Le 19 août 2026, l’ESA a diffusé le briefing de presse d’avant lancement de MTG-I2, le prochain satellite météorologique géostationnaire européen. Le tir est programmé le 27 août 2026 depuis le Centre spatial guyanais, par Ariane 6, vers une orbite située à 36 000 kilomètres d’altitude. L’engin emporte deux instruments : un imageur conçu pour balayer l’Europe et l’Afrique du Nord toutes les 2,5 minutes, et un détecteur d’éclairs qui doit photographier la Terre mille fois par seconde. Reste à savoir ce qu’un satellite géostationnaire voit réellement d’un orage, ce qu’il est structurellement incapable de voir, et par quelles étapes cette observation devient — ou ne devient pas — une vigilance orange sur une carte de Météo-France.
Ce que le lancement du 27 août 2026 doit mettre en orbite
Ce qui doit décoller le 27 août est un satellite de près de quatre tonnes, chargé de deux instruments d’observation et destiné à un point fixe au-dessus de l’équateur. L’ESA l’a détaillé lors de son briefing de presse du 19 août 2026, EUMETSAT dans les fiches techniques des satellites qu’elle exploite.
Un tir programmé, pas un tir réalisé
Au moment où ces lignes sont écrites, MTG-I2 est encore au sol. La date du 27 août 2026, le site guyanais et le lanceur Ariane 6 sont ceux annoncés par l’ESA et par EUMETSAT dans sa page de mission publiée le 6 août 2026 : un objectif de calendrier, soumis aux aléas ordinaires d’une campagne de tir. Tout ce qui s’écrit aujourd’hui sur les performances de MTG-I2 décrit un satellite construit, testé et livré, pas un satellite en fonctionnement : entre la mise en orbite et la mise à disposition de données exploitables par les prévisionnistes, il existe une phase de recette dont la durée n’est pas anodine.
Troisième satellite du système, deuxième imageur
Deux comptages coexistent dans les documents officiels, et les deux sont exacts. L’ESA présente MTG-I2 comme le troisième satellite du système Meteosat de troisième génération à rejoindre l’orbite : il suit Meteosat-12, l’imageur lancé le 13 décembre 2022, et MTG-S1, le sondeur lancé le 1ᵉʳ juillet 2025. EUMETSAT, de son côté, le désigne comme le deuxième satellite imageur du système. L’un compte les lancements, l’autre compte les imageurs. Une fois en service, MTG-I2 doit prendre une désignation opérationnelle, Meteosat-14 ; cette appellation n’apparaît que dans la brochure « Facts and figures » d’EUMETSAT datée d’avril 2026, et il est plus prudent de continuer à parler de MTG-I2 tant que le satellite n’est pas déclaré opérationnel.
Ce que l’engin emporte réellement
MTG-I2 embarque deux instruments d’observation. Le Flexible Combined Imager (FCI) est l’imageur principal, construit par Thales Alenia Space, maître d’œuvre du programme. Le Lightning Imager (LI) est un détecteur optique d’éclairs construit par Leonardo, sans aucun équivalent sur les générations précédentes de Meteosat. À ces deux instruments s’ajoutent deux services moins connus : un système de collecte et de retransmission de données environnementales, qui relaie les mesures de stations au sol, de bouées ou de ballons, et un transpondeur GEOSAR qui retransmet les signaux des balises de détresse émettant sur 406 MHz. Un satellite météorologique géostationnaire est aussi, accessoirement, un relais de secours en mer et en montagne.
La brochure d’EUMETSAT chiffre l’objet : environ 3 800 kilogrammes en orbite, dont deux tonnes d’ergols et 800 kilogrammes de charge utile, pour une durée de vie nominale de 8,5 ans par satellite imageur. L’essentiel de la masse est donc du carburant : rejoindre l’orbite géostationnaire et y rester coûte plus, en propergol, que l’instrument lui-même.
Ce qu’un satellite géostationnaire voit d’un orage, et ce qu’il ne voit pas
Un satellite météorologique ne « voit » pas l’orage comme un radar le voit : les deux instruments ne mesurent pas la même grandeur physique, et presque tout le reste en découle.
Un imageur mesure le sommet des nuages, pas la pluie qui tombe
Un imageur géostationnaire enregistre le rayonnement qui lui parvient : la lumière solaire réfléchie par le sommet des nuages dans les canaux visibles, le rayonnement infrarouge émis par ces mêmes sommets dans les canaux thermiques. Autrement dit, il mesure la face supérieure du système nuageux — sa forme, son extension, sa température, donc son altitude — et non ce qui se passe dessous. La pluie, la grêle, les rafales descendantes se produisent sous une couche opaque que le satellite ne traverse pas.
C’est exactement l’inverse pour un radar météorologique. Le réseau d’environ 40 radars exploité par Météo-France en métropole et outre-mer envoie une onde qui est rétrodiffusée par les gouttes et les grêlons : il mesure l’intensité de la précipitation, en temps réel, mais depuis le sol et sur un rayon limité autour de chaque site. Les deux dispositifs ne sont pas concurrents : le satellite donne le champ complet, sans trou de couverture, dès la naissance du nuage ; le radar donne ce qui arrive au sol, là où il y a un radar. Un prévisionniste travaille avec les deux, plus les observations de surface et les modèles.
Le sommet pénétrant, signature d’un courant ascendant violent
Il existe pourtant un phénomène que la vue du dessus révèle mieux que n’importe quel autre instrument : le sommet pénétrant, ou overshooting top. Dans un cumulonimbus vigoureux, le courant ascendant monte jusqu’à la tropopause, cette frontière où la température cesse de décroître et qui plafonne normalement la convection ; l’enclume caractéristique de l’orage s’y étale. Quand l’ascendance est assez puissante, la bulle d’air chaud a assez d’inertie pour percer ce plafond et former une protubérance au-dessus de l’enclume. Cette bosse est visible depuis l’espace, et elle signe un courant ascendant intense — donc un potentiel de grêle et de rafales.
EUMETSAT cite précisément ces sommets pénétrants comme exemple de phénomène à évolution rapide, indicateur de sévérité, difficile à surveiller avec les cadences actuelles. C’est aussi ce que l’imagerie satellitaire permet de repérer sur des colonnes convectives d’origine non météorologique, comme celles qu’un grand incendie fabrique au-dessus de son propre panache.
Ce que la détection optique des éclairs ne dit pas
Le second angle mort concerne l’imageur d’éclairs, et il est plus contre-intuitif encore. L’instrument détecte des impulsions lumineuses au sommet des nuages : la lueur d’une décharge diffusée par la masse nuageuse. Il compte donc l’activité électrique totale, tous types d’éclairs confondus, mais il n’identifie pas la nature de la décharge. EUMETSAT le formule sans détour dans sa documentation de service : « Avec la détection d’impulsions optiques, il n’est pas possible de distinguer les éclairs nuage-sol des éclairs nuage-nuage. »
La conséquence pratique est nette : ce satellite ne localise pas les points d’impact de la foudre et ne remplace pas les réseaux de détection au sol, qui captent le rayonnement électromagnétique basse fréquence des décharges et savent, eux, distinguer un impact au sol et le géolocaliser. Le service qui signale à un gestionnaire de réseau électrique qu’un impact a touché tel point ne vient pas de l’espace, et ne viendra pas de MTG-I2.
Pourquoi 2,5 minutes changent la lecture d’un orage
Le gain documenté de MTG-I2 ne porte donc pas sur ce qui est observé, mais sur la fréquence à laquelle il l’est.
Une cellule orageuse vit plus vite qu’un cycle de balayage ancien
Une cellule convective se forme, se développe et culmine en quelques dizaines de minutes : à cette échelle, la cadence d’observation détermine ce que l’on peut en dire. Avec une image toutes les 30 minutes — la cadence de la première génération Meteosat et de son instrument MVIRI — on obtient des instantanés sans continuité : entre deux vues, une cellule a pu naître, se renforcer et se déplacer de plusieurs dizaines de kilomètres. Avec une image toutes les 15 minutes, cadence du disque complet de la deuxième génération, la trajectoire commence à s’esquisser. Avec une image toutes les 2,5 minutes, on ne voit plus des états successifs mais un mouvement : la direction du déplacement se mesure, l’accélération du développement vertical devient lisible, et l’extrapolation à très courte échéance s’appuie sur des tendances.
Ce que « deux fois plus rapide » signifie exactement
EUMETSAT présente le service de balayage rapide de MTG-I2 comme deux fois plus rapide que celui assuré aujourd’hui par Meteosat-11, satellite de deuxième génération : l’instrument SEVIRI de cette génération balaie l’Europe toutes les 5 minutes en mode rapide, contre 2,5 minutes pour le FCI. Le facteur deux porte donc sur une comparaison précise, de service de balayage rapide à service de balayage rapide — et non sur un gain d’alerte, une notion que ni l’ESA ni EUMETSAT ne chiffrent dans les documents publiés avant le lancement.
La répartition des tâches entre les deux imageurs
La cadence rapide n’est pas la seule mission. Selon la répartition décrite par EUMETSAT, Meteosat-12 assure le balayage du disque terrestre complet toutes les 10 minutes, tandis que MTG-I2 doit prendre en charge le balayage rapide de l’Europe et de l’Afrique du Nord toutes les 2,5 minutes : il faut deux engins pour tenir les deux services simultanément. À cela s’ajoute le saut spectral, le FCI disposant de 16 canaux contre 12 pour SEVIRI et 3 pour l’instrument de première génération. Chaque canal correspond à une bande de longueurs d’onde qui renseigne sur une propriété différente — température du sommet, phase glace ou eau liquide, taille des particules, vapeur d’eau à différents niveaux. Plus de canaux, ce ne sont pas de plus belles images, ce sont des grandeurs physiques supplémentaires livrées aux algorithmes de détection automatique et aux modèles.
L’imageur d’éclairs : ce qu’apporte le suivi de l’activité électrique totale
Le Lightning Imager est l’instrument sans héritage du programme : rien d’équivalent n’avait volé sur un Meteosat avant la troisième génération. Sa logique d’emploi est moins évidente que son spectacle.
Comment il fonctionne
L’instrument est composé de quatre caméras dont les champs de vue cumulés couvrent 84 % du disque terrestre vu depuis l’orbite géostationnaire, soit l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et une partie de l’Amérique du Sud. Chaque caméra prend des images à la cadence de 1 000 par seconde, 24 heures sur 24. Ce flux est impossible à transmettre tel quel : le traitement des impulsions lumineuses est réalisé à bord, le satellite ne renvoyant au sol que les événements détectés. L’essentiel du travail de détection est donc fait dans l’espace, en temps réel, par l’électronique embarquée.
Pourquoi compter les éclairs sert à anticiper
L’intérêt prévisionnel ne tient pas au nombre d’éclairs, mais à sa variation. L’électrisation d’un nuage d’orage naît de la collision entre particules de glace de tailles différentes, brassées par le courant ascendant. Quand cette ascendance se renforce, la production de charge s’intensifie et le taux d’éclairs augmente brutalement — souvent avant que l’orage ne produise ses effets les plus violents au sol. Un saut d’activité électrique signale donc une intensification en cours, y compris sur les éclairs intra-nuage, les plus nombreux et les moins bien vus par les réseaux au sol, qui détectent surtout les impacts.
Ce que valent 120 secondes de latence
EUMETSAT indique une latence visée de 120 secondes entre l’observation et la mise à disposition des données d’éclairs, avec un objectif de 60 secondes, et une période d’accumulation de 30 secondes pour les produits grillés, cumulable sur des durées plus longues selon l’usage. Deux minutes, rapportées au rythme d’un prévisionniste qui suit un épisode orageux, c’est l’ordre de grandeur du temps qu’il faut pour lire une image et la comparer à la précédente. À cette échelle, la donnée sert à décider pendant l’épisode, pas seulement à l’analyser après coup.
Où le gain sera le plus net : la mer et les zones mal instrumentées
Le bénéfice n’est pas uniforme sur la carte. Là où les réseaux de détection au sol sont denses — l’Europe de l’Ouest continentale —, l’activité électrique est déjà bien suivie. C’est au-dessus des étendues maritimes et des régions peu instrumentées que la vue depuis l’espace change quelque chose : Méditerranée, Atlantique, une grande partie de l’Afrique. Pour un système orageux qui se forme au large avant d’aborder le littoral, une mesure continue de son électrification pendant sa phase maritime est une information nouvelle — c’est le cas des épisodes méditerranéens, qui naissent sur une mer chaude avant d’atteindre les côtes du sud de la France.
De la donnée satellite à la vigilance orange : la chaîne réelle
Entre l’impulsion lumineuse détectée à 36 000 kilomètres et la couleur d’un département sur la carte de Vigilance s’intercale une succession d’étapes techniques et humaines. C’est elle qui explique pourquoi un satellite ne « déclenche » pas une alerte.
Les six étapes, dans l’ordre
Premièrement, la détection et le traitement à bord du satellite. Deuxièmement, la descente des données vers les stations de réception au sol, puis leur traitement par EUMETSAT, qui diffuse les jeux de données à ses États membres. Troisièmement, en France, le Centre de météorologie spatiale de Météo-France reçoit les données brutes du satellite Meteosat de troisième génération et les traite 24 heures sur 24. Quatrièmement, ces données alimentent deux familles de produits distinctes : les outils de prévision immédiate, qui suivent et extrapolent les objets observés à très courte échéance, et les modèles numériques, qui assimilent les observations pour calculer une prévision. Cinquièmement, un prévisionniste les lit et les interprète, avec les radars, les stations de surface et les sorties de modèles. Sixièmement seulement vient la décision d’attribuer une couleur à un département.
Un satellite parmi une vingtaine, et deux modèles derrière
Météo-France indique qu’une vingtaine de satellites météorologiques fournissent la majorité des données d’observation qui alimentent ses modèles : des géostationnaires comme Meteosat, mais aussi des satellites défilants en orbite basse, qui apportent des sondages verticaux hors de portée des premiers. Côté calcul, deux modèles se partagent les échelles : ARPEGE couvre le globe avec une maille variable, environ 5 kilomètres sur l’Europe et jusqu’à 24 kilomètres aux antipodes, pour des prévisions jusqu’à 4 jours ; AROME travaille à 1,3 kilomètre de maille sur l’Hexagone et la Corse et prend en charge les phénomènes de petite échelle — orages, averses, brouillard. Une maille de 1,3 kilomètre convient à un système convectif, pas à une cellule isolée de quelques centaines de mètres : même le meilleur modèle français ne place pas un orage individuel à la rue près.

Ce qu’est la Vigilance, et ce qu’elle n’est pas
La Vigilance météorologique est un produit de décision, pas un produit d’observation. C’est une carte à quatre couleurs, à maille départementale, qui couvre la journée en cours et le lendemain jusqu’à minuit. Elle est actualisée au moins deux fois par jour, à 6 heures et à 16 heures, et plus fréquemment si la situation l’exige. Trois de ces caractéristiques sont indépendantes de la qualité de l’imagerie satellitaire : le pas géographique reste le département, l’échéance reste le jour même et le lendemain, et la couleur reste attribuée par des prévisionnistes qui engagent une expertise. Il en va de même pour d’autres échelles d’alerte administrées par seuils, comme les niveaux de restriction d’eau en période de sécheresse : le capteur informe, il ne décide pas.
Ce que l’imagerie à 2,5 minutes doit améliorer, c’est donc d’abord la prévision immédiate et la matière que les prévisionnistes ont sous les yeux au moment de trancher. Aucun document publié par l’ESA, EUMETSAT ou Météo-France avant le lancement ne chiffre un gain de délai d’alerte, et le fonctionnement de la Vigilance explique pourquoi : ce n’est pas un déclencheur automatique attendant un signal satellite, mais une décision humaine calée sur des rendez-vous fixes et réactualisable en cours de route.
Ce qui ne changera pas cet automne
Un satellite qui décolle fin août ne modifie rien à la saison orageuse en cours : le satellite précédent du même programme donne la mesure du délai.
Le précédent Meteosat-12 donne l’ordre de grandeur
Meteosat-12, premier imageur de troisième génération, a été lancé le 13 décembre 2022. Les données de son Lightning Imager sont passées en diffusion opérationnelle le 31 octobre 2024, après une ouverture préopérationnelle en juillet 2024. Entre le décollage et la mise à disposition opérationnelle de ces données, il s’est donc écoulé environ 22 mois — et à cette date, le FCI du même satellite n’était pas encore opérationnel. Un satellite neuf ne se branche pas : ses instruments doivent être mis en froid, étalonnés, comparés à des références au sol et à d’autres satellites, et ses produits validés avant qu’un service météorologique national les intègre à ses chaînes opérationnelles.
Un délai reconnu par l’opérateur lui-même
EUMETSAT n’a pas présenté ce calendrier comme conforme aux prévisions. À l’occasion de la première diffusion opérationnelle des données MTG, en octobre 2024, son directeur général Phil Evans le formulait ainsi : « MTG-I1 est un type de satellite entièrement nouveau, dont la mise en service opérationnelle a pris plus de temps que nous ne l’avions anticipé. » MTG-I2 bénéficiera de l’expérience acquise sur ce premier exemplaire, ce qui plaide pour une recette plus courte. Mais aucune date de mise en service n’est publiée dans les documents consultés, et le délai du premier satellite ne permet pas d’en déduire une : il donne un ordre de grandeur, pas une échéance.
35 milliards d’euros : ce que ce chiffre mesure, et ce qu’il ne mesure pas
La documentation du programme avance un chiffre : environ 35 milliards d’euros de pertes financières attribuées aux orages convectifs en Europe de l’Ouest entre 2007 et 2017, valeur du réassureur Munich Re reprise par EUMETSAT dans sa brochure. Il se lit pour ce qu’il est : l’ordre de grandeur de l’enjeu économique du risque orageux sur une décennie, donc la justification d’un investissement d’observation. Ce n’est pas une évaluation du bénéfice attendu de MTG-I2, et aucune source primaire consultée ne chiffre les pertes que le satellite permettrait d’éviter.
Ce que la constellation complète permettra de suivre
La rupture du programme Meteosat de troisième génération tient moins à la vitesse d’un instrument qu’à la combinaison de trois regards sur le même objet.
Trois instruments, trois moments du cycle de vie d’un orage
Le sondeur infrarouge géostationnaire mesure des profils verticaux de température et d’humidité, avec une cadence de 30 minutes : il documente l’instabilité de l’atmosphère, c’est-à-dire les conditions qui rendent la convection possible, avant même qu’un nuage se forme. L’imageur suit ensuite le nuage lui-même, sa croissance et sa structure. L’imageur d’éclairs suit son électrification, donc sa vigueur interne. Mis bout à bout, ces trois instruments doivent permettre d’observer depuis l’espace le cycle de vie complet d’un orage, du terrain favorable à la dissipation — ce qu’aucune génération précédente de Meteosat n’autorisait. Le premier sondeur du programme, MTG-S1, a été lancé le 1ᵉʳ juillet 2025 et ses données préopérationnelles ont été ouvertes aux prévisionnistes européens le 30 juillet 2026. Il emporte également l’instrument Copernicus Sentinel-4, dédié à la composition de l’atmosphère, dont les mesures ont une cadence de 60 minutes.
Deux imageurs, c’est aussi de la résilience
Avoir deux satellites imageurs en orbite ne sert pas seulement à assurer deux services de balayage simultanés : c’est aussi une redondance. Une défaillance sur l’un ne priverait plus l’Europe de son imagerie géostationnaire, l’autre pouvant reprendre une partie des tâches. Cette continuité de service est invisible tant qu’elle fonctionne, et c’est pourtant l’une des raisons d’être du lancement.
Une constellation de trois satellites, un programme de six
Deux échelles de temps se superposent, et les documents officiels emploient les deux chiffres. À un instant donné, la constellation opérationnelle doit compter trois satellites : deux imageurs et un sondeur — configuration qui suppose MTG-I2 en orbite et en service. Sur la durée, le programme prévoit six satellites au total — quatre imageurs et deux sondeurs — pour environ vingt ans de service continu, les engins de rechange remplaçant les premiers en fin de vie. C’est ce renouvellement qui permet à EUMETSAT d’annoncer la prolongation par le FCI d’une série de données de plus de 40 ans, et plus de 60 ans d’observations comparables attendues à la fin de la mission. Pour la climatologie, cette continuité de série vaut autant que la performance instantanée d’un instrument.
Trois générations de Meteosat : cadences et canaux
| Génération | Instrument | Disque complet | Balayage rapide Europe | Canaux |
|---|---|---|---|---|
| Première | MVIRI | 30 minutes | — | 3 |
| Deuxième | SEVIRI | 15 minutes | 5 minutes | 12 |
| Troisième | FCI | 10 minutes | 2,5 minutes | 16 |
Ce qu’il faut retenir
- Le lancement de MTG-I2 est programmé le 27 août 2026 depuis le Centre spatial guyanais, par Ariane 6 ; à la date de publication, il s’agit d’un tir annoncé et non réalisé.
- Le satellite emporte un imageur à 16 canaux et un détecteur optique d’éclairs ; il doit assurer le balayage rapide de l’Europe et de l’Afrique du Nord toutes les 2,5 minutes, pendant que Meteosat-12 balaie le disque complet toutes les 10 minutes.
- Un imageur géostationnaire mesure le sommet des nuages, pas la pluie qui tombe : il complète les radars au sol, il ne les remplace pas.
- La détection optique ne distingue pas un éclair nuage-sol d’un éclair nuage-nuage : le satellite compte l’activité électrique totale, il ne localise pas les points d’impact.
- Le gain documenté porte sur la cadence d’observation et la qualité du suivi, pas sur un nombre de minutes d’alerte gagnées, qu’aucune source officielle ne chiffre.
- La Vigilance de Météo-France reste un produit départemental, à échéance jour même et lendemain, actualisé au moins à 6 heures et 16 heures, et décidé par des prévisionnistes.
- Sur le satellite précédent du programme, environ 22 mois ont séparé le lancement de la première diffusion opérationnelle des données d’éclairs ; aucune date de mise en service n’est publiée pour MTG-I2.
FAQ — MTG-I2 et l’alerte aux orages
Quand MTG-I2 doit-il être lancé, et par quel lanceur ?
Le lancement est programmé le 27 août 2026 depuis le Centre spatial guyanais, par une Ariane 6, à destination de l’orbite géostationnaire située à 36 000 kilomètres d’altitude. Cette date et ce lanceur sont ceux annoncés par l’ESA lors du briefing de presse du 19 août 2026 et par la page de mission d’EUMETSAT du 6 août 2026. Comme toute campagne de tir, elle reste soumise aux conditions du jour.
MTG-I2 permettra-t-il d’être alerté plus tôt d’un orage ?
Aucun document publié par l’ESA, EUMETSAT ou Météo-France avant le lancement ne chiffre un gain de délai d’alerte. Ce qui est documenté, c’est un gain de cadence d’observation : une image de l’Europe et de l’Afrique du Nord toutes les 2,5 minutes, contre 5 minutes pour le service de balayage rapide actuel de la deuxième génération. Le bénéfice attendu porte sur la finesse du suivi d’un orage en cours et sur la qualité de la prévision immédiate, pas sur un raccourcissement mesuré du délai de mise en vigilance.
Le satellite détecte-t-il la foudre qui touche le sol ?
Non. Le Lightning Imager repère des impulsions lumineuses au sommet des nuages et compte l’activité électrique totale, mais EUMETSAT précise que la détection optique ne permet pas de distinguer un éclair nuage-sol d’un éclair nuage-nuage. Il ne localise donc pas les points d’impact au sol et ne remplace pas les réseaux de détection de foudre terrestres, qui reposent sur un principe électromagnétique différent.
Quelle est la différence entre ce satellite et un radar météo ?
Ils ne mesurent pas la même chose. Le satellite observe depuis l’orbite le rayonnement émis ou réfléchi par le sommet des nuages : forme, extension, température, donc altitude du système. Le radar, depuis le sol, envoie une onde rétrodiffusée par les gouttes et les grêlons et mesure l’intensité de la précipitation en temps réel. Météo-France exploite environ 40 radars en métropole et outre-mer. Les deux sources sont complémentaires et utilisées ensemble.
La carte de Vigilance va-t-elle devenir automatique ou plus fréquente ?
Rien dans les documents consultés n’annonce une évolution du dispositif. La Vigilance reste une carte à quatre couleurs, à maille départementale, couvrant la journée en cours et le lendemain jusqu’à minuit, actualisée au moins deux fois par jour à 6 heures et 16 heures et plus souvent si la situation l’exige. La couleur est attribuée par des prévisionnistes à partir de l’ensemble des observations et des modèles ; aucun capteur ne la déclenche seul.
Quand les données de MTG-I2 seront-elles utilisables par les prévisionnistes ?
Aucune date de mise en service opérationnelle n’est publiée dans les documents consultés. Le seul repère disponible est le satellite précédent du programme : entre le lancement de Meteosat-12, le 13 décembre 2022, et la première diffusion opérationnelle de ses données d’éclairs, le 31 octobre 2024, il s’est écoulé environ 22 mois. Le directeur général d’EUMETSAT avait alors indiqué que la mise en service de ce satellite entièrement nouveau avait pris plus de temps qu’anticipé. MTG-I2 profitera de cette expérience, mais aucune échéance ne peut en être déduite.
Pour quelles régions le gain sera-t-il le plus sensible ?
Au-dessus des mers et des territoires peu couverts par des réseaux de détection au sol. Les quatre caméras de l’imageur d’éclairs couvrent 84 % du disque terrestre — Europe, Afrique, Moyen-Orient et une partie de l’Amérique du Sud — sans trou d’instrumentation. Pour un système orageux qui se forme au large, sur la Méditerranée ou l’Atlantique, avant d’aborder les côtes, disposer d’un suivi continu de son électrification pendant sa phase maritime constitue une information nouvelle.
MTG-I2 est-il le deuxième ou le troisième satellite du programme ?
Les deux formulations circulent parce qu’elles ne comptent pas la même chose. C’est le troisième satellite du système Meteosat de troisième génération à rejoindre l’orbite, après l’imageur Meteosat-12 lancé en décembre 2022 et le sondeur MTG-S1 lancé en juillet 2025. C’est en revanche le deuxième satellite imageur du système. Une fois opérationnel, il doit prendre la désignation Meteosat-14, mentionnée dans la brochure « Facts and figures » d’EUMETSAT d’avril 2026.
