Comment l’équivalent de plusieurs mois de pluie peut-il tomber au même endroit en moins de deux jours, quand une commune proche en reçoit nettement moins ? Le premier épisode méditerranéen de la saison en donne la mesure : entre le 29 septembre au soir et le 1ᵉʳ octobre 2026 au matin, la station de Saint-Hippolyte-du-Fort, dans le Gard, a recueilli 337,6 mm, selon Météo-France, qui avait placé le Gard et l’Hérault en vigilance rouge le 30 septembre. La réponse tient à un air chaud et humide venu d’une mer encore chaude, et à ce qui le force à monter. Météo-France distingue deux situations : un relief barre la route à cet air, ou, sans relief, des orages se reconstruisent sans cesse au même endroit. C’est cette régénération sur place qui explique pourquoi la pluie s’acharne sur un même point, y compris loin de toute montagne.

Plus de 330 mm sous un pluviomètre du Gard, du 29 septembre au 1ᵉʳ octobre

Selon le bilan publié par Météo-France le 1ᵉʳ octobre 2026, l’épisode a débuté le mardi 29 septembre au soir et s’est achevé le jeudi 1ᵉʳ octobre au matin. La vigilance orange pluie-inondation a été déclenchée dès le mardi à 16 h, puis le Gard et l’Hérault sont passés en rouge le mercredi 30 septembre, de 8 h à 22 h, l’est de l’Hérault étant particulièrement touché. Le même jour, d’après le point des vigilances publié par franceinfo, l’Ardèche et la Lozère étaient en orange, rejointes dans l’après-midi par les Bouches-du-Rhône. Météo-France présente l’épisode comme le premier de la saison ; le précédent épisode cévenol remontait, selon le même bilan, à décembre 2025.

Les cumuls se lisent station par station. Saint-Hippolyte-du-Fort, dans le Gard, a recueilli 337,6 mm ; Colognac, dans le même département, 299,0 mm ; Prades-le-Lez, dans l’Hérault, 264,9 mm ; Moulès-et-Baucels, également dans l’Hérault, 258,4 mm. Le direct de France 3 Occitanie consacré à l’épisode le résumait en 200 à 300 mm sur certains secteurs cévenols et jusqu’à 340 mm localement. Les deux comptes concordent : le second arrondit le premier.

Ces valeurs appellent une précaution de lecture. Ce sont des mesures ponctuelles de pluviomètres, et la liste publiée par Météo-France est une sélection où figurent souvent les plus fortes. Aucune n’est une moyenne départementale. Les systèmes orageux en cause couvrent des surfaces peu étendues, si bien que deux communes proches peuvent recevoir des quantités très différentes. Le Gard n’a pas reçu 337 mm. Une station du Gard, si.

Une mer encore chaude, réservoir de vapeur d’eau en automne

Le mot d’abord, parce qu’il a une définition précise. Météo-France désigne par épisode méditerranéen « un épisode de très fortes précipitations sur une durée courte (1h à 24h en général) touchant les départements méditerranéens, le plus souvent à l’automne ». La formule tient trois critères à la fois : une intensité, une durée brève, une géographie. Le « en général » compte : la durée n’est pas une borne stricte, puisque l’épisode de 2026 a couru du mardi soir au jeudi matin et celui de l’Ardèche, en 2024, sur 60 heures. Ce qui définit le phénomène, c’est la concentration. Une pluie modérée qui s’étale sur une semaine n’y répond pas, même si sa somme finale est élevée.

Le phénomène n’a rien d’une anomalie à l’échelle régionale. Météo-France en compte 3 à 6 par an en moyenne, avec une période privilégiée qui court de septembre à la mi-décembre. La raison de ce calendrier est le premier maillon de la chaîne : à la sortie de l’été, la mer a gardé la chaleur accumulée pendant les mois chauds, et une eau encore chaude s’évapore fortement. L’air qui la surplombe se charge de vapeur.

Cette vapeur est la matière première des pluies à venir. Or la quantité que l’air peut contenir n’est pas fixe : elle augmente avec sa température, d’environ 7 % par degré supplémentaire, selon Météo-France. Une mer plus chaude met donc davantage d’eau à disposition de l’atmosphère, et un air plus chaud peut en transporter davantage jusqu’à la côte. Le lien avec le réchauffement anormal de la Méditerranée commence à ce maillon.

Le second ingrédient tient à la nature de cet air. Météo-France décrit des remontées d’air chaud, humide et instable venu de la Méditerranée, capables de générer des orages violents, parfois stationnaires. Mais la chaleur de la mer ne fait pas pleuvoir à elle seule. Il faut encore amener cet air contre la terre, puis l’obliger à monter.

Du vent de basses couches aux Cévennes : l’air humide forcé de monter

Le deuxième maillon est un transport. Les vents de basses couches, ceux qui soufflent près de la surface, poussent la masse d’air chargée de vapeur depuis la mer vers la côte. À ce stade, rien n’oblige encore cette vapeur à redevenir de l’eau liquide. Un air humide qui glisse à l’horizontale garde son chargement.

Le troisième maillon est le relief, dans la première des deux situations que distingue Météo-France, celle où son influence est prépondérante. L’institut parle de forçage orographique, l’adjectif désignant ce qui tient au relief, et en décrit le déroulé dans sa page Météo de A à Z : la masse d’air chaud et humide poussée par les vents de basses couches bute contre une barrière montagneuse, se soulève le long des pentes et se refroidit avec l’altitude. Sa vapeur d’eau se condense alors et retombe en fortes précipitations.

Le refroidissement est le pivot du mécanisme. La règle des 7 % par degré, qui expliquait pourquoi un air chaud se charge beaucoup, joue ici en sens inverse : un air qui perd des degrés en montant ne peut plus porter toute la vapeur qu’il transportait, et l’excédent se condense en gouttelettes. Le relief ne crée pas l’eau. Il force l’air à la rendre.

Pour le Gard et l’Hérault, cette barrière est celle des Cévennes, et c’est sur certains secteurs cévenols que se sont concentrés, en 2026, les cumuls de 200 à 300 mm. Ce premier schéma s’énonce en quatre temps : une mer encore chaude évapore beaucoup ; l’air chargé de vapeur, chaud et instable, est poussé vers la côte par les vents de basses couches ; le relief l’oblige à monter ; en montant, il se refroidit et sa vapeur retombe en pluie.

La seconde situation se passe de montagne. Météo-France la décrit comme liée aux seules conditions météorologiques : des systèmes orageux produisent eux-mêmes des intensités de pluie très fortes et peuvent se régénérer au même endroit, en cellules dites stationnaires. Ils créent alors en surface une vaste bulle d’air froid qui agit comme un relief, en soulevant la masse d’air humide toujours au même point. Une plaine ou un littoral ne sont donc pas hors du champ du phénomène : l’obstacle qui force l’air à monter peut être fabriqué par l’orage lui-même.

Dans les deux cas, le cumul extrême tient à un soulèvement qui se répète au même endroit. Le relief le fixe par nature. L’orage, lui, doit le reconstruire.

L’orage qui fait du surplace : la régénération en V

Le maillon contre-intuitif est celui-ci : un cumul extrême ne vient pas d’abord d’un orage plus violent que les autres, mais d’un orage qui ne bouge pas. Météo-France indique que les systèmes orageux d’un épisode méditerranéen dépassent souvent 100 mm par heure, sur des zones qui ne sont pas forcément très étendues. Une heure à ce rythme reste loin des 337 mm de Saint-Hippolyte-du-Fort. La différence se joue dans la durée.

Intensité et cumul ne mesurent pas la même chose. L’intensité est un débit, en millimètres par heure ; le cumul est une somme, en millimètres sur la durée de l’épisode. Le calcul qui les relie est une multiplication : cumul égale intensité fois durée. À 100 mm par heure pendant trois heures, un même point reçoit 300 mm. Le même orage, s’il se déplaçait, répartirait cette eau sur une bande de territoire, et aucun pluviomètre n’en recevrait la totalité. Le cumul extrême tient donc à l’immobilité.

La configuration qui produit ce surplace porte un nom, l’orage en V. Météo-France le décrit comme un système convectif multicellulaire en panache à régénération rétrograde. Traduit en mécanisme : le système est fait de plusieurs cellules orageuses ; les nouvelles naissent sans cesse à la pointe du V, pendant que les plus anciennes, emportées par le vent, s’étirent en panache. Chaque cellule se déplace, mais l’ensemble reste ancré par sa pointe, là où se concentrent les phénomènes les plus dangereux, dont les pluies torrentielles. La régénération est dite rétrograde parce que les cellules neuves apparaissent toujours au même endroit au lieu d’avancer avec les précédentes. Sur l’imagerie satellite infrarouge, la forme se repère aux sommets nuageux plus chauds au centre du V que le long de ses branches.

Reste à comprendre pourquoi la pointe ne se déplace pas. Les prévisionnistes de Météo-France surveillent si le système crée lui-même les conditions de son propre maintien. L’exemple qu’ils donnent est la mise en place d’une poche d’air plus froid en surface, qui permet à de nouvelles cellules de naître toujours au même endroit. L’orage entretient alors son propre point de départ.

Les ordres de grandeur suivent. Sous un orage en V, des intensités de 50 à 100 mm par heure ne sont pas rares, et la régénération des cellules peut faire durer le phénomène d’une heure à une dizaine d’heures. S’il fait du surplace quelques heures, le cumul atteint plusieurs centaines de millimètres. Météo-France précise que la configuration reste assez rare. C’est elle, pourtant, qui permet de comprendre comment une commune peut recevoir 300 mm quand une voisine en reçoit beaucoup moins : la pointe du V ne couvre jamais tout un département.

Quand le système cesse de se reconstruire

Le même mécanisme dit ce qui arrête la machine. Sous un orage en V, la pluie extrême exige que le système se régénère sur place. Si la poche d’air froid ne se forme pas, ou si le flux qui alimente le système change, les nouvelles cellules cessent d’apparaître au même point : elles se déplacent, et les cumuls se répartissent sur une surface plus large. Le pluviomètre le plus arrosé reçoit alors bien moins que sous un système ancré.

C’est ce point que les prévisionnistes de Météo-France surveillent : la capacité du système à s’auto-entretenir. De là dépend que l’eau se concentre ou se disperse. La vigilance, elle, se décrit sur la page Vigilance de Météo-France par des cumuls de pluie adaptés à chaque territoire, et peut monter en cours d’épisode, comme en 2026 : orange dès le mardi 29 septembre à 16 h, rouge le lendemain de 8 h à 22 h. L’auto-entretien explique aussi qu’une saison compte 3 à 6 épisodes sans que tous soient dévastateurs. Tous ne trouvent pas de quoi s’ancrer.

337 mm, 508 mm, 700 mm : l’échelle des déluges méditerranéens

Un cumul en millimètres reste abstrait tant qu’il n’est pas converti en volume. Les 337,6 mm de Saint-Hippolyte-du-Fort représentent 337,6 litres d’eau sur chaque mètre carré à l’emplacement de la station. Rapportés à un hectare qui aurait reçu la même hauteur, cela fait environ 3 400 m³ d’eau (337,6 litres multipliés par 10 000 m²). Selon Météo-France, ces cumuls correspondent à l’équivalent de plusieurs mois de précipitations, tombés entre un mardi soir et un jeudi matin.

Ces épisodes peuvent dépasser 200 mm en une journée, rappelle Météo-France. Le maximum de 2026 reste pourtant loin du haut de la série. Les inondations du Gard des 8 et 9 septembre 2002 ont donné près de 700 mm à Anduze, rappelle la page Vigilance pluie-inondation de Météo-France. Du 16 au 18 octobre 2024, l’Ardèche a reçu près de 700 mm en 60 heures, dont 508 mm en 24 heures. Avec environ 340 mm au maximum, l’épisode de 2026 se situe autour de la moitié de ces deux références.

Trois épisodes méditerranéens comparés — cumuls maximaux relevés selon Météo-France (page Vigilance pluie-inondation, page « Qu’est-ce qu’un épisode méditerranéen ? » et bilan du 1ᵉʳ octobre 2026)
ÉpisodeDatesCumul maximal relevéDurée
Gard, Anduze8 et 9 septembre 2002près de 700 mmnon précisée par la source
Ardèche16 au 18 octobre 2024près de 700 mm, dont 508 mm en 24 h60 heures
Gard, Saint-Hippolyte-du-Fort29 septembre au 1ᵉʳ octobre 2026337,6 mm (valeur de station)du mardi soir au jeudi matin

Cette comparaison donne un étalon pour juger les prochains épisodes de la saison, pas une échelle de gravité. Un épisode inférieur au record reste un événement dangereux : celui-ci a justifié une vigilance rouge sur deux départements, des évacuations et la fermeture des écoles. Le record fixe un plafond observé. Le danger commence bien en dessous.

Bord de mer et plage de la ville de Biarritz lors d'un paysage panoramique orageux

Des Pyrénées à la Corse, tout l’arc méditerranéen exposé

Le nom le plus courant du phénomène est aussi le plus étroit. Météo-France le relève dans sa page de définition : « Le terme “cévenol” est souvent employé abusivement pour caractériser tout épisode apportant des pluies diluviennes sur les régions méridionales ». La distinction est géographique. L’épisode cévenol désigne la part du phénomène qui frappe les Cévennes, réputées pour l’intensité de ces épisodes ; l’épisode méditerranéen désigne l’ensemble.

Le mécanisme décrit plus haut explique pourquoi l’ensemble est plus vaste. Les pluies de forçage orographique concernent, selon Météo-France, les Cévennes, mais aussi les Pyrénées, les Alpes et la Corse. Et la seconde situation, celle de l’orage qui se régénère sur sa propre bulle d’air froid, ne demande pas de montagne du tout. Les 3 à 6 épisodes annuels que l’institut recense concernent tout cet arc, pas le seul Gard.

La conséquence pratique est directe. Si vous vivez au pied des Pyrénées, dans les Alpes, en Corse ou dans une plaine proche de la côte, le mot « cévenol » ne vous place pas hors du champ du phénomène, et l’absence de montagne à l’horizon non plus. Le mot est plus étroit que la chose.

De l’averse à la crue : ruissellement, coulées de boue, routes submergées

Une pluie de 100 mm par heure pose un problème de débit autant que de quantité. Sur des pentes et des sols qui n’absorbent pas une telle intensité, l’eau ruisselle au lieu de s’infiltrer. Elle rejoint des cours d’eau courts, qui montent en quelques heures, et emporte au passage terre et débris. Météo-France énumère les conséquences : inondations par ruissellement et par débordement des cours d’eau, glissements de terrain, coulées de boue et laves torrentielles. Ces dernières sont des coulées de débris qui peuvent atteindre 50 km/h, selon sa page Vigilance.

En 2026, cette chaîne s’est vue au sol. Le Lez a été placé en vigilance rouge crues, les Gardons d’Alès et d’Anduze en orange. Cette vigilance-là ne porte plus sur la pluie tombée sur un département, mais sur le cours d’eau qui la reçoit. L’averse est devenue une crue. La presse locale a par ailleurs fait état d’un Lez à plus de 4 mètres, sans heure de relevé précise. À Lattes, une soixantaine de logements ont été évacués, et plusieurs campings l’ont été à titre préventif ; des routes et des ponts ont été fermés. Les écoles, fermées le 30 septembre, devaient rouvrir le jeudi 1ᵉʳ octobre avec la reprise des transports scolaires, à l’exception de deux collèges de l’Hérault endommagés. Plus d’une vingtaine de personnes ont été mises en sécurité dans l’Hérault, selon les directs d’ICI Occitanie et de France 3 Occitanie, dont les décomptes, pris à des heures différentes, ne coïncident pas exactement. ICI Occitanie signale aussi une personne de 16 ans légèrement blessée par la foudre dans l’Hérault. Ces éléments sont ceux que donnaient les directs entre le 30 septembre au soir et le 1ᵉʳ octobre : le bilan de l’épisode n’était pas arrêté et peut encore évoluer.

Le maillon le plus meurtrier se trouve sur la route. Quelques centimètres d’eau en mouvement suffisent à faire flotter une voiture, rappelle Météo-France, et c’est la raison pour laquelle la conduite sur une route immergée est le premier facteur de décès lors d’une inondation. La route concentre le risque. Le même enchaînement, des pluies extrêmes à la submersion, se retrouve sous d’autres climats, comme lors des inondations de Bangkok.

Vigilance rouge : un niveau qui mesure les conséquences, des consignes précises

La vigilance pluie-inondation ne se réduit pas à un seuil de pluviomètre. Pour un département de plaine, la page Vigilance de Météo-France donne l’ordre de grandeur : orange pour 40 à 80 mm en 24 heures sur une portion significative du territoire ou sur une zone à enjeu, rouge au-delà de 80 mm. Les seuils sont adaptés à chaque département, et cet exemple chiffré vaut pour la plaine. Sur le relief et l’arc méditerranéen, précise la même page, les niveaux de vigilance correspondent à des cumuls plus élevés. L’écart d’échelle se lit ainsi : 80 mm placent une plaine en rouge, quand un épisode méditerranéen peut dépasser 200 mm en une journée.

Le niveau traduit donc la conséquence attendue sur un territoire donné, et pas seulement une hauteur d’eau. Le rouge mesure un danger.

Les consignes qui l’accompagnent reposent sur un constat que la page Vigilance formule sans détour : « La principale cause de décès lors d’une inondation est la conduite sur des routes immergées et le franchissement de ponts submersibles ». Les consignes de vigilance rouge de Météo-France, relayées le 30 septembre par franceinfo pour le Gard et l’Hérault, en découlent : rester chez soi et se tenir informé auprès des autorités, ne pas utiliser sa voiture, ne pas aller chercher ses enfants à l’école, s’éloigner des cours d’eau, des points bas et des ponts, ne pas descendre dans les sous-sols, se réfugier à l’étage et, en dernier recours, sur le toit, n’évacuer que sur ordre des autorités.

Ces consignes ne valent pas seulement pour l’épisode de septembre. La saison des épisodes méditerranéens court jusqu’à la mi-décembre, et chaque nouvelle vigilance rouge les rend de nouveau applicables, dans les départements concernés. Le danger de la route, lui, n’attend pas le rouge : puisque la conduite sur une route inondée est, selon Météo-France, la première cause de décès lors d’une inondation, ne jamais s’engager sur une route ou un pont submergé vaut quel que soit le niveau de vigilance.

Deux fois plus de cumuls au-delà de 200 mm en 24 heures que dans les années 1960

Le lien avec le réchauffement passe d’abord par la physique déjà décrite. Un air plus chaud peut contenir et transporter davantage de vapeur, environ 7 % de plus par degré selon Météo-France. Quand le mécanisme se déclenche, avec son flux, son relief et sa régénération sur place, il dispose donc de plus d’eau à précipiter. Ce raisonnement ne dit rien du nombre d’épisodes. Il porte sur ce que chacun peut déverser.

L’observation va dans le même sens. Selon la page de Météo-France consacrée à l’impact du changement climatique sur les épisodes méditerranéens, publiée le 5 septembre 2025, ces épisodes sont plus intenses qu’auparavant, et les événements dépassant 200 mm en 24 heures sont deux fois plus nombreux aujourd’hui que dans les années 1960. La page de définition de l’institut formule le constat autrement : ce sont les épisodes méditerranéens eux-mêmes qu’elle dit plus intenses et deux fois plus nombreux que dans les années 1960. Les deux formulations ne se recouvrent pas exactement, l’une comptant les événements au-delà de 200 mm en 24 heures, l’autre les épisodes. La page sur le changement climatique rapporte aussi que le dernier rapport du GIEC indique une augmentation des pluies extrêmes sur le nord-ouest de la Méditerranée.

Deux distinctions évitent le contresens. La première sépare intensité et fréquence : Météo-France constate à la fois une hausse de l’intensité et un doublement du nombre, et la règle des 7 % par degré n’éclaire que la première. La seconde sépare les cumuls extrêmes des orages qui les produisent. Météo-France n’attend pas forcément davantage d’orages en V dans un climat plus chaud ; ce qui pourrait s’intensifier, ce sont les extrêmes de pluie sous orage. La configuration ne deviendrait pas forcément plus fréquente. Elle pourrait être plus chargée.

Le doublement observé et la règle des 7 % par degré ne disent pas la même chose, et leur rapprochement a une limite. Le premier est un constat sur six décennies de mesures ; la seconde est une loi physique qui en rend le sens plausible. Ni l’un ni l’autre ne chiffre la part du réchauffement dans un épisode particulier.

Un épisode isolé peut-il être attribué au réchauffement ?

La tentation est d’écrire que l’épisode de septembre 2026 est un effet du changement climatique. Ce n’est pas établi. Un doublement de fréquence se constate sur des décennies et sur une série d’événements ; il ne permet pas, à lui seul, d’attribuer un épisode donné. Une telle attribution relève d’une étude dédiée à l’événement ; sans elle, le lien entre cet épisode précis et le réchauffement reste une question ouverte. Ce qui est établi, c’est la tendance et le mécanisme physique qui la rend cohérente.

L’horizon, lui, est chiffré. Dans la trajectoire de référence TRACC, qui retient une France à +4 °C en 2100, les précipitations intenses pourraient augmenter de 15 % en moyenne sur le territoire, et jusqu’à 20 % sur la moitié nord, selon Météo-France. La confiance dans ces projections progresse pour une raison technique : l’institut développe des modèles climatiques régionaux à résolution kilométrique, de 2 à 3 km, capables de représenter de façon réaliste les épisodes méditerranéens. À cette maille, les orages stationnaires eux-mêmes deviennent simulables, là où des modèles à maille plus large les lissaient.

Reste la question que ces modèles devront trancher. Avec une mer et un air plus chauds, les épisodes comme celui de septembre 2026 garderont-ils leur fréquence en gagnant seulement en charge d’eau, ou la configuration qui ancre l’orage au même endroit changera-t-elle aussi ? La première moitié de la réponse relève de la physique. La seconde reste ouverte.

FAQ — épisode méditerranéen

Qu’est-ce qu’un épisode méditerranéen ?

Météo-France le définit comme un épisode de très fortes précipitations sur une durée courte, en général d’une heure à 24 heures, qui touche les départements méditerranéens, le plus souvent à l’automne. Il s’en produit 3 à 6 par an en moyenne. Il se nourrit de l’air chaud et humide venu d’une mer encore chaude. Météo-France distingue ensuite deux situations : soit un relief force cet air, poussé vers la côte par les vents de basses couches, à monter, à se refroidir et à se vider de sa vapeur ; soit, sans relief, des orages se régénèrent au même endroit en créant une bulle d’air froid de surface qui joue le rôle du relief. Plaines et littoral ne sont donc pas à l’abri.

Quelle différence entre un épisode cévenol et un épisode méditerranéen ?

« Cévenol » désigne la partie du phénomène qui frappe les Cévennes, réputées pour l’intensité de ces épisodes. Météo-France juge l’emploi du mot souvent abusif : les pluies diluviennes touchent tout l’arc méditerranéen, y compris les Pyrénées, les Alpes et la Corse. Tout épisode cévenol est un épisode méditerranéen ; l’inverse est faux.

Pourquoi ces épisodes surviennent-ils surtout en automne ?

De septembre à la mi-décembre, la mer a conservé la chaleur accumulée pendant l’été et s’évapore fortement. L’air qui la surplombe se charge de vapeur, et sa capacité à en contenir augmente d’environ 7 % par degré, selon Météo-France. C’est cette réserve d’eau que le relief, ou un orage qui se régénère sur place, transforme ensuite en pluie.

Qu’est-ce qu’un orage en V ?

C’est un système orageux fait de plusieurs cellules, dont les nouvelles naissent sans cesse à la pointe du V pendant que le vent emporte les anciennes. L’ensemble reste ainsi ancré au même endroit, parfois d’une heure à une dizaine d’heures. Avec des intensités de 50 à 100 mm par heure, qui ne sont pas rares sous ce type d’orage selon Météo-France, quelques heures de surplace suffisent à accumuler plusieurs centaines de millimètres.

Que représentent 200 mm de pluie ?

Un millimètre équivaut à un litre par mètre carré : 200 mm, c’est 200 litres d’eau sur chaque mètre carré. Selon Météo-France, un épisode méditerranéen peut dépasser 200 mm en une journée. Les cumuls publiés sont des valeurs ponctuelles de stations, pas des moyennes sur un département.

Que faire en vigilance rouge pluie-inondation ?

Les consignes de Météo-France relayées le 30 septembre 2026 sont les suivantes : rester chez soi et se tenir informé, ne pas utiliser sa voiture, ne jamais s’engager sur une route ou un pont submergé, s’éloigner des cours d’eau, des points bas et des ponts, se réfugier à l’étage et, en dernier recours, sur le toit, ne pas descendre dans les sous-sols, ne pas aller chercher ses enfants à l’école et n’évacuer que sur ordre des autorités. Le niveau de vigilance se suit sur vigilance.meteofrance.fr, les décisions locales auprès de la préfecture. En cas de danger immédiat, le 112 ou le 18.

Le réchauffement climatique rend-il ces épisodes plus fréquents ?

Météo-France constate un doublement depuis les années 1960, qu’il formule de deux façons : sa page sur le changement climatique parle des événements dépassant 200 mm en 24 heures, sa page de définition des épisodes méditerranéens eux-mêmes, devenus aussi plus intenses. L’institut n’attend en revanche pas forcément davantage d’orages en V : c’est l’intensité de la pluie sous orage qui augmenterait. Cette tendance ne suffit pas à attribuer un épisode isolé, comme celui de septembre 2026, au changement climatique.