Orion photographiée au-dessus de la surface lunaire pendant la mission Artemis I.
Artemis I a duré environ 25,5 jours, du 16 novembre au 11 décembre 2022 ; les détecteurs de l’expérience MARE ont enregistré pendant tout le vol.

L’abri anti-tempête, le gilet et le fond cosmique : trois protections pour trois problèmes

Le gilet n’arrive pas dans un vide. Orion dispose déjà d’un abri anti-tempête aménagé à l’intérieur de la capsule, et les mesures d’Artemis I publiées dans Nature en 2024 en ont établi le rendement : il plafonne à 150 millisieverts la dose équivalente qu’un grand événement solaire ferait recevoir à l’équipage qui s’y réfugie.

Ces mêmes mesures ont montré que l’architecture du vaisseau et son orientation comptent autant que les matériaux ajoutés. Le facteur quatre relevé plus haut entre l’emplacement le mieux abrité et le moins abrité d’Orion tient à cette géométrie interne. Et une rotation de 90° du vaisseau pendant la traversée de la ceinture de protons a fait baisser les débits de dose d’environ 50 %. Tourner le vaisseau est donc, à sa manière, un dispositif de protection.

Abri et gilet ne se substituent pourtant pas l’un à l’autre, parce qu’ils ne résolvent pas le même problème. L’abri plafonne la dose mais immobilise l’équipage dans un volume exigu pendant toute la durée de l’événement, alors qu’une éruption peut durer des heures. Un vêtement de 26 kilogrammes laisse continuer à travailler. Thomas Berger, physicien des rayonnements à l’Institut de médecine aérospatiale du DLR et responsable de l’étude, situe là l’apport de MARE dans le communiqué du 13 août 2026 : l’expérience fait passer la radioprotection spatiale de la mesure de l’environnement à l’évaluation de contre-mesures concrètes.

Reste le troisième problème, celui qu’aucun des deux dispositifs ne traite : le rayonnement cosmique galactique et sa dose de fond d’environ 1 millisievert par jour. Sur un aller-retour vers Mars, c’est lui qui domine le bilan, et ni l’abri ni le gilet n’y changent grand-chose — une contrainte qui pèse sur l’horizon des missions longues vers Mars bien plus que les éruptions solaires.

Vérifier ces 60 % demandera une vraie tempête solaire

Le gilet AstroRad n’est pas embarqué sur Artemis II. D’après Phys.org, la durée de la mission, dix jours, et les contraintes de place à bord ont conduit à ne pas le reprendre. Le DLR poursuit en revanche la mesure sur ce vol, avec quatre exemplaires d’une version améliorée de son détecteur actif, le M-42 EXT.

Ce qui manque au dossier est donc identifié, et une seule chose peut le combler : une éruption solaire à protons survenant pendant qu’un vaisseau habité, instrumenté et équipé du dispositif se trouve hors de la protection du champ magnétique terrestre. Tant que cette configuration ne s’est pas produite, le rendement du gilet restera une extrapolation cohérente, dérivée d’une mesure réelle mais d’une mesure faite dans les ceintures de Van Allen.

Une question reste ouverte, et elle ne porte plus sur la physique. Le résultat de MARE indique qu’à blindage concentré, la dose efficace tombe fortement dans le scénario le plus favorable et beaucoup moins dans le plus dur. Aucun des documents publiés ne dit où placer le curseur entre les deux pour dimensionner un vol de plusieurs mois vers la Lune, cible du programme Artemis, ni ce que coûterait le passage d’une protection individuelle à une protection systématique. C’est ce dimensionnement, plus que le principe lui-même, que les prochaines missions devront trancher.

FAQ — le gilet AstroRad et les radiations d’Artemis

Le gilet AstroRad protège-t-il de toutes les radiations spatiales ?

Non. Son champ d’action porte sur les protons émis lors des éruptions solaires. Il ne protège pas du rayonnement cosmique galactique, permanent et bien plus énergétique, qui produit la dose de fond mesurée dans Orion — de 0,96 à 1,24 millisievert par jour selon l’emplacement. Contre ces noyaux, quelques centimètres de polyéthylène ne peuvent presque rien. Le problème radiologique de l’exploration lointaine reste donc entier sur ce volet.

Les 60 % de réduction ont-ils été mesurés pendant une éruption solaire ?

Non, et c’est le point le plus souvent perdu. Aucune éruption solaire significative n’a eu lieu pendant les quelque vingt-cinq jours du vol Artemis I. Les scénarios de tempête sont extrapolés à partir des mesures réalisées par les détecteurs actifs lors de la traversée de la ceinture de protons de Van Allen. Le résultat est un calcul appuyé sur une mesure réelle, pas la mesure d’une tempête.

Que veut dire « dose efficace », et pourquoi ce n’est pas la dose reçue par le corps ?

La dose efficace est la somme des doses reçues par chaque organe, chacune pondérée par la sensibilité de cet organe au rayonnement. Elle s’exprime en sieverts, comme la dose équivalente, mais elle ne mesure pas la même chose : c’est un indicateur de risque agrégé. Cette pondération est ce qui permet à un blindage partiel de faire chuter un total, puisqu’il agit sur les termes les plus lourds de la somme.

Quelles parties du corps le gilet AstroRad couvre-t-il ?

Le gilet ne couvre pas le corps entier. Le communiqué du DLR du 13 août 2026 nomme la moelle osseuse, les poumons, l’estomac, la poitrine et les ovaires comme cibles principales du blindage. Le matériau est du polyéthylène haute densité, pour une masse d’environ 26 kilogrammes sur Terre.

Pourquoi l’efficacité tombe-t-elle à près de 40 % pour une tempête de type 1989 ?

Parce que le spectre de particules d’octobre 1989 était plus énergétique que celui d’août 1972. Plus un proton est énergétique, plus l’épaisseur de matière nécessaire pour l’arrêter croît vite. Le rendement annoncé n’est donc pas une caractéristique du gilet seul, mais du couple formé par le gilet et le spectre auquel il fait face. Le chiffrage détaillé du DLR donne 58,2 % pour le scénario 1972 et 36,9 % pour le scénario 1989.

Que représentent les « jusqu’à 193 jours » d’espace lointain annoncés par l’étude ?

C’est une conversion en durée, et l’étude la donne comme une borne haute. La dose efficace que le gilet retire lors d’une tempête de type 1972 représente au plus ce qu’un astronaute accumulerait en 193 jours d’exposition ordinaire en espace lointain, au débit de dose mesuré à bord d’Orion. Pour le scénario 1989, la borne tombe à 131 jours. Ces durées traduisent une réduction de dose, pas une prolongation garantie de mission.

Le gilet est-il embarqué sur Artemis II ?

Non. Selon Phys.org, la durée de la mission, dix jours, et les contraintes de place à bord ont conduit à ne pas le reprendre. Le DLR poursuit en revanche la mesure sur ce vol avec quatre exemplaires d’une version améliorée de son détecteur actif, le M-42 EXT. Le gilet, lui, reste au sol pour cette mission.