Au 1ᵉʳ septembre 2026, le prix repère de vente de gaz publié par la Commission de régulation de l’énergie s’établit à 172,05 €/MWh TTC en moyenne, contre 162,89 €/MWh le mois précédent. La CRE rattache la hausse de ce mois-ci au marché de gros. Mais une part de ce que vous payez ne dépend pas du marché : elle suit une formule arrêtée en 2024 pour quatre ans, dont l’un des termes fait monter le tarif du réseau à mesure que les volumes transportés diminuent.
Trois blocs sur une facture de gaz, et un seul suit le marché
Une distinction d’abord, parce que tout le reste en dépend : le prix repère n’est pas un tarif. Les tarifs réglementés de vente de gaz ont disparu pour les particuliers. Ce que la CRE publie chaque mois est un indicateur, calculé pour des consommateurs types, que le régulateur présente comme une « boussole pour s’orienter sur le marché ». Aucun fournisseur n’est tenu de l’appliquer et chacun construit librement la structure de ses offres. L’indicateur sert de point de comparaison, pas de plafond.
Ce prix repère agrège trois blocs qui n’obéissent ni au même calendrier, ni à la même autorité. Le premier est la fourniture : l’achat de la molécule, les coûts commerciaux du fournisseur, une prime de risque, les certificats d’économies d’énergie et le coût de production du biogaz. Le deuxième est l’acheminement : le transport à haute pression sur les grandes artères, le stockage, puis la distribution jusqu’au compteur. Le troisième regroupe les taxes : l’accise sur les gaz naturels, la contribution tarifaire d’acheminement (CTA) et la TVA.
Seul le premier bouge tous les mois. La CRE calcule la part approvisionnement à 80 % sur un indice de marché mensuel, dit MA2, et à 20 % sur un indice trimestriel, dit QA. C’est cette pondération qui explique qu’un barème puisse changer d’un mois sur l’autre sans qu’aucune décision nouvelle n’ait été prise : la formule tourne, les indices bougent, le résultat suit. Les deux autres blocs, eux, restent figés entre leurs dates de révision annuelle.
La conséquence de lecture est directe. Quand une variation de facture est imputée au « prix du gaz », elle ne concerne en réalité qu’un des trois blocs. Les deux autres évoluent à des dates connues à l’avance, selon des règles publiées, et ne réagissent pas au marché.
| Bloc | Ce qu’il couvre | Qui en fixe l’évolution | Rythme de révision |
|---|---|---|---|
| Fourniture | Approvisionnement, coûts commerciaux, prime de risque, certificats d’économies d’énergie, coût du biogaz | Formule CRE indexée sur les marchés (80 % MA2, 20 % QA) | Mensuel |
| Acheminement | Transport (ATRT) et stockage (ATS), puis distribution jusqu’au compteur (ATRD) | Délibérations tarifaires de la CRE, formules pluriannuelles | 1ᵉʳ avril (transport, stockage) et 1ᵉʳ juillet (distribution) |
| Taxes | Accise sur les gaz naturels, CTA, TVA | Loi de finances et textes d’application | Selon les textes, hors calendrier tarifaire |
Le barème de septembre 2026, classe par classe
Le barème applicable au 1ᵉʳ septembre 2026 sur le réseau de distribution de GRDF porte la date du 10 août 2026 sur la page de la CRE. Il place le prix repère moyen, tous consommateurs résidentiels confondus, à 172,05 €/MWh TTC, contre 162,89 €/MWh en août, soit 9,16 €/MWh de plus et une progression de 5,6 %. D’après les reprises de l’annonce, la CRE rattache cette évolution à la hausse des prix du gaz sur les marchés de gros, dans un contexte d’approvisionnement européen tendu. Autrement dit : le mouvement porte sur le premier bloc, pas sur les deux autres.
Chauffage, cuisson : deux grilles, deux abonnements
Le barème ne publie pas un prix unique mais deux, parce qu’un logement chauffé au gaz et un logement qui n’y recourt que pour la cuisson et l’eau chaude n’ont pas le même profil. La classe chauffage ressort à 0,13474 €/kWh TTC en moyenne, encadrée par une valeur basse de 0,12511 € et une valeur haute de 0,15353 €, avec un abonnement annuel de 360,79 € TTC. La classe cuisson et eau chaude affiche 0,16757 €/kWh TTC en moyenne, entre 0,16290 € et 0,17730 €, pour un abonnement de 152,46 € TTC par an.
Cette inversion s’explique par la structure du tarif. Le kilowattheure est plus cher pour la classe cuisson, l’abonnement plus de deux fois moins élevé. C’est la logique d’une tarification où une part fixe couvre le raccordement et le comptage : plus la consommation annuelle est faible, plus cette part fixe pèse rapporté au kWh, et plus le terme proportionnel doit être calibré haut pour couvrir des coûts qui, eux, ne bougent presque pas. Cette mécanique de part fixe et de part variable reviendra plus loin, à une tout autre échelle.
Les deux abonnements n’ont pas varié entre août et septembre. Toute la hausse du mois s’est logée dans le terme proportionnel.
Août 2026 vers septembre 2026 : ce qui change et ce qui ne bouge pas
| Poste | Août 2026 | Septembre 2026 | Variation |
|---|---|---|---|
| Prix repère moyen, toutes classes | 162,89 €/MWh | 172,05 €/MWh | +9,16 €/MWh, soit +5,6 % |
| Terme kWh, classe chauffage | 0,12558 €/kWh | 0,13474 €/kWh | +7,3 % |
| Terme kWh, classe cuisson et eau chaude | 0,15848 €/kWh | 0,16757 €/kWh | +5,7 % |
| Abonnement annuel, classe chauffage | 360,79 € | 360,79 € | inchangé |
| Abonnement annuel, classe cuisson et eau chaude | 152,46 € | 152,46 € | inchangé |
Deux pourcentages pour une même décision : celui qui vous concerne
Deux chiffres circulent pour le barème de septembre : 5,6 % et 7,3 %. Ils ne se contredisent pas. Ils n’ont simplement pas le même dénominateur. Le premier rapporte l’écart de 9,16 €/MWh au prix repère moyen TTC de 162,89 €/MWh : il agrège les deux classes de consommation et intègre l’abonnement, qui n’a pas bougé. Le second isole le terme proportionnel de la classe chauffage, de 0,12558 à 0,13474 €/kWh, en laissant l’abonnement de côté. Un abonnement stable dilue mécaniquement le pourcentage dès qu’on le réintègre au dénominateur.
Savoir lequel vous concerne suppose de connaître votre volume annuel. Une coïncidence d’écriture peut égarer au passage : 9,16 €/MWh et 0,00916 €/kWh sont le même montant, mais le premier est l’écart moyen toutes classes confondues et le second celui du seul terme chauffage. Même valeur, deux assiettes. Un exemple de calcul, à partir du barème de la CRE et d’une hypothèse de consommation explicite : pour un logement chauffé au gaz qui consomme 12 000 kWh par an, l’écart de 0,00916 €/kWh entre août et septembre représente environ 110 € sur douze mois, abonnement inchangé. Ce montant n’est pas publié par la CRE : c’est l’application de son barème à une consommation supposée. À 8 000 kWh, le même calcul donne de l’ordre de 73 € ; à 18 000 kWh, environ 165 €.
Le raisonnement vaut pour toutes les variations à venir. Un pourcentage annoncé sur un barème d’énergie ne dit rien tant qu’on ignore sur quelle assiette il porte et quelle part de la facture cette assiette représente. C’est le réflexe utile à conserver pour la suite, où les pourcentages annoncés vont porter sur des grilles, pas sur des factures.
Le réseau se facture à date fixe : ATRT au 1ᵉʳ avril, ATRD au 1ᵉʳ juillet
L’acheminement se paie en deux étages. Le transport à haute pression, exploité par NaTran et Teréga, relève du tarif ATRT ; sa huitième version a évolué de 3,41 % au 1ᵉʳ avril 2026, en application d’une délibération de la CRE du 28 janvier 2026 dont la formule combine l’inflation, un coefficient d’ajustement et des charges nouvelles, notamment celles liées au règlement européen sur le méthane. La distribution jusqu’au compteur, assurée par GRDF sur l’essentiel du territoire, relève du tarif ATRD, dont la septième version est entrée en vigueur le 1ᵉʳ juillet 2024 pour quatre ans.
Ce point est souvent mal attribué. La hausse annuelle de l’ATRD n’est pas une décision commerciale du gestionnaire de réseau. C’est l’application mécanique d’une formule arrêtée par la CRE en février 2024 et actualisée chaque 1ᵉʳ juillet, la grille du 1ᵉʳ juillet 2026 ayant été publiée au Journal officiel par une délibération du 7 mai 2026. Le gestionnaire n’a pas de marge sur le résultat : les paramètres de la formule sont publics, le calcul est vérifiable.
La grille ATRD7 a progressé de 5,87 % en moyenne au 1ᵉʳ juillet 2026. La CRE chiffre l’effet correspondant sur la facture TTC d’un client résidentiel à environ 1,5 %. L’écart entre les deux nombres n’est pas une atténuation rhétorique : la distribution ne représente qu’une fraction du montant total payé, et un pourcentage appliqué à une fraction ne se transporte pas tel quel sur l’ensemble. Cette règle de conversion vaut pour toute annonce tarifaire de réseau, gaz comme électricité.
Il en découle une précaution arithmétique. Additionner les 5,87 % de la distribution, les 3,41 % du transport et la variation de l’accise pour en tirer un pourcentage de facture n’a aucun sens : chaque composante a son propre poids dans le total, et ces poids diffèrent selon la classe de consommation. Un même pourcentage de grille produit un effet plus fort sur une petite consommation, où la part fixe pèse davantage.
Moins de gaz transporté, un acheminement plus cher : la mécanique du coût fixe
Voici le maillon qui déroute. La formule d’évolution du tarif de distribution ne se contente pas de suivre l’inflation : elle intègre explicitement la baisse prévue des quantités acheminées. Moins le réseau transporte de gaz, plus son tarif unitaire monte. L’intuition ordinaire dit l’inverse.
Ce que la formule tarifaire fait entrer dans son calcul
La CRE a détaillé la composition du coefficient appliqué au 1ᵉʳ juillet 2026. Quatre termes le construisent : l’indice des prix à la consommation, pour +1,3 % ; une correction de l’indice retenu l’année précédente, pour −0,91 % ; un « facteur d’évolution annuelle », pour +1,91 % ; et l’apurement du compte de régularisation des charges et des produits, pour +3 %, plafonné. S’y ajoute l’effet de la péréquation nationale des entreprises locales de distribution, pour +0,57 %. L’addition de ces termes donne les 5,87 % annoncés sur la grille.
Le troisième terme est le sujet. Ce « facteur d’évolution annuelle » est précisément le poste par lequel la baisse prévue des volumes entre dans le calcul du tarif. En 2026, il a poussé la grille vers le haut, pour près de deux points sur les 5,87 %. Nommer ce facteur ne l’explique pas : reste à voir pourquoi une baisse de volume produit une hausse de prix unitaire.
Une dépense de réseau qui ne suit pas les volumes
Un réseau de distribution de gaz, ce sont des canalisations enterrées, des postes de détente, des compteurs, des équipes d’astreinte et un régime d’intervention de sécurité disponible en permanence. Ces charges ne suivent pas le débit. Elles ne diminuent pas dans la même proportion que les volumes acheminés : une conduite qui dessert moins d’abonnés reste une conduite à entretenir, et l’astreinte se dimensionne sur le linéaire desservi, pas sur les kilowattheures qui y passent.
Or les volumes reculent. La consommation brute française de gaz est passée de 430 TWh en 2022 à 361 TWh en 2024, puis 350 TWh en 2025. Les distributions publiques — résidentiel, tertiaire, petite industrie — représentaient 231 TWh en 2025, environ 66 % du total, en repli de 1,8 % sur un an. Le remplacement de chaudières par des pompes à chaleur alimente cette érosion, comme les bonifications de prime CEE sur les équipements électriques de chauffage et d’eau chaude.
Une dépense à peu près constante, divisée par un nombre de kilowattheures qui diminue, donne un coût unitaire qui augmente. Le tarif ne fait qu’enregistrer cette division. Ceux qui restent raccordés paient la part de réseau que les partants ne paient plus.
Une précision s’impose ici, parce que deux causalités se ressemblent sans se confondre. La hausse du prix repère de septembre 2026 est rattachée au marché de gros, pas aux volumes acheminés. Le mécanisme des coûts fixes agit sur un autre bloc de la facture, l’acheminement, et à d’autres dates : une fois par an, le 1ᵉʳ avril et le 1ᵉʳ juillet. Les deux effets s’additionnent sur le montant final sans partager la même cause.

Un déficit de recettes du réseau qui arrive sur la facture de 2026
Le tarif d’acheminement est construit sur une trajectoire de recettes prévue à l’avance : la CRE estime les charges du gestionnaire, estime les volumes, et fixe une grille censée équilibrer les deux. Quand les volumes réels passent sous l’hypothèse, les recettes rentrent sous la prévision. L’écart ne disparaît pas. Il est stocké dans un compte dédié, le CRCP, puis rattrapé plus tard par une correction de grille.
Le montant en cause n’est pas anecdotique. Les recettes tarifaires du gestionnaire de distribution sont ressorties inférieures aux prévisions de 245,2 millions d’euros, écart repris par le CRCP. C’est ce rattrapage qui a contribué pour 3 points à la révision du 1ᵉʳ juillet 2026, le poste le plus lourd de la formule cette année-là. La CRE a plafonné cet apurement, ce qui ne l’annule pas : le solde non repris reste à récupérer et se reportera sur les révisions suivantes.
Deux conséquences en découlent, et elles ne sont pas intuitives. La première est un décalage temporel : une baisse de consommation constatée une année se traduit par une hausse de grille une ou deux années plus tard, quand l’écart de recettes a été mesuré puis intégré. La seconde en découle : la hausse ne s’arrête pas au moment où la baisse de consommation s’arrête. Le stock de régularisation continue de s’apurer après coup. Un tarif de réseau regarde toujours un peu dans le rétroviseur.
Accise, CTA, TVA : la part que la sobriété ne réduit pas
Le troisième bloc se lit ligne par ligne, et chaque ligne obéit à une assiette différente. L’accise sur les gaz naturels combustibles est proportionnelle aux kilowattheures consommés. Son tarif n’est pas fixé par la CRE mais constaté par arrêté, le dernier en date étant l’arrêté du 8 juin 2026, publié au Journal officiel le 7 juillet 2026. Les barèmes de place la situent à 16,39 €/MWh du 1ᵉʳ février au 31 juillet 2026, puis de l’ordre de 16,7 €/MWh à compter du 1ᵉʳ août 2026. Ces valeurs sont des reprises : seul l’arrêté fait foi, et c’est là que se lit le montant applicable à une période donnée. Ces mêmes barèmes décomposent l’accise en un tarif de base et une composante finançant la péréquation vers les zones non interconnectées, sans s’accorder sur la répartition entre ces deux briques ; ils convergent en revanche sur le total.
La CTA obéit à une tout autre assiette. Elle ne s’applique pas à la consommation mais à la part fixe des tarifs d’acheminement : un pourcentage de l’abonnement de distribution, un autre du terme fixe de transport. Ces deux taux, que les barèmes de place situent aux environs de 20 % côté distribution et de 5 % côté transport, sont stables depuis 2021 ; leur valeur exacte est arrêtée par délibération de la CRE et se retrouve sur le relevé, ligne « CTA ». La contribution finance une partie du régime de retraite des industries électriques et gazières.
Ce point a une conséquence pratique immédiate. Diviser sa consommation par deux divise l’accise par deux ; cela ne change rien à la CTA, qui reste assise sur une part fixe. La même logique de part fixe et de part variable se retrouve sur d’autres postes du logement, de l’électricité à l’autoconsommation solaire avec batterie de stockage : ce qui est facturé au raccordement résiste à la sobriété.
La TVA, enfin, s’applique à tout. Depuis le 1ᵉʳ août 2025, en application de l’article 20 de la loi de finances pour 2025, elle est passée de 5,5 % à 20 % sur l’abonnement au gaz. Abonnement et consommation sont désormais au même taux. Pour un abonnement de chauffage à 360,79 € TTC par an, cette seule bascule représente une part de fiscalité sensiblement plus élevée qu’avant août 2025, à service identique.
Un dernier repère, avancé dans une tribune du 26 août 2026 signée par un responsable du pôle énergie du cabinet Carbone 4 : l’accise sur le gaz se situe autour de 16 €/MWh, contre environ 31 €/MWh sur l’électricité. L’écart est un fait de fiscalité, pas une propriété physique des deux énergies.
Prix fixe, prix indexé : ce que chaque contrat verrouille vraiment
La France comptait 10,34 millions de contrats résidentiels de gaz au 31 décembre 2025. Environ 40 % d’entre eux sont des offres à prix fixe, selon la CRE. L’expression prête à confusion, parce qu’elle ne désigne pas ce que la plupart des lecteurs supposent.
Un contrat à prix fixe fige la part fourniture : le prix de la molécule et les coûts commerciaux du fournisseur, pour la durée d’engagement. C’est le premier des trois blocs, celui qui suit les indices de marché. Les deux autres traversent tous les contrats sans distinction. Une hausse de l’ATRD, une hausse de l’ATRT, une évolution de l’accise ou de la TVA s’appliquent de la même façon à un contrat indexé et à un contrat fixe. Aucune offre commerciale ne peut les neutraliser, puisqu’elles ne relèvent pas du fournisseur.
La conséquence est simple à formuler. Ce qu’un contrat verrouille, c’est l’exposition au marché de gros. Ce qu’il ne verrouille pas, c’est la trajectoire des tarifs de réseau et de la fiscalité — soit, précisément, la part de la facture qui obéit à des formules pluriannuelles et à la loi de finances. Le prix repère, de son côté, ne s’impose à personne : il sert à situer une offre, pas à en déterminer le montant.
En 2028, le carbone s’ajoutera à la facture de chauffage
Un deuxième marché carbone européen, le SEQE-UE 2, étendra la tarification du CO₂ aux carburants et au gaz naturel utilisé pour le chauffage des bâtiments. Sur ce dispositif, deux points sont régulièrement décalés : la date d’effet et l’identité du redevable.
La date d’abord. Le ministère de la Transition écologique, sur sa page consacrée aux marchés du carbone mise à jour le 18 août 2026, indique un démarrage en 2028, après une première déclaration d’émissions fixée au 30 avril 2026. Ce n’est donc pas un dispositif qui produit ses effets sur la facture de 2026 ni de 2027.
Le redevable ensuite. Les entités soumises à l’obligation d’acheter des quotas sont les metteurs à la consommation et les fournisseurs de combustibles, pas les ménages. Aucun particulier ne déclarera d’émissions ni n’achètera de quota. La charge remontera dans le prix de vente du gaz, sans ligne dédiée sur le relevé : elle se logera dans la part fourniture, invisible à la lecture.
Pour l’ordre de grandeur, un repère publié avant le lancement : à 50 € la tonne de CO₂, le coût du quota se traduirait par environ 9,2 €/MWh sur le gaz naturel, soit de l’ordre de 50 € par an de chauffage pour un ménage moyen, auxquels s’ajouteraient environ 105 € du côté des carburants. Le prix effectif du quota à l’horizon 2028 n’est pas connu aujourd’hui : ce chiffre est une conversion d’hypothèse, pas une prévision. En contrepartie, un Fonds social pour le climat doté d’une enveloppe française de 9,7 milliards d’euros sur 2026-2032, avec un cofinancement national de 25 %, est prévu pour amortir l’effet sur les ménages les plus exposés.
Un quasi-doublement d’ici 2035 : les six hypothèses d’une projection
Une tribune publiée le 26 août 2026 par un responsable du pôle énergie du cabinet Carbone 4 projette un quasi-doublement du coût du gaz d’ici 2035 : environ +90 €/MWh, d’un niveau de départ voisin de 100 €/MWh à environ 190 €/MWh. Cette base de calcul n’est pas le prix repère TTC de 172,05 €/MWh évoqué plus haut ; les deux grandeurs ne se comparent pas directement.
Le détail du chiffre importe plus que le chiffre. L’auteur l’obtient en empilant six facteurs, dont il chiffre les principaux : environ +30 €/MWh au titre de l’effet ciseau côté distribution — le mécanisme des coûts fixes décrit plus haut —, environ +10 €/MWh pour le financement du biométhane, environ +10 €/MWh pour un alignement de la fiscalité du gaz sur celle de l’électricité, le solde se répartissant entre tarification carbone et prime liée au gaz naturel liquéfié.
Cette prime d’approvisionnement s’appuie sur une recomposition réelle. Selon la même tribune, la part du GNL dans l’approvisionnement européen est passée de 20 % en 2021 à 45 % en 2025, celle du gaz russe de 45 % à 15 %, et le GNL revient 30 à 50 % plus cher que le gaz livré par gazoduc. La volatilité qui en résulte se lit sur l’indice de référence européen TTF, coté 31,959 €/MWh le 27 février 2026 et 61,700 €/MWh le 10 août 2026, soit 93 % de hausse en moins de six mois.
Ce qui est déjà écrit dans une formule, ce qui reste supposé
Trois des six facteurs reposent sur des règles publiées : l’effet ciseau de la distribution est un terme explicite de la formule ATRD, le soutien au biométhane a un cadre de financement, la tarification carbone a un calendrier. Les trois autres sont des hypothèses d’auteur : le prix du quota carbone à dix ans, l’ampleur d’un alignement fiscal qu’aucun texte n’a arbitré, et le rythme auquel les abonnés quitteront le réseau. Un scénario n’est pas un barème.
Face à cette projection, la CRE ne publie pas de contre-projection : elle ne s’engage pas au-delà des formules en vigueur. L’ATRD7 court jusqu’en 2028, l’ATRT8 suit sa propre trajectoire. Au-delà, aucun tarif n’est écrit. L’horizon réglementaire réel est donc de deux ans, pas de dix.
Reste une question que la chaîne causale pose sans la trancher. Le biométhane injecté dans les réseaux atteignait 13,5 TWh en 2025, en progression de 17 % sur un an, pour plus de 800 sites en service et un objectif de 35 à 45 TWh en 2030 : il maintient des volumes dans les canalisations, ce qui freine l’effet de division, mais il coûte plus cher que la molécule importée. Par ailleurs, les départs du réseau ne sont pas répartis au hasard : ils supposent de financer une pompe à chaleur et, souvent, des travaux dont le décret RGE encadre désormais la facturation. Le surcoût unitaire se concentre donc sur les logements et les copropriétés qui ne peuvent pas engager ces travaux. Le mécanisme n’est pas neutre dans sa répartition.
Là où le mécanisme se lit : votre relevé, ligne par ligne
Tout ce qui précède se vérifie sur trois documents, sans intermédiaire.
Le premier est le barème mensuel du prix repère, publié par la CRE sur son site, par réseau et par classe de consommation. Il donne le prix moyen, sa fourchette et le montant de l’abonnement. Il change tous les mois : celui de septembre 2026 porte la date du 10 août 2026, celui d’octobre paraît début septembre. La valeur lue aujourd’hui n’est pas celle qui vaudra dans six semaines.
Le deuxième est votre relevé. Trois lignes suffisent à situer les blocs : l’acheminement, qui ne bouge qu’au 1ᵉʳ avril pour le transport et au 1ᵉʳ juillet pour la distribution ; l’accise, proportionnelle aux kilowattheures et donc sensible à ce que vous consommez ; la CTA, assise sur la part fixe de l’acheminement et donc insensible à votre consommation. Le reste relève de votre contrat de fourniture, dont les conditions tarifaires précisent s’il est fixe ou indexé.
Le troisième est la délibération tarifaire elle-même. Celle du 7 mai 2026, publiée au Journal officiel, porte la grille ATRD applicable depuis le 1ᵉʳ juillet 2026. Les paramètres y sont publics, ce qui permet de retrouver un montant plutôt que de le subir comme une donnée opaque.
Reste la question ouverte, celle que la formule pose et qu’aucun barème ne résout : un réseau de distribution qui a livré 231 térawattheures en 2025, 1,8 % de moins qu’un an plus tôt, coûte à peu près la même chose à entretenir l’année suivante. Cette dépense sera payée par quelqu’un. Tant que la règle est celle du coût unitaire, ce quelqu’un est celui qui reste raccordé.
FAQ — prix du gaz et hausse de la facture
Le prix repère de la CRE est-il un tarif réglementé ?
Non. Les tarifs réglementés de vente de gaz n’existent plus pour les particuliers. Le prix repère est un indicateur mensuel calculé par la Commission de régulation de l’énergie pour des profils de consommation types, destiné à comparer les offres du marché. Aucun fournisseur n’est tenu de l’appliquer, et le prix que vous payez est celui de votre contrat.
Qui est concerné par la hausse de septembre 2026 ?
La hausse du prix repère décrit le marché, elle ne s’applique pas automatiquement. Elle se répercute sur les contrats dont le prix suit un indice de marché ou le prix repère lui-même. Environ 40 % des consommateurs résidentiels sont en offre à prix fixe, d’après la CRE : la part fourniture de leur facture ne bouge pas au rythme mensuel. La France comptait 10,34 millions de contrats résidentiels de gaz au 31 décembre 2025.
Pourquoi deux pourcentages circulent-ils, +5,6 % et +7,3 % ?
Parce qu’ils ne portent pas sur la même assiette. Le +5,6 % s’applique au prix repère moyen TTC, toutes classes de consommation confondues et abonnement inclus : 162,89 €/MWh en août, 172,05 €/MWh en septembre. Le +7,3 % s’applique au seul terme proportionnel de la classe chauffage, qui passe de 0,12558 à 0,13474 €/kWh, sans l’abonnement, resté identique. Les deux chiffres décrivent la même décision, à deux niveaux de détail différents.
Un contrat à prix fixe protège-t-il de cette hausse ?
Il fige la part fourniture, pas le reste. Les tarifs d’acheminement et les taxes sont identiques pour tous les contrats, indexés comme fixes, et ils évoluent à leurs propres dates : le 1ᵉʳ avril pour le transport, le 1ᵉʳ juillet pour la distribution, selon la loi de finances pour la fiscalité. Un prix fixe protège d’un mouvement de marché, pas d’une révision tarifaire de réseau.
Pourquoi le tarif du réseau augmente-t-il quand la consommation baisse ?
Parce que les coûts d’un réseau de gaz sont en grande partie fixes : canalisations, compteurs, interventions de sécurité, astreintes. Cette dépense ne diminue pas proportionnellement aux volumes transportés. Divisée par un nombre de kilowattheures qui recule, elle donne un coût unitaire plus élevé. La formule d’évolution du tarif de distribution intègre explicitement cette baisse prévue des quantités acheminées : elle a contribué pour +1,91 % à la révision du 1ᵉʳ juillet 2026.
Quand le carbone arrivera-t-il sur la facture de gaz ?
Le second marché carbone européen, le SEQE-UE 2, démarrera en 2028 selon le ministère de la Transition écologique. Il couvrira le gaz naturel utilisé pour le chauffage des bâtiments. Les redevables sont les metteurs à la consommation et les fournisseurs, pas les ménages : ceux-ci en supporteront la répercussion dans le prix de vente, sans ligne dédiée sur leur facture.
Comment vérifier le barème qui s’applique à votre logement ?
La CRE publie chaque mois le barème du prix repère sur son site, par réseau et par classe de consommation. Sur votre relevé, trois repères permettent de recouper : la ligne d’acheminement, le montant d’accise proportionnel aux kilowattheures, et la CTA, assise sur la part fixe de l’acheminement. Les dates de révision sont connues : mensuelle pour la fourniture, 1ᵉʳ avril pour le transport, 1ᵉʳ juillet pour la distribution.
