Le 14 août 2026, Futura-Sciences publie un article titré « Moustiques : on sait enfin pourquoi ils piquent certaines personnes plus que d’autres », qui renvoie à une étude présentée comme « publiée dans la revue Nature ». Le lien mène bien au site nature.com, mais à un article de Scientific Reports consacré aux émissions florales, au nectar et au CO2 chez des moustiques du genre Anopheles : pas à l’attractivité des humains. L’étude qui correspond réellement au propos existe, elle a été mise en ligne le 2 avril 2026 dans iScience, et la reprise ne la nomme pas. Voici, chiffre par chiffre, d’où viennent les données qui circulent cet été.
Ce que la reprise du 14 août affirme exactement
La reprise avance quatre blocs d’information. D’abord qu’une étude « récente » et « publiée dans la revue Nature » expliquerait les différences d’attractivité entre personnes, avec Rickard Ignell présenté comme « auteur principal » et un mélange de 27 composés odorants identifiés. Ensuite que la consommation de bière augmenterait l’attractivité, en citant 465 participants et un facteur de 1,35 pour une consommation « dans les 24 heures » précédant le test. Puis que l’idée d’une préférence pour certains groupes sanguins « n’a aucun fondement scientifique ». Enfin qu’une seconde étude, menée en 2023 dans un festival néerlandais, viendrait appuyer le tout.
Cette matière n’est pas inédite. Une dépêche de l’AFP diffusée le 12 mai 2026, consultable dans sa reprise par La Libre, avançait déjà les mêmes chercheurs, les mêmes chiffres et les mêmes citations, dans des formulations plus prudentes : elle qualifiait par exemple l’étude du festival de « moins robuste ». La reprise du 14 août présente cette même étude sans réserve, ne mentionne aucune agence et porte la signature « La rédaction Futura ». Le titre, lui, annonce qu’« on sait enfin » : les travaux structurants du domaine sont pourtant publiés depuis 2000, 2015 et 2022. Ce décalage entre une reprise et sa source se retrouve sur d’autres sujets estivaux, comme pour la piqûre de physalie, que les reprises confondent souvent avec une méduse.
Le lien « Nature » ne mène pas à Nature
Le mot « Nature » de la reprise porte un lien vers l’adresse nature.com/articles/s41598-026-42694-7. Le préfixe s41598 est celui de Scientific Reports, revue distincte de Nature. Les deux titres appartiennent au groupe Springer Nature et sont hébergés sur le même domaine, ce qui explique la confusion, mais il s’agit bien de deux revues différentes.
L’article ainsi lié est « Age-dependent perception of floral emissions and the role of CO2 in regulating nectar-seeking in mosquitoes », publié le 8 mars 2026 dans Scientific Reports, volume 16, article 8484, DOI 10.1038/s41598-026-42694-7. Il est signé Omondi, Wondwosen, Dawit, Hill et Ignell. Son objet : la perception des émissions florales et le rôle du CO2 dans la recherche de nectar chez deux espèces d’Anopheles, avec une attraction qui dépend de l’âge des moustiques et de la dose d’odeur présentée. Il ne traite pas de l’attractivité des humains, ni des différences entre individus. Les métadonnées Crossref associées au DOI confirment la revue, le volume, la date et l’ordre des auteurs.
Le point commun avec l’étude réellement concernée tient à un nom : Rickard Ignell, présent dans les deux listes d’auteurs. Il reste qu’un lecteur qui clique pour « lire l’étude » atterrit sur un travail portant sur des fleurs et du nectar.
Pourquoi nature.com n’est pas la revue Nature
Une adresse en nature.com n’identifie pas une revue : elle identifie un hébergeur. Springer Nature y publie Nature et de nombreux autres titres, dont Scientific Reports. L’identifiant fiable est le DOI et le nom de revue enregistré avec lui : 10.1038/s41598-026-42694-7 renvoie à Scientific Reports, tandis que l’étude discutée par la reprise porte le DOI 10.1016/j.isci.2026.115575, chez un autre éditeur. Vérifier ce couple nom de revue plus DOI prend quelques secondes et évite l’essentiel des erreurs d’attribution.
L’étude qui correspond vraiment au propos : Hinze et al., iScience, 2 avril 2026
Le travail auquel renvoient les citations et le chiffre de 27 composés s’intitule « Cyphers and cycles – A chemical basis of the differential attraction of mosquitoes to human odor ». Il a été mis en ligne le 2 avril 2026 dans iScience, volume 29, numéro 5, article 115575, DOI 10.1016/j.isci.2026.115575 ; le numéro qui le contient est daté de mai 2026. La reprise du 14 août ne le nomme pas et ne le lie pas.
La signature est également à rétablir. Annika Hinze est première autrice, Rickard Ignell dernier auteur. La reprise le présente comme « auteur principal », là où la dépêche d’origine écrivait « dernier auteur ». La nuance n’est pas cosmétique : en sciences de la vie, la dernière place revient habituellement à la personne qui supervise le travail et dirige l’équipe, la première à celle qui a mené l’essentiel des expériences. Les métadonnées Crossref donnent l’ordre complet : Hinze, Tallon, Wondwosen, Dawit, Hill, Bohman, Ignell.
Sur le fond, l’étude établit trois choses. La grossesse et la phase du cycle menstruel contribuent significativement au niveau d’attractivité individuelle. Vingt-sept composés organiques volatils sont identifiés comme potentiellement impliqués dans la modulation de cette attractivité. Enfin, le 1-octène-3-ol pris isolément, comme le ratio d’ensemble du mélange, suffit à modifier les préférences des moustiques testés. Rickard Ignell le résume ainsi dans la dépêche du 12 mai 2026 : « Nous avons montré qu’un mélange de composés odorants (nous en avons identifié 27 que ces moustiques peuvent détecter) joue sur le degré d’attraction ». Il ajoute que « les femmes les plus attirantes pour les moustiques, particulièrement celles au deuxième trimestre de grossesse, produisaient un peu plus d’un composé issu de la dégradation du sébum ».
Ce que 42 participantes établissent, et ce qu’elles n’établissent pas
L’étude a été conduite en laboratoire, sur 42 participantes, toutes des femmes, face à Aedes aegypti. Ce périmètre commande la lecture. Aucun homme n’a été testé, aucun enfant non plus, et l’espèce utilisée n’est pas Aedes albopictus, le moustique tigre installé en France hexagonale. Rien n’autorise donc à transposer ces résultats à l’ensemble de la population ni au moustique que vous croisez sur une terrasse en août.
Autre limite, plus importante encore : l’étude décrit des corrélations chimiques dans un dispositif contrôlé, elle ne teste aucune intervention. Elle ne dit pas qu’un changement d’alimentation, de savon ou d’habitude modifierait le nombre de piqûres reçues. Aucun résultat de ce travail ne se convertit en conduite individuelle.
La bière : deux études, deux pays, quinze ans d’écart
Le passage sur la bière est le plus emmêlé de la reprise, parce qu’il superpose deux travaux sans rapport. Le lien qu’il porte mène à « Beer Consumption Increases Human Attractiveness to Malaria Mosquitoes », de Lefèvre et ses collègues, publié le 4 mars 2010 dans PLoS ONE. Cet essai s’est déroulé au Burkina Faso, avec de la bière de sorgho locale et des Anopheles gambiae, l’espèce vectrice du paludisme. Il portait sur 43 volontaires, 25 dans le groupe bière et 18 dans le groupe eau, et a mobilisé 2 500 et 1 800 moustiques.
Ses résultats sont modestes et précis : 47 % d’activation des moustiques après consommation de bière, contre 35 à 38 % dans les autres conditions, et 65 % d’orientation vers la personne contre 50 à 53 %. L’étude rapporte par ailleurs un rapport de cotes de 1,63 (intervalle de confiance à 95 % : 1,41–1,89) pour l’activation et 1,77 (1,36–2,30) pour l’orientation. Aucun des chiffres cités par la reprise ne provient de cette publication.
Les valeurs de 465 participants et de 1,35 viennent d’ailleurs : d’une prépublication déposée sur bioRxiv le 26 août 2025, le Mosquito Magnet Trial, menée aux Pays-Bas. Au passage, la fenêtre de consommation retenue diffère. La reprise du 14 août écrit « dans les 24 heures » précédant le test ; la dépêche d’origine comme les reprises anglophones retiennent 12 heures, conformément au texte de la prépublication. C’est cette valeur de 12 heures qu’il faut retenir.
La prépublication du festival Lowlands n’est pas une étude publiée
Le Mosquito Magnet Trial a été mené au festival Lowlands, aux Pays-Bas, du 18 au 20 août 2023, dans un laboratoire installé à l’intérieur de quatre conteneurs maritimes. Des femelles Anopheles devaient choisir entre un nourrisseur sucré et l’avant-bras d’un participant, qu’elles pouvaient sentir sans pouvoir le piquer. Au total, 465 participants ont été inclus.
Les associations rapportées sont les suivantes : facteur multiplicatif de 1,35 pour la bière consommée dans les 12 heures précédentes (IC 95 % : 1,12–1,63 ; P_FDR < 0,001), 1,34 pour le fait d’avoir partagé son lit la nuit précédente (IC 95 % : 1,14–1,58 ; P_FDR = 0,002), et 0,52 pour la combinaison « douche du matin sautée et crème solaire appliquée » (IC 95 % : 0,38–0,70 ; P_FDR < 0,001). L’effet le plus marqué de l’étude n’est donc pas la bière, mais cette baisse d’attractivité observée. Elle ne doit surtout pas être lue comme un moyen de protection : il s’agit d’une association observationnelle, dans une prépublication, et non d’un dispositif de prévention évalué. La crème solaire relève d’un tout autre dossier, sans rapport avec la protection contre les piqûres, traité dans ce que la science établit vraiment sur la crème solaire.
Les auteurs eux-mêmes signalent les limites de leur dispositif, qu’ils qualifient de faiblement contrôlé (« loosely controlled » dans le texte original), et reconnaissent un biais de sélection vers des festivaliers amateurs de science. Un commentaire extérieur émanant de Duke University, relayé par National Geographic le 25 septembre 2025, pointe les mêmes limites.
Bon à savoir — Une prépublication déposée sur bioRxiv est un texte rendu public par ses auteurs avant toute évaluation par des pairs. Au 16 août 2026, aucune version relue par les pairs du Mosquito Magnet Trial n’était enregistrée dans les registres bibliographiques, qui le référencent toujours comme prépublication. Ses chiffres peuvent évoluer, être discutés ou disparaître au fil de l’évaluation : ils se citent avec leur statut.
Le CO2 d’abord, l’odeur de peau ensuite
Avant toute question de chimie cutanée, il y a le souffle. « Nous savons depuis plus de 100 ans que les moustiques sont attirés par le dioxyde de carbone que nous expirons : c’est le premier signal déclenchant leur comportement, à plusieurs dizaines de mètres », expliquait Rickard Ignell dans la dépêche du 12 mai 2026. L’odeur de peau n’intervient qu’ensuite, une fois l’insecte engagé dans la bonne direction. C’est précisément cette seconde étape que décrivent les travaux sur les composés volatils.
Le CO2 ne joue d’ailleurs pas qu’un rôle de balise à longue distance. L’article de Scientific Reports du 8 mars 2026 — celui qui était lié par erreur — montre qu’il intervient aussi à courte distance dans la discrimination des odeurs florales par les moustiques. Deux mécanismes distincts, deux échelles différentes.
Quant à l’odeur de peau, elle n’a rien d’une signature simple. Frédéric Simard, directeur de recherche à l’IRD, la décrit dans la même dépêche comme une « soupe de molécules produite par notre microbiote et plus ou moins alléchante pour les moustiques ». L’AFP avance un ordre de grandeur de 300 à 1 000 composés odorants émis par le corps humain : ce chiffre figure dans la dépêche sans référence publiée associée, et se cite donc comme un ordre de grandeur journalistique, pas comme une donnée d’étude.
Le résultat le plus solide : certaines personnes sont durablement plus piquées
Si un seul résultat devait être retenu du domaine, ce ne serait ni la bière ni le groupe sanguin, mais la stabilité des écarts entre personnes. L’étude de De Obaldia et ses collègues, parue le 18 octobre 2022 dans Cell (DOI 10.1016/j.cell.2022.09.034), a suivi une soixantaine de sujets sur 3,1 ans, avec plus de 2 330 essais comportementaux. Les mêmes personnes très attractives et les mêmes personnes très peu attractives se retrouvaient d’une année sur l’autre, et avec deux souches de moustiques différentes.
Les écarts mesurés sont considérables : le sujet le plus attractif de la cohorte, désigné comme le sujet 33, obtenait un score environ quatre fois supérieur à celui du suivant, et plus de cent fois supérieur à celui des deux sujets les moins attractifs. Ces différences sont associées à une production plus élevée d’acides carboxyliques dans les émanations cutanées, et non au groupe sanguin ou à l’alimentation.
La même étude apporte un résultat désagréable pour qui espérerait neutraliser ce signal : des moustiques génétiquement modifiés, privés des co-récepteurs chimiosensoriels Ir8a, Ir25a ou Ir76b, restaient capables de distinguer une personne très attractive d’une personne peu attractive. Plusieurs voies de détection redondantes coexistent donc chez l’insecte. Ce constat porte sur la détection de l’odeur en laboratoire, et non sur l’efficacité des moyens de protection, qu’aucune de ces études ne teste.
Cette stabilité de laboratoire n’interdit pas les variations du quotidien. « Ce n’est pas une idée reçue : on n’est pas tous égaux face à l’appétit des moustiques. Mais on n’est pas un aimant tout le temps », rappelle Frédéric Simard dans la dépêche du 12 mai 2026. Les deux constats coexistent : un socle individuel durable, et des fluctuations selon le moment, l’activité ou l’état physiologique.

La génétique : d’où sort vraiment le chiffre de 62 %
Le pourcentage de génétique qui circule dans les reprises a une origine unique et identifiable : « Heritability of Attractiveness to Mosquitoes », de Fernández-Grandon et ses collègues, publié le 22 avril 2015 dans PLOS ONE. Le protocole reposait sur un olfactomètre en Y et des Aedes aegypti, avec 18 paires de jumelles monozygotes et 19 paires dizygotes.
Les valeurs exactes sont une héritabilité au sens étroit de 0,62, avec une erreur type de 0,124, pour l’attraction relative, et de 0,67, avec une erreur type de 0,354, pour l’activité de vol. La seconde estimation est donc très imprécise : une erreur type de 0,354 autour de 0,67 laisse une marge considérable.
Surtout, une héritabilité n’est pas un pourcentage de responsabilité individuelle. Elle décrit la part de variation observée dans une population donnée, mesurée dans un dispositif donné, qui s’explique par la variation génétique de cette population. Elle ne signifie pas que « 62 % de vos piqûres sont génétiques ». Cette estimation repose par ailleurs sur une seule étude, de petit effectif, qui n’a pas été répliquée à plus grande échelle. Elle mérite d’être citée avec ces trois précautions, ou pas citée du tout.
Grossesse : le facteur le plus anciennement documenté
Hors chimie cutanée, la grossesse est le facteur individuel le mieux ancré dans le temps. Une étude de Lindsay et ses collègues, publiée en juin 2000 dans The Lancet (DOI 10.1016/S0140-6736(00)02334-5) et conduite en Gambie, observe que les femmes enceintes attirent deux fois plus de moustiques du complexe Anopheles gambiae que les femmes non enceintes.
Vingt-six ans plus tard, l’étude iScience retrouve une contribution significative de la grossesse et de la phase du cycle menstruel à l’attractivité, cette fois en laboratoire et avec Aedes aegypti. Rickard Ignell précise que les participantes les plus attirantes, « particulièrement celles au deuxième trimestre de grossesse », produisaient un peu plus d’un composé issu de la dégradation du sébum. Deux espèces, deux continents, deux protocoles, une même direction.
Ce constat n’ouvre sur aucune conduite particulière à retenir ici : les questions de protection pendant la grossesse, en France comme en voyage, relèvent d’un échange avec un médecin ou une sage-femme, qui tiendra compte de la destination et du terme.
Groupe sanguin : ni preuve solide, ni mythe entièrement démonté
C’est le point où la reprise et sa source divergent le plus nettement. La reprise du 14 août écrit : « L’idée d’une préférence pour certains groupes sanguins n’a aucun fondement scientifique, tranche Frédéric Simard. » Cette formulation est celle de Futura-Sciences. Dans la dépêche du 12 mai 2026, le chercheur de l’IRD dit autre chose : « La différence entre groupes sanguins n’a pas de base scientifique solide : il y a eu quelques travaux mais sur très peu de gens. Ce n’est pas davantage lié à la couleur de la peau, des yeux ou des cheveux ». Entre « pas de base solide, sur très peu de gens » et « aucun fondement », l’écart n’est pas rhétorique : le premier énoncé décrit une littérature faible, le second nie son existence.
Cette littérature existe pourtant. L’idée remonte à Wood et ses collègues, dans Nature du 15 septembre 1972, sur Anopheles gambiae. Le principal travail positif ultérieur est celui de Shirai et ses collègues, paru en juillet 2004 dans le Journal of Medical Entomology : sur 64 sujets, 32 hommes et 32 femmes, les tests d’atterrissage d’Aedes albopictus, le moustique tigre, donnaient 83,3 % d’atterrissages relatifs sur les sécréteurs du groupe O contre 46,5 % sur ceux du groupe A.
Ces résultats appellent trois réserves. Les effectifs sont réduits. Les travaux proviennent d’un seul laboratoire. Et le protocole comprenait des tests réalisés sur peau enduite d’antigènes, ce qui n’est pas la situation d’une personne assise dans un jardin. Aucune réplication de grande ampleur n’a suivi. L’état réel du dossier tient donc en une phrase : hypothèse faiblement étayée, sur de très petits effectifs, jamais répliquée à grande échelle. Ni preuve solide, ni mythe entièrement démonté. Les travaux les plus robustes du domaine, eux, pointent ailleurs, vers les acides carboxyliques de la peau.
Chaque chiffre qui circule, son étude, sa date et sa portée
Le tableau ci-dessous rassemble les valeurs qui circulent cet été et les rattache à leur publication d’origine. Il permet de voir d’un coup d’œil ce que chaque chiffre autorise à dire, et sur quel effectif il repose.
| Chiffre repris | Publication d’origine | Date | Échantillon | Ce qu’il permet de dire |
|---|---|---|---|---|
| 27 composés volatils | Hinze et al., iScience | 2 avril 2026 | 42 participantes, Aedes aegypti, laboratoire | Composés associés à la modulation de l’attractivité chez des femmes |
| 465 participants, facteur 1,35 (bière) | Mosquito Magnet Trial, prépublication bioRxiv | 26 août 2025 | 465 festivaliers, Anopheles, dispositif de terrain | Association observationnelle, non relue par les pairs |
| Rapport de cotes 1,63 (activation) | Lefèvre et al., PLoS ONE | 4 mars 2010 | 43 volontaires, Anopheles gambiae, Burkina Faso | Effet mesuré après bière de sorgho, sur petit effectif |
| Écarts stables sur 3,1 ans | De Obaldia et al., Cell | 18 octobre 2022 | Une soixantaine de sujets, plus de 2 330 essais | Résultat le mieux établi : différences individuelles durables |
| Héritabilité 0,62 | Fernández-Grandon et al., PLOS ONE | 22 avril 2015 | 18 paires de jumelles monozygotes, 19 dizygotes | Estimation unique, non répliquée à grande échelle |
| 83,3 % contre 46,5 % (groupes O et A) | Shirai et al., J. Med. Entomol. | juillet 2004 | 64 sujets, un seul laboratoire | Signal isolé, protocole d’atterrissage, sans réplication |
| Deux fois plus de moustiques (grossesse) | Lindsay et al., The Lancet | juin 2000 | Femmes enceintes et non enceintes, Gambie | Surattractivité documentée, complexe Anopheles gambiae |
Pourquoi cette traçabilité compte cet été en France
Un chiffre mal attribué en entraîne un autre. La reprise indique que « les maladies vectorielles transmises par les moustiques » causent plus de 700 000 décès par an. La fiche de l’Organisation mondiale de la santé du 26 septembre 2024 dit autre chose : plus de 700 000 décès annuels pour l’ensemble des maladies à transmission vectorielle, tous vecteurs confondus, qui représentent plus de 17 % des maladies infectieuses. Dans le détail, l’OMS compte plus de 608 000 décès par paludisme et environ 40 000 par dengue chaque année. Frédéric Simard rappelle par ailleurs que « sur un peu plus de 3 500 espèces de moustiques connues, une centaine pique les humains et une demi-douzaine sont vectrices de maladies ».
En France hexagonale, Aedes albopictus est installé et des transmissions autochtones sont documentées chaque été. Le bulletin de surveillance renforcée de Santé publique France du 12 août 2026 recense, depuis le début de la surveillance renforcée 2026 et jusqu’au 10 août, 3 épisodes de transmission autochtone de chikungunya totalisant 15 cas dans le Tarn et en Gironde, 2 épisodes de dengue d’un cas chacun dans le Tarn et l’Hérault, et 6 cas autochtones de West Nile dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Pyrénées-Orientales et l’Aude. Sur la période du 1ᵉʳ mai au 9 août 2026, le même bulletin comptabilise 105 cas importés de chikungunya, 295 de dengue et 10 de Zika. Le détail de ces foyers fait l’objet d’un article distinct, consacré aux cas autochtones de chikungunya et de West Nile recensés au 12 août 2026.
C’est là que la traçabilité des chiffres cesse d’être un exercice de style. Aucune des études recensées ici ne teste une mesure de prévention. Aucune ne permet de conclure qu’une personne se jugeant peu attractive recevrait moins de piqûres au point de pouvoir se dispenser de protection. Se croire épargné parce qu’un article a mal cité une étude reste, en pleine saison de transmission, la lecture la plus coûteuse.
Ce qu’il faut retenir
- Le lien « Nature » de la reprise du 14 août 2026 mène à Scientific Reports, article du 8 mars 2026 sur les émissions florales et le CO2 chez Anopheles, pas à l’attractivité humaine.
- L’étude qui correspond au propos est Hinze et al., iScience, mise en ligne le 2 avril 2026 : 42 participantes, Aedes aegypti, laboratoire, 27 composés volatils identifiés.
- Rickard Ignell en est le dernier auteur, Annika Hinze la première autrice.
- Les chiffres de 465 participants et de 1,35 pour la bière viennent d’une prépublication bioRxiv du 26 août 2025, non relue par les pairs, et non de l’étude de 2010 liée par la reprise.
- Le résultat le mieux établi reste la stabilité des écarts individuels sur plus de trois ans (Cell, 18 octobre 2022), associée aux acides carboxyliques de la peau.
- Sur le groupe sanguin, l’état réel des connaissances est intermédiaire : quelques travaux positifs anciens, effectifs très faibles, aucune réplication de grande ampleur.
- Les travaux structurants du domaine datent de 2000, 2015 et 2022 : la question n’a pas été résolue cet été.
- Aucune de ces études ne justifie de réduire sa protection contre les piqûres, alors que des transmissions autochtones sont recensées en France en août 2026.
Attention — Se sentir « peu piqué » ne constitue pas une donnée de protection. Les différences individuelles décrites par ces études sont mesurées en laboratoire ou dans des dispositifs expérimentaux, sur des espèces qui ne sont pas toujours celles présentes en France, et aucune ne compare des personnes protégées à des personnes non protégées. La protection contre les piqûres reste utile pour tout le monde, en particulier là où le moustique tigre est implanté.
Cet article n’est pas un avis médical : il rapporte des publications scientifiques et un bulletin de surveillance, sans se substituer à un professionnel de santé. En cas de fièvre, d’éruption cutanée ou de douleurs articulaires après des piqûres ou au retour d’une zone à risque, consultez un médecin ; en cas d’urgence, appelez le 15.
FAQ — moustiques, attractivité et origine des chiffres
La reprise parle d’une étude « Nature » : de quelle publication s’agit-il réellement ?
Le lien mène à un article de Scientific Reports du 8 mars 2026 (DOI 10.1038/s41598-026-42694-7), consacré aux émissions florales et au CO2 chez des Anopheles. Scientific Reports et Nature sont deux revues distinctes hébergées sur nature.com. L’étude qui correspond au propos de la reprise est Hinze et al., parue dans iScience le 2 avril 2026, et elle n’est ni nommée ni liée.
Que montre exactement l’étude iScience du 2 avril 2026 ?
Elle identifie 27 composés organiques volatils potentiellement impliqués dans la modulation de l’attractivité, et montre que le 1-octène-3-ol comme le ratio d’ensemble du mélange suffisent à modifier les préférences des moustiques. La grossesse et la phase du cycle menstruel y contribuent significativement. Le travail a été mené en laboratoire, sur 42 participantes femmes, avec Aedes aegypti : il ne teste ni les hommes, ni le moustique tigre.
Le groupe sanguin joue-t-il un rôle dans les piqûres de moustiques ?
L’état des preuves est faible, pas nul. L’hypothèse remonte à un article de Nature du 15 septembre 1972 et repose surtout sur un travail de juillet 2004 portant sur 64 sujets, qui rapportait 83,3 % d’atterrissages relatifs sur les sécréteurs du groupe O contre 46,5 % pour le groupe A. Effectifs réduits, laboratoire unique, aucune réplication de grande ampleur : l’hypothèse est faiblement étayée, sans être formellement démentie.
Boire une bière augmente-t-il le nombre de piqûres ?
Deux travaux différents sont invoqués. Une étude publiée le 4 mars 2010 au Burkina Faso, sur 43 volontaires et avec Anopheles gambiae, rapportait un rapport de cotes de 1,63 pour l’activation des moustiques. Les chiffres de 465 participants et de 1,35 proviennent d’une prépublication bioRxiv du 26 août 2025, non relue par les pairs, pour une consommation dans les 12 heures précédentes. Aucune de ces données ne constitue une recommandation.
L’attractivité pour les moustiques est-elle héréditaire ?
Une seule étude, publiée le 22 avril 2015, a estimé une héritabilité au sens étroit de 0,62, avec une erreur type de 0,124, sur 18 paires de jumelles monozygotes et 19 paires dizygotes. Ce chiffre décrit une part de variation dans une population testée en olfactomètre, pas une part de responsabilité individuelle. Il n’a pas été répliqué à plus grande échelle.
Les femmes enceintes sont-elles davantage piquées ?
Une étude publiée en juin 2000 dans The Lancet, conduite en Gambie, a observé que les femmes enceintes attiraient deux fois plus de moustiques du complexe Anopheles gambiae que les femmes non enceintes. L’étude iScience de 2026 retrouve une contribution significative de la grossesse en laboratoire. Les questions de protection pendant la grossesse se discutent avec un médecin ou une sage-femme.
Peut-on réduire sa protection si l’on se juge peu piqué ?
Non. Aucune des études citées ne teste une mesure de prévention, et aucune ne permet de conclure qu’une personne peu attractive pourrait s’en dispenser. Le bulletin de Santé publique France du 12 août 2026 recense, depuis le début de la surveillance renforcée 2026 et jusqu’au 10 août, 15 cas autochtones de chikungunya, 2 cas autochtones de dengue et 6 cas de West Nile en France hexagonale. La protection contre les piqûres reste utile pour tout le monde.
Ces résultats valent-ils pour le moustique tigre présent en France ?
Pas directement. L’étude iScience a été menée avec Aedes aegypti, les travaux de 2010 et de 2025 avec des Anopheles, et l’étude de 2022 avec deux souches de moustiques en laboratoire. Aedes albopictus, le moustique tigre installé en France hexagonale, n’est testé que dans le travail de 2004 sur les groupes sanguins. Transposer ces résultats d’une espèce à l’autre n’est pas justifié.
