La revue Proceedings of the National Academy of Sciences a mis en ligne le 22 juillet 2026 un article intitulé « Matrix effects reshape organic aerosol volatility and atmospheric persistence », signé par quinze chercheurs de six institutions et coordonné par l’équipe d’Alexander Laskin à Purdue University. Son résultat tient en une phrase : dans une particule de fumée réelle, une molécule s’évapore beaucoup plus lentement que sa volatilité mesurée à l’état pur ne le laisse prévoir, et l’écart atteint plusieurs ordres de grandeur. Comme les modèles de qualité de l’air se nourrissent précisément de ces volatilités tabulées, ils font disparaître les panaches plus vite que l’atmosphère ne le fait. Cet article explique le mécanisme, l’échelle exacte du chiffre, ce que la correction déplace dans les prévisions — et ce qu’elle ne change ni pour les mesures que vous lisez sur votre indice local, ni pour la conduite à tenir sous un panache.
Ce que la publication PNAS établit exactement
L’article « Matrix effects reshape organic aerosol volatility and atmospheric persistence » est paru dans le volume 123, numéro 30 de PNAS, sous le DOI 10.1073/pnas.2614944123, avec une première publication électronique datée du 22 juillet 2026. La première auteure est Qiaorong Xie, le dernier auteur Alexander Laskin, de Purdue University. Une reprise grand public en a été faite près d’un mois plus tard, le 19 août 2026 : c’est la date du relais, pas celle du fait scientifique.
Une campagne de caractérisation, pas une expérience unique
Le travail ne repose pas sur une mesure isolée. Il caractérise la volatilité espèce par espèce et mélange par mélange pour plus de 1 500 espèces chimiques individuelles, réparties dans 33 proxies et mélanges organiques chimiquement complexes, choisis pour représenter différents types d’aérosols organiques. L’échelle compte autant que le résultat : ce n’est pas une molécule modèle suivie isolément, mais un balayage systématique qui compare des systèmes simples à des systèmes réels, dont des aérosols ambiants et des aérosols issus de la combustion de biomasse — la fumée de feu de forêt ou de brûlage de végétaux.
Le résultat, dans les deux régimes
La comparaison entre les deux familles de mélanges donne le résultat central, et il est inversé de l’une à l’autre. Dans les proxies simplifiés et les mélanges de référence à composants limités, la volatilité apparente des espèces suit une tendance haute : elle se rapproche de leur volatilité intrinsèque, celle du composé pur. Dans les aérosols ambiants et les aérosols de combustion de biomasse, le comportement s’inverse, avec une volatilité apparente systématiquement réduite. Les auteurs attribuent cette réduction aux effets de matrice, c’est-à-dire à l’influence du mélange lui-même sur le comportement de chacun de ses constituants.
Ce que « volatilité » désigne ici
Le mot n’a pas ici son sens courant d’instabilité. La volatilité d’une molécule, dans ce contexte, désigne sa propension à quitter la particule pour passer en phase gazeuse. C’est elle qui décide de la répartition d’un composé entre le gaz et la particule, donc de la masse d’aérosol qui reste effectivement en suspension dans l’air. Une propriété qui paraît confinée au laboratoire gouverne ainsi, de proche en proche, l’épaisseur d’un panache et le temps qu’il met à se diluer au-dessus d’une région habitée.
Un point de méthode à garder en tête
L’article n’est pas en libre accès : la page de PNAS renvoyait une erreur d’accès le 20 août 2026, et la notice Europe PMC (PMID 42485393) le donne comme non ouvert. Ce qui est rapporté ici s’appuie donc sur le résumé intégral, accessible via cette notice, et sur les métadonnées de la publication. Le périmètre est celui qu’annonce ce résumé : 33 mélanges de laboratoire et échantillons ambiants, plus de 1 500 espèces, sans qu’un protocole non consulté soit décrit ici.
Volatilité intrinsèque, volatilité apparente : la distinction qui change tout
Tout le résultat tient dans un écart entre deux grandeurs que l’on confond facilement. La volatilité intrinsèque est celle du composé pur, celle que l’on mesure sur un flacon d’une seule substance et que l’on retrouve tabulée dans les bases de données de chimie atmosphérique. La volatilité apparente est celle du même composé noyé dans un mélange réel, entouré de milliers d’autres espèces. Les modèles travaillent avec la première ; l’atmosphère, elle, produit la seconde. Tant que les deux coïncident, la simplification est sans conséquence. L’étude montre qu’elles ne coïncident pas dans les aérosols que l’on respire.
Ce qui retient une molécule dans une particule
Une particule d’aérosol organique n’est pas une gouttelette d’un seul corps chimique. C’est un mélange dense où des milliers d’espèces cohabitent, se lient par des interactions intermoléculaires et se gênent mutuellement dans leurs mouvements, souvent dans un milieu très visqueux, plus proche d’un sirop épais que de l’eau. Pour s’échapper, une molécule volatile doit traverser cet enchevêtrement, puis quitter la surface. Isolée, elle part vite ; prise dans la matrice, elle met beaucoup plus de temps. C’est ce que recouvre l’expression « effet de matrice » : le mélange ralentit le départ de chacun de ses constituants.
L’analogie du parfum, proposée par Alexander Laskin
Pour rendre le mécanisme saisissable sans passer par la pression de vapeur saturante, Alexander Laskin en donne une analogie domestique : « Vaporisez du parfum sur une plaque de verre et l’odeur disparaît vite. Vaporisez le même parfum sur un pull de laine épais et l’odeur persiste des jours. » Le parfum n’a pas changé de nature entre les deux essais ; c’est le support qui gouverne la durée. Transposé à un panache, le « pull de laine » est la particule elle-même, et le parfum, chacune des molécules qu’elle transporte.
Pourquoi la nuance n’est pas un détail de chimiste
Sans cette distinction, le résultat ressemble à un raffinement de laboratoire. Avec elle, il devient un déplacement de paramètre d’entrée pour toute une famille de modèles : se tromper sur la fraction d’un composé qui reste en particule, c’est se tromper sur la masse de particules en suspension, donc sur ce que la simulation annonce à un endroit et à une heure donnés.
Une réduction de 1 à 4 ordres de grandeur : ce que cela représente
Un ordre de grandeur, c’est un facteur 10. Une réduction de 1 à 4 ordres de grandeur signifie donc un facteur compris entre 10 et 10 000, selon le mélange. Ce n’est pas un nombre unique : c’est une plage large de trois décades, dont la valeur dépend de la composition de la particule. Retenir « un facteur 10 000 » serait aussi faux que retenir « un facteur 10 » — la seule lecture exacte est celle de l’intervalle, et de sa dépendance au mélange.
| Réduction | Facteur | Lecture |
|---|---|---|
| 1 ordre de grandeur | × 10 | Borne basse de l’intervalle mesuré |
| 2 ordres de grandeur | × 100 | Valeur intermédiaire, selon la composition |
| 3 ordres de grandeur | × 1 000 | Valeur intermédiaire, selon la composition |
| 4 ordres de grandeur | × 10 000 | Borne haute de l’intervalle mesuré |
Le lévoglucosane, traceur des feux, pris comme cas d’école
Le lévoglucosane n’a pas été choisi au hasard. Cette molécule est produite par la pyrolyse de la cellulose : dès qu’un végétal brûle, elle se forme et part avec la fumée. Elle est devenue, pour les chimistes de l’atmosphère, le traceur de référence de la combustion de biomasse — c’est en la dosant que l’on attribue une fraction des particules mesurées à un feu de forêt, à un brûlage agricole ou au chauffage au bois, plutôt qu’au trafic ou à l’industrie.
Deux conséquences en cascade
Si le lévoglucosane s’évapore beaucoup moins vite qu’on ne le suppose, deux choses en découlent. La première touche à la durée : la molécule survit au transport, donc elle reste détectable loin du foyer et longtemps après le départ du feu, là où un calcul fondé sur sa volatilité intrinsèque la ferait disparaître en route. La seconde touche à l’interprétation : un traceur qui ne se dégrade pas à la vitesse supposée ne se lit pas de la même façon dans une attribution de source. La quantité retrouvée à l’arrivée ne renseigne pas seulement sur la quantité émise, mais aussi sur la façon dont le mélange l’a protégée pendant le trajet.
Un exemple, pas une exception
Le lévoglucosane sert d’illustration, mais le résultat général ne porte pas sur lui seul : c’est bien sur plus de 1 500 espèces et 33 mélanges que la volatilité apparente a été caractérisée, et c’est dans les aérosols ambiants et de combustion de biomasse, pris comme familles, que la réduction est systématique. La fourchette de 1 à 4 ordres de grandeur, elle, se rapporte au cas illustratif du lévoglucosane, et il serait abusif de la transposer telle quelle à n’importe quelle autre molécule.
Pourquoi les modèles font disparaître les panaches trop vite
Pour comprendre ce que la correction déplace, il faut savoir comment une prévision de qualité de l’air se fabrique. Un modèle part des émissions, puis répartit chaque composé entre phase gazeuse et phase particulaire à partir de volatilités tabulées, puis transporte et dilue le résultat au fil du vent et de la météo. Cette répartition est refaite en permanence : ce qui est en phase gazeuse cesse de compter comme particule et suit une autre chimie.
L’erreur se propage dans deux dimensions
Si les volatilités utilisées sont trop hautes, le modèle transfère trop de matière du solide vers le gaz, trop tôt. Le panache simulé s’amincit donc plus vite que le vrai, et il s’arrête plus près du foyer : l’écart se paie à la fois dans le temps, avec une fin d’épisode annoncée trop tôt, et dans l’espace, avec une portée sous-évaluée. C’est exactement la direction que pointe le résultat de l’étude : une volatilité apparente plus basse que la valeur tabulée signifie davantage de matière qui reste en particule, donc davantage de persistance.
Ce que l’apprentissage automatique apporte réellement
Une analyse par apprentissage automatique conduite dans l’étude a comparé la capacité prédictive de deux familles de descripteurs. Les métriques moléculaires dépendantes du mélange prédisent mieux la volatilité apparente que les propriétés moléculaires propres à chaque composé — celles-là mêmes qui définissent la volatilité intrinsèque. Le résultat n’est pas qu’un algorithme aurait découvert quelque chose à la place des chimistes : c’est un classement de variables, et son contenu intellectuel est net. Connaître la molécule ne suffit pas ; il faut connaître son voisinage.
La recommandation formelle des auteurs
La conclusion du résumé est explicite sur la portée revendiquée du travail : « Cette étude apporte des preuves solides que les effets de matrice influencent significativement la volatilité apparente des espèces individuelles dans les aérosols et les autres mélanges organiques environnementaux, et qu’ils devraient être explicitement pris en compte dans les cadres de prédiction de la volatilité et dans les modèles de transport d’aérosols. » Il s’agit donc d’une demande adressée à la communauté de modélisation, pas d’un constat sur l’état de l’air.

Ce que la correction change, et ce qu’elle ne change pas
La tentation est grande de lire ce type de résultat comme une aggravation. Ce n’en est pas une. L’étude ne décrit ni un polluant nouveau, ni une toxicité nouvelle : la composition chimique des fumées est ce qu’elle était avant le 22 juillet 2026. Ce qui est corrigé, c’est un paramétrage. Dans les simulations, ce qui bouge est la persistance et la charge d’aérosol organique — combien de matière reste en particule, et combien de temps —, pas la nature des particules. L’air d’hier n’était pas différent ; c’est sa représentation numérique qui l’était.
Mesure et modèle ne sont pas la même chose
C’est la distinction la plus utile à tenir, et la plus facile à perdre. Une station de surveillance mesure les particules effectivement présentes dans l’air à un endroit et à un moment ; un indice de qualité de l’air agrège ces mesures. Un modèle, lui, calcule ce que devient un panache : où il ira, avec quelle concentration, jusqu’à quand. L’étude porte sur les paramètres d’entrée du second, et ne dit rien du premier. Aucune de ses conclusions ne met en cause les instruments de mesure ni les indices publiés.
Le pas qu’il ne faut pas franchir
Une réduction de volatilité exprimée en ordres de grandeur ne se convertit pas en durée de vie. La publication quantifie une volatilité apparente réduite pour une molécule donnée dans un mélange donné ; elle ne fournit aucune durée en heures ni en jours, et son titre parle de persistance sans la chiffrer. Écrire qu’un panache durerait dix fois ou dix mille fois plus longtemps serait une extrapolation que rien dans la source ne soutient. Ce qui est établi, c’est le sens de la correction, pas son ampleur en temps.
Des panaches qui traversent l’Atlantique : ce que l’observation montre déjà
Le transport longue distance des fumées n’est pas une découverte de cette étude ; il est documenté depuis longtemps par les observations. Le service de surveillance de l’atmosphère du programme européen Copernicus, CAMS, a ainsi décrit l’épisode ibérique de la mi-août 2025 : les fumées des incendies de la péninsule ont été transportées jusqu’en France, au Royaume-Uni et en Scandinavie. Sur ses cartes de PM2,5 du 10 au 19 août 2025, CAMS relevait une qualité de l’air sévèrement dégradée jusqu’à plusieurs centaines de kilomètres des foyers, avec des concentrations de PM2,5 nettement supérieures aux lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé.
Une échelle continentale, voire océanique
Le même service a documenté, pour la saison 2025, le transport transatlantique de panaches nord-américains jusqu’en Europe, en parallèle d’épisodes de dégradation de la qualité de l’air au Canada et aux États-Unis. Ces observations disent une chose que l’intuition ne donne pas : une fumée n’est pas un phénomène local qui s’éteint avec le feu. Elle voyage sur des distances continentales et reste mesurable des jours après l’émission.
Le lien entre l’observation et le résultat de laboratoire
C’est précisément ce que l’étude éclaire. Elle ne découvre pas le transport longue distance ; elle propose une explication physico-chimique de sa durée. Si les molécules d’un aérosol organique s’évaporent beaucoup plus lentement qu’attendu, la matière particulaire reste disponible plus longtemps pour être transportée. Le transport lui-même était déjà observé ; ce que la publication apporte, c’est un mécanisme moléculaire qui en explique la durée. Les données CAMS citées ici portent sur la saison 2025 ; aucune donnée d’émissions vérifiée pour 2026 n’est mobilisée dans cet article.
Sous un panache de fumée : ce que cela change pour vous
La traduction pratique de ce résultat est étroite, et elle va dans un seul sens : celui de la prudence prolongée. Si les panaches persistent plus que les simulations ne l’indiquent, la fin d’un épisode peut arriver plus tard qu’une prévision ne l’annonce, et la dilution attendue peut être plus lente. Concrètement, le moment où l’on rouvre les fenêtres n’est pas nécessairement celui où le front de feu s’est éloigné. Rien dans l’étude n’autorise en revanche à relâcher une précaution, et la conduite à tenir ne change pas d’un mot.
Les consignes officielles, inchangées
Les recommandations françaises en vigueur, rappelées par l’agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine dans sa fiche du 6 août 2026, tiennent en quelques gestes : limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur, garder portes et fenêtres fermées, obturer les entrées d’air, arrêter la ventilation mécanique pendant l’épisode. En cas d’exposition directe, les agences recommandent fortement le port d’un masque filtrant FFP2 ou FFP3, le niveau de filtration devant être adapté à la densité de la fumée et à la vulnérabilité de la personne.
Les publics pour lesquels la vigilance est renforcée
Une vigilance particulière s’applique aux personnes asthmatiques, aux insuffisants respiratoires, aux personnes cardiaques, aux femmes enceintes et aux jeunes enfants. C’est pour elles que les agences insistent sur l’adaptation du niveau de filtration du masque et sur l’application stricte des gestes de protection. Ces consignes valent pendant l’épisode et tant que la fumée reste présente, y compris après le passage du front de feu — c’est le seul point sur lequel la question de la persistance a une portée directe pour un habitant.
PM2,5 : la norme qui se resserre au 1ᵉʳ janvier 2030
La question de la persistance des panaches rejoint une échéance réglementaire précise. La directive (UE) 2024/2881 du 23 octobre 2024 abaisse la valeur limite annuelle de PM2,5 à 10 µg/m³, applicable au 1ᵉʳ janvier 2030, avec une transposition en droit national attendue en décembre 2026. Le ministère de la Transition écologique, dans sa mise à jour du 13 janvier 2026, donne 20 µg/m³ comme valeur limite annuelle en vigueur ; l’analyse du Citepa retient 25 µg/m³, valeur inscrite dans la directive de 2008. L’écart tient aux textes de référence retenus et n’est pas tranché ici.
Pourquoi la durée d’un épisode pèse sur une moyenne annuelle
Une valeur limite annuelle est une moyenne sur douze mois. Un pic très intense mais bref y pèse peu ; un épisode modéré mais long y pèse beaucoup, parce que chaque journée supplémentaire entre dans le calcul avec le même poids. C’est un effet de cliquet : plus les panaches persistent, plus ils tirent la moyenne d’une agglomération vers le haut, sans qu’aucun record de concentration soit nécessairement battu. Mieux représenter cette persistance dans les modèles ne change pas la mesure — c’est la mesure qui fait foi pour le respect d’un seuil —, mais cela change la capacité à anticiper le dépassement d’une valeur annuelle, et donc à agir avant.
Ce que l’étude ne permet pas de conclure
Le périmètre du résultat mérite d’être énoncé sans détour, d’autant plus que le sujet touche à la santé. L’étude ne mesure aucune toxicité et n’établit aucun effet sanitaire ; toute donnée de ce registre vient d’autres sources. Elle ne quantifie aucune durée de vie en heures ou en jours. Elle ne porte sur aucun épisode français, et les mélanges qu’elle caractérise sont des proxies de laboratoire et des échantillons ambiants, sans qu’un territoire donné soit en cause.
Ce qui n’a pas pu être lu
Le texte intégral n’est pas en accès libre. Les conditions expérimentales — technique analytique employée, températures, humidité relative — et le domaine de validité précis des résultats ne sont donc pas restitués ici, faute d’avoir pu être consultés. Ce qui est rapporté provient du résumé intégral de l’article et de ses métadonnées de publication. La différence entre les deux fourchettes de réduction évoquées, celle du résumé et celle de la présentation universitaire, ne peut pas non plus être expliquée à partir des seuls documents accessibles.
| Ce que l’étude établit | Ce qu’elle n’établit pas |
|---|---|
| Une volatilité apparente systématiquement réduite dans les aérosols ambiants et de combustion de biomasse | Une durée de vie chiffrée des panaches, en heures ou en jours |
| Une réduction de 1 à 4 ordres de grandeur pour le lévoglucosane pris comme exemple | Une transposition de cette fourchette à toutes les espèces |
| La supériorité des métriques dépendantes du mélange pour prédire la volatilité apparente | Un remplacement de la chimie par l’apprentissage automatique |
| Une recommandation de prise en compte explicite des effets de matrice dans les modèles | Une mise en cause des mesures, des stations ou des indices de qualité de l’air |
| Un dispositif portant sur plus de 1 500 espèces et 33 mélanges | Un effet sanitaire, une toxicité ou un chiffre de morbidité |
Sur une méthode voisine — attribuer un effet mesurable à un phénomène atmosphérique tout en disant ce que la méthode ne permet pas de conclure —, on peut lire comment on chiffre les morts d’une canicule. Sur la lutte contre les feux eux-mêmes, voir les moyens aériens de lutte contre les feux de forêt, et pour la suite de l’histoire une fois le panache dissipé, ce que devient une forêt après un incendie.
Ce qu’il faut retenir
- Le fait : une publication PNAS du 22 juillet 2026 mesure, sur plus de 1 500 espèces chimiques et 33 mélanges, que la volatilité apparente des molécules d’un aérosol organique réel est nettement plus basse que leur volatilité intrinsèque.
- Le mécanisme : dans une particule de fumée, des milliers d’espèces cohabitent et se retiennent mutuellement, dans un milieu souvent très visqueux. Une molécule prise dans cet enchevêtrement s’échappe beaucoup plus lentement que la même molécule isolée.
- Le chiffre : pour le lévoglucosane, traceur des feux pris comme exemple, la réduction atteint 1 à 4 ordres de grandeur, soit un facteur compris entre 10 et 10 000 selon le mélange.
- La conséquence : les modèles de qualité de l’air, qui travaillent avec des volatilités tabulées trop hautes, font disparaître la matière particulaire trop vite. Les panaches simulés s’amincissent et s’arrêtent plus tôt que les vrais.
- Ce que ce n’est pas : ni un polluant nouveau, ni une toxicité nouvelle, ni une mise en cause des stations de mesure ou de l’indice de qualité de l’air. C’est une correction de paramétrage dans les modèles de prévision.
- Pour un habitant : la fin d’un épisode peut arriver plus tard qu’annoncé et la dilution être plus lente. Les consignes de l’ARS et de la préfecture — confinement, arrêt de la ventilation mécanique, FFP2 en exposition directe — s’appliquent à l’identique, y compris après le passage du front de feu.
FAQ — volatilité des aérosols et persistance des fumées
Que dit exactement l’étude PNAS du 22 juillet 2026 ?
Elle caractérise la volatilité de plus de 1 500 espèces chimiques individuelles dans 33 proxies et mélanges organiques complexes, et compare deux régimes. Dans les mélanges simplifiés à composants limités, la volatilité apparente des espèces se rapproche de leur volatilité intrinsèque. Dans les aérosols ambiants et les aérosols de combustion de biomasse, elle est systématiquement réduite, ce que les auteurs attribuent aux effets de matrice. Ils recommandent que ces effets soient explicitement pris en compte dans les cadres de prédiction de la volatilité et dans les modèles de transport d’aérosols.
Qu’est-ce qu’un effet de matrice, en langage simple ?
C’est l’influence du mélange sur le comportement de chacun de ses constituants. Dans une particule d’aérosol réelle, des milliers d’espèces chimiques cohabitent et se retiennent mutuellement par des interactions intermoléculaires, dans un milieu souvent très visqueux. Une molécule volatile prise dans cet enchevêtrement s’évapore beaucoup plus lentement que la même molécule seule. Autrement dit, la vitesse d’évaporation ne dépend pas seulement de la molécule, mais de son voisinage.
Un ordre de grandeur, c’est combien ?
Un ordre de grandeur, c’est un facteur 10. Une réduction de 1 à 4 ordres de grandeur signifie donc un facteur compris entre 10 et 10 000 selon le mélange considéré. Ce n’est pas un nombre unique mais une plage large de trois décades, dont la valeur exacte dépend de la composition du mélange. La fourchette de 1 à 4 est celle que donne le résumé de la publication, pour le lévoglucosane pris comme exemple illustratif.
Les mesures de qualité de l’air sont-elles fausses ?
Non, et rien dans cette étude ne le suggère. Les stations de surveillance et l’indice de qualité de l’air enregistrent les particules réellement présentes dans l’air au moment de la mesure. Ce que l’étude concerne, c’est la manière dont les modèles simulent le devenir des panaches : leur répartition entre gaz et particules, leur transport, leur persistance. Mesure et modèle sont deux objets distincts. Le relevé du jour reste l’indicateur à consulter.
Les fumées d’incendie sont-elles plus dangereuses qu’on ne le pensait ?
L’étude n’établit rien de tel. Elle ne mesure aucune toxicité, ne porte sur aucun effet sanitaire et ne fournit aucun chiffre de morbidité ou de mortalité. Elle ne décrit pas un polluant nouveau : la composition chimique des fumées n’est pas modifiée par ce résultat, seule la représentation numérique de leur évaporation l’est. Les risques sanitaires associés aux particules fines relèvent d’autres travaux et d’autres sources.
Que faire quand un panache de fumée arrive sur ma commune ?
Les consignes officielles françaises, rappelées par les agences régionales de santé, sont de limiter les déplacements et le temps passé à l’extérieur, de garder portes et fenêtres fermées, d’obturer les entrées d’air et d’arrêter la ventilation mécanique pendant l’épisode. En cas d’exposition directe à la fumée, le port d’un masque filtrant FFP2 ou FFP3 est fortement recommandé, le niveau de filtration devant être adapté à la densité de la fumée et à la vulnérabilité de la personne. Une vigilance particulière s’applique aux asthmatiques, aux insuffisants respiratoires, aux personnes cardiaques, aux femmes enceintes et aux jeunes enfants. Les consignes de la préfecture et de l’ARS priment.
Qu’est-ce que le lévoglucosane ?
C’est une molécule produite par la pyrolyse de la cellulose, donc caractéristique de la combustion de végétaux. Elle sert de traceur pour attribuer une fraction des particules mesurées à la combustion de biomasse. L’étude la prend comme cas d’école : sa volatilité dans les mélanges organiques complexes est réduite de 1 à 4 ordres de grandeur par rapport à sa volatilité intrinsèque, mesurée sur le composé pur.
Ce résultat change-t-il les normes PM2,5 en France ?
Non. Une publication scientifique ne modifie aucune valeur réglementaire. La valeur limite annuelle de PM2,5 est donnée à 20 µg/m³ par le ministère de la Transition écologique dans sa mise à jour du 13 janvier 2026, et la directive (UE) 2024/2881 du 23 octobre 2024 l’abaisse à 10 µg/m³ à compter du 1ᵉʳ janvier 2030. Ce que la question de la persistance des panaches touche, c’est la manière dont des épisodes longs pèsent dans une moyenne annuelle, pas le niveau du seuil lui-même.
