Le 19 août 2026 à 7 h 35, heure de Pékin, la société privée chinoise LandSpace a fait décoller son lanceur Zhuque-3 depuis la zone d’essai d’innovation commerciale spatiale de Dongfeng, sur le site de Jiuquan. Six minutes plus tard, d’après le communiqué publié le jour même par l’entreprise, le premier étage du lanceur se posait sur une aire d’atterrissage dédiée, dans le comté de Minqin, au Gansu. Entre ces deux instants, l’étage a dû se retourner à plusieurs dizaines de kilomètres d’altitude, rallumer des moteurs dans un flux d’air contraire, viser un point au sol et annuler sa vitesse au dernier moment. Cet article explique ce que ce retour exige réellement, à quelle échelle il se situe, et ce qu’il ne démontre pas encore.

Ce que LandSpace établit exactement sur le vol du 19 août

Les horaires, la durée de la phase propulsée du premier étage et le succès de la mise en orbite proviennent d’un seul document : le communiqué publié le jour même par LandSpace, repris ensuite par les médias d’État chinois. Aucun organisme tiers n’a diffusé de télémétrie indépendante.

La chronologie donnée par l’exploitant

Le décollage a eu lieu à 7 h 35, heure de Pékin. Ce même instant correspond à 23 h 35 UTC le 18 août, soit 1 h 35 du matin le 19 août à Paris : la date affichée pour ce tir dépend donc du fuseau retenu, et c’est l’heure de Pékin, celle de l’exploitant, qui sert de référence ici. Environ 137 secondes après le décollage, le premier et le deuxième étage se sont séparés. Le posé du premier étage est intervenu vers 7 h 41, heure de Pékin, soit environ six minutes après le décollage.

Deux résultats indépendants obtenus le même matin

Le mot « réussite » agrège ici deux choses distinctes. D’un côté, le deuxième étage a placé le satellite Honghu-03 sur l’orbite prévue : c’est le succès de la mission de lancement, celui dont dépend la charge utile embarquée. De l’autre, le premier étage est revenu intact au sol : c’est le succès de la récupération, celui qui intéresse l’industriel. Ces deux résultats ne dépendent pas l’un de l’autre. Un lanceur peut parfaitement satelliser sa charge utile et perdre son étage — c’est exactement ce qui s’était produit en décembre 2025 sur le vol précédent. Les lire séparément est la seule façon de comprendre les vols à venir de ce lanceur.

Ce que LandSpace revendique, et dans quel périmètre

L’entreprise présente ce vol comme la première récupération réussie en Chine d’un premier étage de classe orbitale posé sur des jambes d’atterrissage, et comme la première récupération d’un étage sur la terre ferme dans le pays. La revendication est bornée à un périmètre national, ce qui la rend vérifiable dans son ordre : elle porte sur la Chine, et aucun classement mondial n’est établi à la source. C’est le contenu technique du vol qui compte, pas son rang.

Six minutes entre la séparation et le posé : la séquence, phase par phase

Le retour d’un premier étage n’est pas une chute freinée au dernier moment, mais une succession de régimes de vol très différents enchaînés sans intervention humaine. Le communiqué de LandSpace et sa reprise par CGTN en décrivent cinq pour ce vol.

La réorientation d’attitude en haute altitude

Au moment de la séparation, l’étage file dans le sens de la trajectoire, moteurs vers l’arrière, à une vitesse de plusieurs milliers de kilomètres par heure. Pour freiner, il doit présenter ses moteurs vers l’avant, donc pivoter d’un demi-tour. À cette altitude, l’air est trop ténu pour que des gouvernes servent à quelque chose : la manœuvre se fait par des propulseurs à gaz sous pression ou par orientation des tuyères, sur un cylindre de plusieurs dizaines de mètres dont la masse est concentrée du côté des moteurs. Une rotation mal amortie laisse l’étage osciller au moment précis où il devrait être stable pour rallumer.

Le rallumage de décélération à la rentrée

Vient ensuite un premier rallumage, destiné à casser la vitesse avant que l’étage n’atteigne les couches denses de l’atmosphère. Cette poussée à contre-courant produit aussi un effet protecteur : le jet des moteurs repousse en partie le flux d’air incident, ce qui réduit l’échauffement subi par la structure et la pointe de pression sur l’avant de l’étage. C’est la phase la plus violente du retour, thermiquement comme mécaniquement.

Le vol plané et le contrôle aérodynamique

Une fois la vitesse suffisamment réduite, l’air redevient un allié. L’étage descend moteurs éteints et se pilote par des surfaces aérodynamiques, qui l’orientent et corrigent sa trajectoire vers l’aire de posé. C’est pendant cette phase, la plus longue des cinq, que se joue la précision latérale du retour : viser une aire d’atterrissage précise depuis plusieurs dizaines de kilomètres d’altitude suppose de corriger en continu les erreurs accumulées depuis la séparation, y compris celles que produisent les vents rencontrés en descente.

Le rallumage final de freinage

Un dernier allumage annule ensuite ce qui reste de vitesse verticale. Sur le vol inaugural de décembre 2025, ce rallumage était prévu vers 3,3 kilomètres d’altitude : l’étage ne dispose donc que de quelques dizaines de secondes pour passer d’une chute rapide à une vitesse quasi nulle au contact du sol. Il n’y a pas de seconde tentative. Si l’allumage échoue, ou si la poussée n’est pas exactement celle attendue, l’étage n’a ni le temps ni les ergols nécessaires pour rattraper l’écart.

Le déploiement des jambes et l’amortissement

Enfin, les jambes d’atterrissage se déploient et absorbent l’énergie résiduelle du contact. Elles doivent encaisser une descente qui n’est jamais parfaitement verticale, sur un sol qui n’est jamais parfaitement plan, tout en maintenant debout un cylindre très élancé dont la prise au vent reste considérable une fois immobile.

Aucune de ces cinq phases n’est pilotable depuis le sol : tout est calculé à bord, en temps réel, à partir des capteurs de l’étage : le calculateur de vol décide seul du moment de chaque allumage, de l’orientation à tenir et de la correction à appliquer. Pour le vol Y-2, LandSpace indique d’ailleurs avoir ajouté une fonction autonome de sécurité capable de prédire le point de posé en vol et d’ajuster la trajectoire en conséquence.

Pourquoi un moteur-fusée ne se rallume pas comme un moteur de voiture

Dans cette séquence, deux événements concentrent presque tout le risque : les deux rallumages. Un moteur-fusée à ergols liquides ne repart pas à volonté comme on redémarre une voiture, et les conditions dans lesquelles on lui demande de le faire sont particulièrement défavorables.

Trois difficultés qui se cumulent

La première tient aux ergols. Après extinction, l’étage est en vol balistique : le contenu des réservoirs ne pèse plus rien et se met à flotter, au lieu de reposer au fond, près des conduites d’alimentation. Avant tout rallumage, il faut donc tasser les liquides vers les orifices d’aspiration, généralement par une petite accélération obtenue avec des propulseurs auxiliaires. Aspirer une bulle de gaz au lieu de liquide suffit à désamorcer une turbopompe.

La deuxième tient à la machinerie. Un moteur de ce type est entraîné par des turbopompes qui montent en quelques secondes à des dizaines de milliers de tours par minute, alimentées par un générateur de gaz ou par le cycle du moteur lui-même. Les relancer suppose de refroidir à nouveau les circuits à la température de l’oxygène liquide, de doser précisément les débits pendant la montée en régime et de synchroniser l’allumage. C’est une séquence chronométrée, où chaque étape conditionne la suivante.

La troisième tient à l’environnement. Le rallumage de rentrée s’effectue face à un écoulement d’air à très grande vitesse, qui vient contrarier l’expansion du jet à la sortie des tuyères. La pression et les efforts latéraux subis dans cette configuration n’ont aucun équivalent au banc d’essai au sol, où le moteur souffle dans l’air calme.

Ce que l’échec de décembre 2025 a précisément localisé

C’est exactement sur ce point que le vol inaugural de Zhuque-3, le 3 décembre 2025, avait échoué. La mission avait atteint l’orbite, et l’étage avait exécuté l’essentiel de sa séquence de retour, jusqu’au rallumage final d’atterrissage. Le commandant en chef du programme, Dai Zheng, a exposé le diagnostic dans des propos rapportés par le Global Times en août 2026 : « La séquence d’allumage est allée à son terme et le moteur s’est bien allumé, mais une combustion anormale est survenue ensuite. » La formulation situe la défaillance : le déclenchement n’était pas en cause, c’est la stabilité du régime obtenu qui a dérivé, dans les instants où l’étage n’avait plus aucune marge d’altitude.

Satellite en orbite autour de la Terre

La marge d’ergols : ce que le retour coûte à la performance du lancement

Un étage qui revient doit freiner deux fois, et freiner consomme des ergols. Ceux-là ne sont pas gratuits : ils ont été emportés depuis le sol, et surtout ils n’ont pas servi à accélérer la charge utile. C’est la contrainte qui structure toute la conception d’un lanceur récupérable, et elle reste invisible pour qui regarde seulement l’atterrissage.

Pourquoi la séparation intervient plus tôt

Ce qui reste dans les réservoirs à la séparation détermine ce que l’étage pourra faire ensuite. Pour garder de quoi freiner, on arrête donc la poussée du premier étage plus tôt, à une vitesse et à une altitude plus faibles que si l’étage était sacrifié. La séparation à environ 137 secondes se lit dans ce cadre : le premier étage n’a pas donné tout ce qu’il pouvait donner. La différence est ensuite reportée sur le deuxième étage, qui doit fournir davantage d’énergie pour atteindre l’orbite, ce qui se traduit mécaniquement par une capacité d’emport moindre pour une même fusée.

Le calcul industriel derrière le renoncement

La récupération coûte donc de la performance à chaque vol. L’arbitrage n’a de sens que si l’étage récupéré vaut plus cher que la charge utile perdue, ce qui suppose de le remettre en état et de le refaire voler. Sans cette perspective, il serait toujours plus rentable de tout consommer et de laisser l’étage retomber, comme le fait la très grande majorité des lanceurs en service, dont les étages finissent leur trajectoire dans l’océan, se désintègrent en rentrant ou restent en orbite pendant des années — c’est tout le sujet de ce que devient un étage de fusée après son lancement.

Saut d’essai, retour de mission : deux performances que le mot « atterrissage » confond

Le même mot, « atterrissage », désigne deux exercices dont les difficultés n’ont pas d’ordre de grandeur commun. Les confondre fausse la lecture des progrès d’un programme.

Ce qu’est un saut d’essai

Un saut d’essai — un « hop » — consiste à faire décoller un étage, à le faire monter de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres, puis à le reposer. L’engin ne quitte jamais les basses couches de l’atmosphère, ne dépasse pas quelques centaines de kilomètres par heure, ne subit aucun échauffement de rentrée et n’a pas à gérer la réorientation d’un corps lancé à vitesse hypersonique. C’est un exercice utile : il valide le guidage terminal, la modulation de poussée et les jambes. Mais il valide le dernier dixième du problème.

Ce qu’est un retour après lancement orbital

Un étage séparé au cours d’une mission orbitale revient d’une tout autre situation. Il a été poussé pendant plus de deux minutes, il est très haut, très rapide, et sa rentrée dans l’atmosphère s’accompagne d’un échauffement et d’efforts aérodynamiques sans commune mesure avec ceux d’un saut. Il doit en outre rejoindre une aire d’atterrissage située loin du pas de tir, en n’ayant que les ergols qu’il a su économiser. Le vol du 19 août appartient à cette seconde catégorie, avec un satellite réel à bord : la récupération s’ajoutait à un lancement commercial.

Revenir près du pas de tir ou continuer vers l’aval

Un étage se ramène de deux façons, et le choix se paie en ergols. Soit l’étage fait demi-tour et revient se poser près de son point de départ : il faut alors annuler sa vitesse horizontale puis l’inverser, ce qui impose un allumage supplémentaire et une réserve plus importante. Soit il poursuit sa course et vise une aire située en aval de la trajectoire, solution nettement plus économe, mais qui suppose de disposer d’un terrain dégagé sous le couloir de vol — ou d’une plateforme flottante lorsque le tir a lieu vers la mer. Zhuque-3 décollant depuis l’intérieur des terres, l’option de la barge en mer ne se pose pas : le posé s’est fait au sol, sur une aire dédiée. Les sources publiques ne disent pas laquelle des deux stratégies a été employée ici. La question n’est pas logistique : elle détermine la réserve d’ergols embarquée, donc la charge utile que le lanceur peut promettre.

Un engin de 76 mètres posé sur ses pattes : les ordres de grandeur

Les dimensions d’un lanceur restent abstraites tant qu’on ne les rapporte pas à la manœuvre demandée. Sur sa fiche produit Zhuque-3, LandSpace annonce un lanceur de 76,6 mètres de long pour 4,5 mètres de diamètre, et une poussée au décollage de 900 tonnes. Ces valeurs sont celles du constructeur : aucune vérification indépendante ne les accompagne.

Ce que 76 mètres et 900 tonnes représentent

Un engin de 76,6 mètres, c’est la hauteur d’un immeuble d’une vingtaine d’étages, pour 4,5 mètres de diamètre seulement, soit un tube près de dix-sept fois plus long que large, qui ne tient debout que parce que ses réservoirs sont mis sous pression. Le premier étage, une fois séparé, conserve la quasi-totalité de cette longueur, et c’est cet objet-là qu’il faut ramener à la verticale sur quelques mètres carrés. La poussée de 900 tonnes, elle, dit la force nécessaire pour arracher l’ensemble au sol pendant les premières secondes, quand la fusée est à sa masse maximale et sa vitesse nulle.

Poussée et impulsion spécifique : deux grandeurs à ne pas confondre

Le premier étage est équipé de moteurs Tianque, développés en interne par LandSpace, au nombre de neuf selon les descriptions techniques chinoises publiées le jour du vol. La fiche constructeur documente pour ce programme le TQ-12A, crédité de 84,6 tonnes de poussée au niveau de la mer, de 293 secondes d’impulsion spécifique et de 2,2 mètres de hauteur, avec une capacité de rallumages multiples — condition sine qua non d’un retour propulsif. Ces deux nombres ne mesurent pas la même chose : la poussée est une force, ce que le moteur pousse. L’impulsion spécifique est un rendement : elle indique pendant combien de secondes un kilogramme d’ergols fournit un kilogramme de poussée. Un moteur peut être très puissant et peu efficace, ou l’inverse ; c’est le second chiffre qui détermine combien d’ergols il faut emporter pour une mission donnée, et donc ce qu’il reste pour freiner au retour.

Ces chiffres appellent enfin une précaution. Les 900 tonnes annoncées pour le lanceur et les 84,6 tonnes annoncées pour un TQ-12A, publiées par le même émetteur, ne se recoupent pas pour une grappe de neuf moteurs, et l’écart n’a pas l’ampleur d’un arrondi. Il n’y a pas lieu d’y voir une erreur : la version exacte du moteur employée sur le premier étage du vol du 19 août n’est pas documentée publiquement, et un moteur de série évolue en poussée d’une génération à l’autre. Chaque valeur se cite donc telle que son émetteur la publie, sans reconstituer de total par multiplication.

Méthane et acier inoxydable : deux choix faits pour le revol

Deux caractéristiques techniques de Zhuque-3 ne s’expliquent que par l’objectif de récupération : le couple d’ergols et le matériau des réservoirs.

Pourquoi le méthane convient à un moteur qu’on rallume

Les moteurs Tianque brûlent de l’oxygène liquide et du méthane liquide, un couple d’ergols cryogéniques que le milieu spatial désigne par le mot-valise « méthalox ». LandSpace a été le premier opérateur au monde à le qualifier en vol orbital, avec le lanceur Zhuque-2. Ce choix a des raisons précises pour un étage destiné à revoler. Le méthane brûle plus proprement que le kérosène : il laisse peu de dépôts carbonés dans la chambre de combustion et dans les canaux de refroidissement, ce qui évite un encrassement progressif entre deux allumages et allège l’inspection au sol. Sa température de liquéfaction est en outre proche de celle de l’oxygène liquide, ce qui simplifie l’architecture des réservoirs et la mise en froid des circuits avant chaque redémarrage. Ces avantages expliquent pourquoi la quasi-totalité des lanceurs réutilisables aujourd’hui en développement dans le monde ont convergé vers le méthalox.

Pourquoi de l’acier sur un objet volant

Les réservoirs de Zhuque-3 sont réalisés en acier inoxydable à haute résistance. Le choix surprend, tant l’imaginaire associe la fusée aux matériaux ultralégers : à volume égal, l’acier est plus lourd que l’aluminium et bien plus lourd que les composites carbone. Mais la logique d’un étage récupérable n’est pas celle d’un étage consommable. L’acier conserve sa résistance mécanique à des températures où l’aluminium faiblit, ce qui compte pour une structure qui traverse deux fois l’atmosphère et encaisse le souffle de ses propres moteurs à contre-courant. Il tolère mieux les cycles thermiques répétés, entre le remplissage cryogénique et l’échauffement de rentrée. Et il se répare par soudage, dans un atelier ordinaire, là où un composite endommagé se remplace. Sur un objet qu’on espère faire voler plusieurs fois, la robustesse et la réparabilité prennent le pas sur la masse.

Ce que le vol de décembre 2025 avait déjà montré, et ce qui a changé

Le vol du 19 août 2026 est le deuxième de Zhuque-3. Le premier, le 3 décembre 2025, sert de point de comparaison direct.

Ce que le vol Y-1 avait réellement accompli

Les sources techniques établissent un déroulé précis : la mission de décembre 2025 a atteint l’orbite, et l’étage a mené l’essentiel de sa séquence de retour avant qu’une anomalie ne survienne après le rallumage de la phase d’atterrissage. Le vol inaugural était donc un lancement orbital réussi assorti d’une récupération manquée, et non un tir perdu au décollage. Cette distinction change la mesure du progrès accompli en huit mois : LandSpace ne repartait pas de zéro, l’entreprise avait à corriger la dernière fraction d’une séquence déjà validée dans ses phases amont.

Les corrections apportées sur Y-2

Trois axes de correction ont été exposés par le responsable du programme. Le contrôle de vol et les performances du moteur ont été retravaillés. Une fonction autonome de sécurité a été ajoutée, capable de prédire le point de posé et de corriger la trajectoire en conséquence. Enfin, l’équipe indique avoir réduit le nombre de moteurs sollicités lors du rallumage d’atterrissage — sans que la valeur retenue soit rendue publique.

Rallumer moins de moteurs revient en apparence à se priver de redondance. La logique est double. D’abord, chaque rallumage est un événement susceptible d’échouer : en réduire le nombre réduit mécaniquement le nombre d’occasions de défaillance, et simplifie la synchronisation entre moteurs. Ensuite, et surtout, un étage en fin de descente est presque vide, donc léger. Si la poussée minimale disponible dépasse son poids, il ne peut pas s’arrêter au contact du sol : il repart vers le haut. Descendre le plancher de poussée en n’allumant qu’une fraction de la grappe est la condition pour que l’étage puisse annuler sa vitesse exactement au sol plutôt qu’au-dessus.

Les deux vols de Zhuque-3, d’après les communications de LandSpace et les couvertures spécialisées (décembre 2025 et août 2026).
VolDateMise en orbiteRécupération du premier étagePoint d’arrêt de la séquence
Y-1 (vol inaugural)3 décembre 2025RéussieManquéeCombustion devenue anormale après le rallumage de la phase d’atterrissage
Y-219 août 2026, décollage à 7 h 35 heure de PékinRéussie (satellite Honghu-03)Réussie, posé vers 7 h 41 heure de PékinSéquence complète, jusqu’à l’amortissement des jambes

Entre les deux vols, un essai de mise à feu statique a par ailleurs été conduit le 29 juin 2026, selon le communiqué de LandSpace : une façon de vérifier au sol le comportement des moteurs modifiés avant de les confier à un vol réel.

Récupérer n’est pas réutiliser : ce qu’il reste à démontrer

Un étage revenu intact n’est pas un étage prêt à repartir : c’est la distinction qui décide de la portée réelle du 19 août.

Ce qui sépare le posé du deuxième vol

Entre le contact des jambes et un éventuel nouveau décollage s’intercale un travail entier : transporter l’étage, l’inspecter en détail, évaluer l’état des structures et des soudures, démonter et requalifier les moteurs ou une partie d’entre eux, remplacer ce qui a souffert, puis prouver que l’ensemble satisfait de nouveau les critères de vol. Rien dans les éléments publiés à ce jour n’établit qu’un étage de Zhuque-3 a volé deux fois, ni qu’un calendrier de revol soit arrêté. Ce que le vol démontre, c’est la maîtrise du retour ; la réutilisation reste un jalon distinct.

Pourquoi le posé, seul, ne fait pas baisser un prix

Le raisonnement économique suit la même logique : la réutilisation ne supprime pas une dépense, elle la déplace — moins de fabrication, mais davantage de transport, d’inspection, de remise en état et d’immobilisation. Ces opérations ont un coût fixe par étage récupéré, qui ne s’amortit qu’au-delà d’une certaine cadence de vols. Un étage ramené une fois ne fait donc baisser aucun tarif ; ce qui compte, c’est le nombre de fois où l’on parvient à le refaire voler, et à quel rythme. Des analystes chinois évoquent pour ce lanceur un horizon d’une vingtaine de lancements par exemplaire, objectif qu’il faut lire comme une projection extérieure et non comme un engagement du constructeur. Si cet accès à l’orbite devient effectivement plus abordable, la conséquence la plus visible ne sera pas le prix d’un lancement, mais le nombre d’objets mis en orbite — un mouvement qui alimente déjà la congestion croissante de l’orbite basse.

Où ce vol se situe dans la maturité du programme

La juste lecture est donc celle d’une étape sur une échelle, pas d’un point d’arrivée. Deuxième vol du lanceur, première récupération, avec une charge utile réelle à bord : LandSpace décrit elle-même le passage d’une phase de démonstration technologique à une phase de validation en conditions d’ingénierie. Restent à démontrer la répétabilité du posé sur plusieurs vols consécutifs, la cadence de lancement, et le revol d’un étage déjà récupéré. À titre de repère technique, le premier étage orbital à avoir été récupéré puis refait voler de façon courante est le Falcon 9 de SpaceX : c’est cette séquence complète — poser, remettre en état, revoler, recommencer — qui définit un lanceur réutilisable, et Zhuque-3 en a franchi le premier terme.

Ce qu’il faut retenir

  • Le 19 août 2026, le premier étage du lanceur Zhuque-3 de LandSpace s’est posé au sol dans le comté de Minqin, environ six minutes après un décollage effectué à 7 h 35, heure de Pékin, depuis le site de Jiuquan.
  • Deux résultats distincts ont été obtenus le même matin : la satellisation de la charge utile Honghu-03 par le deuxième étage, et la récupération du premier étage. Ils ne dépendent pas l’un de l’autre.
  • Le retour s’est joué en cinq phases enchaînées sans pilotage depuis le sol : retournement en altitude, rallumage de décélération, vol plané piloté aérodynamiquement, rallumage final de freinage, déploiement des jambes.
  • La difficulté centrale est le rallumage en vol d’un moteur à ergols liquides. C’est là qu’avait échoué le vol inaugural de décembre 2025, une mission qui avait pourtant atteint l’orbite.
  • Un retour après lancement orbital n’a rien de commun avec un saut d’essai à basse altitude : la vitesse, l’altitude et l’échauffement de rentrée changent la nature du problème.
  • Les dimensions et la poussée du lanceur sont des chiffres constructeur, comme la chronologie du vol, issue du communiqué de l’exploitant.
  • Récupérer n’est pas réutiliser : l’inspection, la requalification des moteurs et la remise en état séparent encore ce posé d’un second vol, et c’est la cadence, pas l’atterrissage, qui déciderait d’un effet sur les coûts.

Sur d’autres facettes de l’actualité spatiale, l’actualité des vols habités complète ce panorama.

FAQ — la récupération du premier étage de Zhuque-3

Que s’est-il passé exactement le 19 août 2026 ?

Le lanceur Zhuque-3 de la société privée chinoise LandSpace a décollé à 7 h 35, heure de Pékin, depuis la zone d’essai d’innovation commerciale spatiale de Dongfeng, sur le site de Jiuquan. Le deuxième étage a placé le satellite Honghu-03 sur l’orbite prévue, et le premier étage s’est posé vers 7 h 41, heure de Pékin, sur une aire d’atterrissage dédiée du comté de Minqin, au Gansu. Ces éléments proviennent du communiqué de LandSpace, repris le jour même par les médias d’État chinois.

Zhuque-3 est-elle une fusée réutilisable ?

Elle est conçue pour l’être, mais ce vol démontre une récupération, pas une réutilisation. Aucun élément public n’établit qu’un étage de Zhuque-3 a volé deux fois. Entre le posé et un second vol s’intercalent l’inspection de la structure, la requalification des moteurs et la remise en état, qui restent à démontrer.

Pourquoi le rallumage des moteurs est-il l’étape la plus délicate ?

Parce qu’un moteur-fusée à ergols liquides ne redémarre pas comme un moteur de voiture. Il faut d’abord tasser des ergols qui flottent librement dans des réservoirs partiellement vides, relancer des turbopompes qui tournent à des dizaines de milliers de tours par minute après les avoir remises en froid, et déclencher l’allumage dans un flux d’air à contresens. C’est précisément à ce stade que le vol inaugural de décembre 2025 avait échoué.

Que s’était-il passé lors du vol de décembre 2025 ?

Le 3 décembre 2025, le vol inaugural de Zhuque-3 avait atteint l’orbite, mais le premier étage avait été perdu : l’anomalie est survenue en vol, après le rallumage de la phase d’atterrissage. Selon le commandant en chef du programme, l’allumage s’était correctement produit, mais la combustion est devenue anormale ensuite. La mission avait donc réussi son lancement et manqué sa récupération.

Quelle différence entre un saut d’essai et cet atterrissage ?

Un saut d’essai fait monter un étage de quelques centaines de mètres à quelques kilomètres, à quelques centaines de kilomètres par heure, sans rentrée atmosphérique. Un étage séparé après un lancement orbital revient de bien plus haut et bien plus vite, avec un échauffement et des efforts aérodynamiques sans commune mesure, et doit rejoindre une aire éloignée du pas de tir. Le vol du 19 août relève de cette seconde catégorie.

Pourquoi utiliser du méthane plutôt que du kérosène ?

Le méthane brûle plus proprement et laisse peu de dépôts carbonés dans la chambre de combustion et les canaux de refroidissement, ce qui facilite les allumages successifs et l’entretien entre deux vols. Sa température de liquéfaction est en outre proche de celle de l’oxygène liquide, ce qui simplifie les réservoirs et la mise en froid des circuits. C’est la raison pour laquelle la plupart des lanceurs réutilisables en développement ont adopté ce couple d’ergols.

Cette récupération va-t-elle faire baisser le prix des lancements ?

Aucun chiffre de coût n’est établi pour ce lanceur, et la mécanique économique ne se joue pas au moment du posé. La réutilisation déplace la dépense de la fabrication vers le transport, l’inspection et la remise en état, des opérations qui ne s’amortissent qu’à partir d’une cadence de vols suffisante. Un étage récupéré une seule fois ne fait baisser aucun tarif.

Quelles sont les dimensions annoncées pour Zhuque-3 ?

Selon la fiche produit publiée par LandSpace, le lanceur mesure 76,6 mètres de long pour 4,5 mètres de diamètre et développe 900 tonnes de poussée au décollage. Le moteur du programme, le TQ-12A, est crédité par le constructeur de 84,6 tonnes de poussée au niveau de la mer et de 293 secondes d’impulsion spécifique. Ces valeurs sont des chiffres constructeur, sans vérification indépendante.