Un air peut sembler propre quand on pèse ses particules et rester chargé quand on les compte : celles de moins de 100 nanomètres ne pèsent presque rien, forment pourtant 70 à 90 % des particules en nombre, et aucune norme ne les encadre. Dans un avis daté du 3 août 2026 et mis en ligne le 13 octobre, l’ANSES leur attribue pour la première fois deux valeurs toxicologiques de référence, l’une pour l’exposition de court terme, l’autre pour une vie entière. Ces deux chiffres ne fixent aucun seuil. Ils permettent de calculer un risque.
Moins d’un dix-millième de millimètre, et pourtant l’essentiel des particules en nombre
Une particule ultrafine, ou PUF, mesure au plus 100 nanomètres de diamètre : 0,1 micromètre, soit un dix-millième de millimètre. C’est la définition que l’ANSES reprend de la directive européenne 2024/2881 dans son avis et son rapport d’expertise collective, avec une précision qui compte : ces particules se mesurent en concentration en nombre, en particules par centimètre cube, avec une limite inférieure de taille fixée à 10 nanomètres. Le choix de l’unité n’est pas un détail de métrologie. Il change ce que l’on voit.
La masse d’une particule varie comme le cube de son diamètre. Diviser le diamètre par 10, c’est diviser la masse par 1 000 ; le diviser par 100, c’est la diviser par un million, à densité égale. Des milliers de particules ultrafines pèsent donc moins qu’une seule particule de quelques micromètres. Les indicateurs familiers, PM2,5 et PM10, que les réseaux de surveillance mesurent en microgrammes par mètre cube et dont dépend l’indice de qualité de l’air, additionnent des masses : les plus grosses particules y dominent, et les PUF n’y contribuent presque pas.
Comptées une à une, elles changent de statut. Selon le rapport d’expertise de l’ANSES, elles représentent en général 70 à 90 % de la concentration totale en nombre. L’agence décrit l’effet de miroir que produit le choix de l’unité : représentée en nombre, une distribution de tailles masque complètement les grosses particules ; représentée en masse, elle masque les petites. Un même air peut ainsi paraître propre sur la balance et chargé au compteur.
En ville, les PUF viennent surtout de la combustion — trafic routier, activité aéroportuaire, chauffage — et de réactions chimiques dans l’atmosphère. Elles naissent par nucléation, quand des gaz passent à l’état de particule, puis grossissent par condensation et par coagulation, c’est-à-dire par collision entre elles. Le trafic routier en est la principale source en journée ; la combustion de biomasse, chauffage au bois en tête, prend le relais en période de chauffe.
La conséquence pratique tient en une ligne : un risque lié aux PUF ne se lit pas en microgrammes. Les valeurs publiées par l’ANSES s’expriment en particules par centimètre cube, et les études qui exprimaient les PUF en masse ont été écartées de l’expertise.
Du pot d’échappement aux alvéoles, le trajet d’une particule de quelques dizaines de nanomètres
Une fois inhalée, une particule se dépose dans l’arbre respiratoire, ou ressort avec l’air expiré, selon trois mécanismes physiques que le rapport de l’ANSES détaille. L’impaction concerne les particules qui ne suivent pas les virages du flux d’air : leur inertie les projette contre la paroi. La sédimentation fait tomber les particules sous l’effet de leur poids, là où l’air circule lentement. La diffusion, enfin, est le mouvement désordonné d’une particule bousculée par les molécules du gaz qui l’entoure, le mouvement brownien. Pour les PUF, c’est elle qui domine.
Le dépôt dépend donc du diamètre, et la courbe a une forme contre-intuitive. Sa probabilité passe par un minimum entre 0,1 et 1 micromètre : ces particules sont trop légères pour l’impaction et la sédimentation, trop grosses pour une diffusion efficace. De part et d’autre, le dépôt remonte, mais pas au même endroit. Les particules de plus de 5 micromètres et celles de moins de 10 nanomètres se déposent à plus de 90 % dans le nez, les premières par inertie, les secondes parce que leur diffusion est assez rapide pour qu’elles touchent la paroi dès l’entrée.
Entre ces deux filtres, les PUF de quelques dizaines de nanomètres passent. Ni assez lourdes pour sédimenter, ni assez inertes pour s’écraser contre les parois des premières voies, elles diffusent jusqu’au fond du poumon et se déposent majoritairement dans les alvéoles. C’est là que la paroi qui sépare l’air du sang est la plus fine.
Ce trajet explique pourquoi la taille, et pas seulement la composition chimique, fonde la dangerosité présumée de ces particules. Une même substance n’atteint pas les mêmes tissus selon qu’elle est portée par une particule de 5 micromètres ou de 50 nanomètres.
L’enfant n’est pas un adulte en réduction. Il respire plus vite et davantage par la bouche ; son dépôt nasal est plus faible, et une part plus grande des particules atteint les voies inférieures. Ce détail de physiologie rejoint un choix de l’ANSES, même s’il n’en est pas le critère : sa valeur de court terme repose sur les visites aux urgences pour asthme d’enfants de moins de 15 ans.
Le passage dans le sang, maillon le moins bien connu de la chaîne
Le maillon suivant est le moins attendu. Une particule inhalée peut quitter le poumon. Selon le rapport de l’ANSES, une partie des PUF déposées dans les alvéoles traverse la barrière alvéolo-capillaire, la mince paroi où l’oxygène passe dans le sang, puis rejoint la circulation et migre vers d’autres organes. Une seconde voie contourne le poumon : depuis le nez, des particules de moins de 200 nanomètres peuvent gagner directement le cerveau le long des neurones olfactifs, en un temps de l’ordre de l’heure.
C’est ce maillon qui relie une pollution que l’on croit respiratoire à des effets cardiovasculaires ou neurologiques. Il est aussi le moins solide de la chaîne. L’ANSES écrit au conditionnel que les PUF pourraient traverser la barrière hémato-encéphalique, qui protège le cerveau, et la barrière placentaire, qui protège le fœtus, et précise que la translocation n’est pas encore complètement élucidée. Le trajet est décrit ; les quantités qui le font et ce qu’elles deviennent restent à établir.
La voie d’élimination majoritaire est ailleurs. Dans les alvéoles, des cellules immunitaires, les macrophages, englobent les particules : c’est la phagocytose. Cette clairance alvéolaire prend de quelques mois à quelques années, et une part des particules n’est jamais éliminée. Elle reste bio-persistante.
Le mot translocation ne vaut donc pas preuve d’un effet. Il décrit un chemin possible, qui rend plausibles des effets observés loin du poumon, sans dire quelle fraction des particules inhalées l’emprunte.
Ce que les études ont observé chez l’humain et chez l’animal
La plausibilité biologique ne suffit pas à chiffrer un risque ; il faut des observations. L’ANSES a mis à jour la littérature publiée de 2017 à 2024, effet par effet. Le bilan est inégal.
Pour le court terme, elle recense 19 publications sur les effets cardiovasculaires, dont 15 épidémiologiques, et 30 sur les effets respiratoires, dont 26 épidémiologiques. Pour le long terme, 18 publications portent sur les effets respiratoires (17 épidémiologiques) et 21 sur les effets neurologiques (19 épidémiologiques). Parmi ces dernières, 10 études épidémiologiques rapportent un effet, et plusieurs ne trouvent aucune association, notamment pour la démence et la maladie de Parkinson. Sur les cancers, 6 des 12 études examinées montrent une association significative. Sur la mortalité de long terme, 5 publications sur 6.
Chez l’animal, la matière est plus mince. Une étude de génotoxicité n’a montré aucun effet in vivo, et aucune étude animale n’a pu servir à construire une valeur, faute d’avoir testé plusieurs doses. Or une relation entre dose et réponse est précisément ce qu’un calcul de risque exige.
Ces résultats prolongent une trajectoire. En 2018, l’ANSES classait déjà les PUF parmi les polluants prioritaires pour la surveillance et recommandait d’élaborer une valeur toxicologique de référence ; en 2019, son évaluation du poids des preuves concluait à des niveaux de preuve élevés pour plusieurs composantes des particules, dont les PUF.
Reste à savoir ce que recouvre le mot associé. Une association est une corrélation statistique entre un niveau d’exposition et la fréquence d’un événement de santé. Elle ne suffit pas à établir que les PUF causent un cancer ou une démence, et pour les effets neurologiques plusieurs études ne trouvent rien. La difficulté est structurelle. Les PUF partagent leurs sources avec le dioxyde d’azote et les PM2,5 : dans une rue, les trois montent et descendent ensemble. Introduire le dioxyde d’azote ou les PM2,5 dans un modèle réduit l’effet estimé des PUF, puisque ces polluants portent en partie le même signal. L’ANSES n’a donc pas extrait les fonctions ainsi ajustées, et elle en tire la conséquence : ses valeurs peuvent refléter en partie l’effet d’autres polluants corrélés, dont des particules plus grosses.
De l’impossible au faisable en trois ans : la mesure de l’exposition a changé
Lors de sa précédente expertise (rapport de 2021, avis rendu public en janvier 2023, dont le Citepa a rendu compte), l’ANSES avait jugé non faisable une valeur toxicologique de référence pour les PUF. Le motif n’était pas l’absence d’effets. Les données épidémiologiques étaient insuffisantes, en particulier parce que l’exposition des participants y était mal caractérisée.
Le problème tient à la nature des PUF. Leur concentration varie fortement d’une rue à l’autre et d’une heure à l’autre. Une station de mesure unique, placée en fond urbain, ne dit pas ce que respire un habitant installé au bord d’un boulevard. Une étude qui attribue à toute une ville la valeur d’une seule station mesure mal l’exposition de chacun, et brouille la relation qu’elle cherche à mettre au jour.
Les cohortes récentes procèdent autrement. Elles estiment l’exposition à l’adresse de chaque participant, avec des modèles de régression d’occupation du sol : des campagnes mobiles mesurent les PUF en de nombreux points, puis un modèle relie ces mesures aux caractéristiques de l’environnement pour prédire la concentration ailleurs, avec une résolution de 10 à 100 mètres. L’ANSES relève une amélioration réelle de la caractérisation de l’exposition dans les publications parues depuis sa précédente expertise.
Le tri reste sévère. Pour le court terme, sur 25 études épidémiologiques évaluées, deux seulement avaient une caractérisation de l’exposition jugée suffisante. Pour le long terme, 9 des 31 études individuelles évaluées passaient ce filtre, et 7 ont été retenues après l’analyse du risque de biais. Aucune étude sur les effets neurologiques n’a franchi l’étape.
Ce qui a changé en trois ans n’est donc pas la découverte d’un effet. C’est la capacité à dire qui a respiré quoi.
Une valeur sans seuil, deux études, une pente
Une valeur toxicologique de référence, ou VTR, est définie dans l’avis du 3 août 2026 comme « un indice toxicologique qui permet de qualifier ou de quantifier un risque pour la santé humaine ». Pour un polluant sans seuil, cet indice prend la forme d’un excès de risque unitaire, ou ERU : la probabilité supplémentaire de subir un événement de santé, par unité de concentration. Sa construction suit cinq étapes.
La première choisit les événements de santé. La deuxième pose la forme de la relation : ici, aucun seuil de concentration sans effet. Les études récentes décrivent une relation non linéaire à pente positive, plus forte aux faibles concentrations. L’ANSES justifie l’absence de seuil par la dispersion des seuils individuels : patrimoine génétique, autres expositions et maladies font qu’une même concentration n’agit pas de la même façon sur tous. À l’échelle d’une population, aucun niveau ne laisse tout le monde indemne.
La troisième étape sélectionne les études clés, celles qui fournissent une fonction concentration-risque : un pourcentage d’augmentation de l’événement pour un incrément de concentration donné. La quatrième traduit ce pourcentage en excès de risque, journalier ou vie entière, à partir du risque de fond observé en France, avec des données françaises de mortalité et, pour l’asthme, les passages aux urgences du système de surveillance Sursaud de Santé publique France sur 2017-2019. Comme il n’existe aucune population non exposée aux PUF, le calcul part du risque observé et en retire la part attribuable à l’exposition : c’est l’approche dite décrémentale. La cinquième étape calcule l’excès de risque à chaque niveau de concentration de la gamme française, puis prend la pente de la droite qui les relie. Cette pente est l’ERU. Parmi les candidats jugés d’intérêt fort et de confiance élevée, la règle retient le plus protecteur.
Pour le court terme, l’étude clé est celle de Halonen et al. (2008), publiée dans Thorax : une série temporelle conduite à Helsinki de 1998 à 2004, sur 18 358 visites aux urgences pour asthme d’enfants de moins de 15 ans, avec un effet observé à cinq jours de décalage. L’ERU vaut 2,06 × 10−10 par particule/cm³ (intervalle de confiance à 95 % : 9,13 × 10−11 à 2,87 × 10−10), pour des moyennes journalières mesurées sur la fraction 8-100 nanomètres, entre 1 000 et 65 000 particules/cm³. Niveau de confiance : 4,4 sur 5.
Pour le long terme, l’étude clé est la cohorte néerlandaise de Bouma et al. (2023), publiée dans Environment International : 10 735 734 personnes suivies de 2013 à 2019, avec un ajustement indirect sur le tabac et l’indice de masse corporelle. L’événement retenu est la mortalité cardiovasculaire. L’ERU vaut 2,16 × 10−7 par particule/cm³ (intervalle de confiance à 95 % : 3,78 × 10−8 à 4,10 × 10−7), pour des moyennes annuelles entre 1 000 et 58 000 particules/cm³. Niveau de confiance : 4,1 sur 5. Ce n’est pas la valeur la plus sévère : la prévalence de l’hypertension donnait une pente de 6,55 × 10−6, une trentaine de fois plus forte, mais avec une confiance moyenne et sur une gamme limitée à 1 000-15 000 particules/cm³. L’agence a préféré la robustesse.
Le mot confiance revient deux fois dans ces chiffres, et il ne désigne pas la même chose. L’intervalle de confiance à 95 % borne l’incertitude statistique de la pente : pour la valeur de long terme, ses bornes sont dans un rapport d’environ 1 à 10. Le niveau de confiance, noté sur 5, est l’appréciation globale que l’ANSES porte sur la valeur construite. Une note forte n’efface pas une marge large.
Le maillon contre-intuitif de la méthode est là : pas de seuil, et une pente plus raide en bas qu’en haut. Le bénéfice d’une baisse n’est donc pas réservé aux zones les plus polluées. Sur la gamme française, la VTR s’applique de façon linéaire : l’excès de risque est proportionnel à la concentration, si bien que doubler le nombre de particules double l’excès de risque. Une limite accompagne chaque chiffre. Ces valeurs reposant sur des associations, elles peuvent refléter en partie l’effet d’autres polluants issus des mêmes sources.
| Caractéristique | VTR court terme | VTR long terme |
|---|---|---|
| Exposition considérée | Moyennes journalières, fraction 8-100 nm | Moyennes annuelles, vie entière |
| Événement de santé | Visites aux urgences pour asthme, enfants de moins de 15 ans | Mortalité de cause cardiovasculaire |
| Étude clé | Halonen et al. 2008, Helsinki, 1998-2004, 18 358 visites | Bouma et al. 2023, Pays-Bas, 2013-2019, 10 735 734 personnes |
| ERU (par particule/cm³) | 2,06 × 10−10, sur 1 000-65 000 particules/cm³ | 2,16 × 10−7, sur 1 000-58 000 particules/cm³ |
| Niveau de confiance | Fort (4,4/5) | Fort (4,1/5) |
| Illustration à 10 000 particules/cm³ | Environ 2 visites supplémentaires par jour pour 1 million d’enfants exposés | Environ 2,16 décès supplémentaires pour 1 000 personnes exposées toute leur vie |
Un millionième par jour, un millième sur une vie : les valeurs ramenées à une population
Une puissance de dix négative ne parle à personne. Multipliée par une concentration, elle devient une probabilité, et l’ANSES fournit elle-même les conversions.
Pour le court terme, à 1 000 particules/cm³ en moyenne journalière, l’excès de risque journalier est de 2,06 × 10−7 : environ 2 visites supplémentaires aux urgences pour asthme par jour pour 10 millions d’enfants exposés. À 10 000 particules/cm³, il est dix fois plus grand, 2,06 × 10−6, soit environ 2 visites supplémentaires par jour pour un million d’enfants. Ce niveau de 10 000 particules/cm³ correspond à l’ordre de grandeur du fond urbain parisien mesuré lors des campagnes récentes, sur une gamme de tailles qui n’est pas celle de la VTR.
Pour le long terme, à 1 000 particules/cm³ en moyenne annuelle, l’excès de risque vie entière est de 2,16 × 10−4 : environ 2 décès cardiovasculaires supplémentaires pour 10 000 personnes exposées toute leur vie. À 10 000 particules/cm³, il atteint 2,16 × 10−3, un peu plus de 2 décès pour 1 000 personnes.
Les deux chiffres ne se comparent pas entre eux. Le premier est une probabilité par jour d’exposition, pour un passage aux urgences ; le second, une probabilité cumulée sur toute une vie, pour un décès. Le facteur mille qui les sépare reflète d’abord cette différence d’unité de temps et d’événement. Il ne dit pas qu’un effet serait mille fois plus probable que l’autre.
Les repères de l’Organisation mondiale de la santé situent ces niveaux. Ses bonnes pratiques de 2021, citées par l’ANSES, qualifient de bas un niveau journalier inférieur à 1 000 particules/cm³ et de haut un niveau supérieur à 10 000. Aux concentrations de ces bonnes pratiques, l’excès de risque est de l’ordre de 10−7 à 10−6 par jour pour les urgences liées à l’asthme, et de 10−4 à 10−3 sur une vie pour la mortalité cardiovasculaire. Bas ne veut pas dire nul.
Ces chiffres sont des moyennes en population. Ils disent combien de cas supplémentaires attendre dans un grand groupe exposé à une concentration donnée. Ils ne décrivent pas le risque d’une personne en particulier, qui dépend aussi de son âge, de sa santé et de ses autres expositions.
Combien de particules dans l’air que vous respirez
Les mesures françaises compilées dans le rapport de l’ANSES dessinent un gradient net. En fond rural, les valeurs journalières basses tournent autour de 2 500 particules/cm³, et la moyenne annuelle relevée à La Neuville-sur-Oudeuil en 2024 est de 2 868. En fond urbain, les campagnes donnent de 5 000 à 12 000 particules/cm³ environ, de 5 120 à Amiens à 12 300 à Port-de-Bouc. À Paris, la station de fond des Halles a mesuré 10 100 particules/cm³ à l’été 2021, 11 000 de janvier à mai 2022 et 7 400 à l’été 2023. Le long des grands axes parisiens, les moyennes de campagne montent à 15 000-28 000 particules/cm³, et au bord de la RN20, à Montlhéry, l’été 2021 a donné 57 500.
Airparif, dans une publication de juin 2025, donne des ordres de grandeur voisins mais pas identiques : 6 400 à 7 900 particules/cm³ en fond urbain l’été, 14 200 boulevard Haussmann, 18 800 l’été sur le périphérique Est et jusqu’à 25 600 en hiver. Périodes et agrégats diffèrent. Aucun chiffre unique ne résume la capitale ; seules des fourchettes datées ont un sens.
| Site | Type de site | Gamme de taille mesurée | Concentration (particules/cm³) |
|---|---|---|---|
| La Neuville-sur-Oudeuil | Fond rural | Non précisée | 2 868 (moyenne annuelle 2024) |
| Amiens, Reims, Strasbourg | Fond urbain | 20-500 nm | 5 120 ; 5 250 ; 6 300 |
| Talence, Toulouse, Port-de-Bouc | Fond urbain | À partir d’environ 7 nm (d50) | 7 500 ; 9 000 ; 12 300 |
| Paris, Les Halles | Fond urbain | 5-400 nm | 10 100 (été 2021) ; 11 000 (janv.-mai 2022) ; 7 400 (été 2023) |
| Lille ; Strasbourg Clemenceau | Trafic | 20-500 nm ; à partir d’environ 7 nm | 8 220 (2018) ; 14 850 |
| Paris, boulevard Haussmann | Trafic | 5-400 nm | 18 000 (été 2021) ; 23 700 (2022) ; 15 300 (été 2023) |
| Paris, périphérique Est | Trafic | 5-400 nm | 25 100 (été 2021) ; 27 900 (2022) ; 20 200 (été 2023) |
| Montlhéry, RN20 | Trafic | 5-400 nm | 57 500 (été 2021) |
Trois facteurs structurent ces écarts. Près du trafic, les concentrations sont en moyenne deux à trois fois plus élevées qu’en fond urbain. L’hiver les augmente, sous l’effet du chauffage au bois. Près de l’aéroport Charles-de-Gaulle, des niveaux comparables à ceux du périphérique ont été mesurés, avec une influence sur plusieurs kilomètres.
Deux conséquences en découlent. Aucune zone n’échappe au calcul : même à 2 500-2 900 particules/cm³, la VTR donne un excès de risque, plus faible qu’en ville, mais pas nul. Et ces moyennes ne se multiplient pas telles quelles par la VTR, puisqu’elles ont été obtenues avec des instruments de gammes différentes alors que la valeur de court terme est calée sur la fraction 8-100 nanomètres. Une moyenne de campagne situe un quartier. Elle ne mesure pas l’exposition d’une personne.
Un outil pour les études d’impact, pas une norme
Une VTR n’est ni une norme ni une alerte. Aucune valeur réglementaire n’existe pour les PUF, et l’avis n’en crée pas. Son usage est ailleurs : l’évaluation quantitative des risques sanitaires, l’exercice qui chiffre le nombre de cas attendus du fait d’une exposition donnée. L’ANSES vise explicitement les études d’impact d’infrastructures routières et d’installations classées pour la protection de l’environnement.
Concrètement, la VTR permet d’écrire qu’un projet ajoute tant de cas attendus dans la population riveraine, compte tenu de la hausse de concentration qu’il provoque. Elle ne permet pas de déclarer l’air d’une ville autorisé ou interdit. Pour vous, l’avis ne crée ni obligation ni consigne nouvelle. Ce qui change, c’est qu’un projet routier ou industriel proche de votre quartier peut désormais être chiffré sur ce polluant.
Le mode d’emploi fixé par l’agence est précis. Les VTR des PUF s’utilisent en présence d’une pollution de combustion — trafic, activité aéroportuaire, chauffage au bois —, en complément des VTR que l’agence a déjà établies pour les PM2,5, les PM10 et le carbone suie (avis révisés mis en ligne en mai 2025). Les calculs se mènent séparément et leurs résultats ne s’additionnent pas. La raison tient à ce qui a été dit des associations : PUF et particules plus grosses viennent des mêmes sources, et une partie de l’effet capté par une valeur peut l’être aussi par l’autre. Additionner reviendrait à risquer de compter deux fois le même effet.
Ces valeurs ont été construites sur les gammes de concentrations observées en France et avec des données françaises de santé, pour outiller ceux qui interprètent des mesures d’exposition dans ce pays. Elles rejoignent un catalogue existant : selon la page de l’ANSES consacrée aux VTR, l’agence en a construit une centaine pour une soixantaine de substances, et sa base en recense environ 600. Les PUF figuraient à son programme 2026-2027.
8, 10 ou 100 nanomètres : la question de la règle graduée
Pour appliquer une VTR à une mesure, encore faut-il mesurer la même chose. Ce n’est pas acquis.
La France mesure les PUF depuis peu en routine. Des campagnes exploratoires ont eu lieu dès 2003 à Gennevilliers, menées par Airparif et le LCSQA, des études plus structurées à la fin des années 2010, et la première station permanente dédiée, aux Halles à Paris, fonctionne depuis 2019. Le dispositif national est en cours d’harmonisation. Des compteurs de particules (CPC), qui comptent entre 10 et 1 000 nanomètres, équipent une cinquantaine de sites ; des spectromètres (MPSS), qui donnent la répartition par taille entre 10 et 800 nanomètres, une dizaine.
Or la VTR de court terme est calée sur la fraction 8-100 nanomètres de l’étude d’Helsinki. Une concentration mesurée sur une autre gamme doit être convertie par un rapport propre au site et à la saison. Dans l’exemple d’Helsinki, ce rapport valait 0,45 en hiver et 0,54 en été. La borne basse compte autant que la borne haute : les plus petites particules étant les plus nombreuses, l’écart en nombre entre 8 et 10 nanomètres peut être significatif.
Multiplier directement une valeur de compteur par l’ERU donnerait donc un résultat biaisé, par excès ou par défaut selon la gamme de l’instrument. La conversion fait partie du calcul.
Surveillance européenne : ce qui arrive d’ici décembre 2026
Le calendrier réglementaire avance en parallèle. La directive (UE) 2024/2881 sur la qualité de l’air fait entrer les PUF dans le droit européen, parmi les polluants émergents à surveiller. Elle impose des mesures : dans des supersites de surveillance prévus à son article 10, avec la distribution granulométrique en fond urbain et rural, et près des sources — aéroports, ports, routes, sites industriels, chauffage domestique. Elle ne fixe aucune valeur limite. L’Union européenne n’a pas plafonné les PUF ; elle a décidé de les compter.
La directive doit être transposée au plus tard le 11 décembre 2026, et ses règles s’appliquent à partir du 12 décembre 2026. La France dispose déjà d’une cinquantaine de compteurs et, selon l’ANSES, les données PUF de l’air extérieur sont désormais publiées par le LCSQA sur la plateforme Geod’air. Les VTR fournissent l’étalon sanitaire qui manquait pour interpréter ces nouvelles séries.
Une modélisation indépendante donne l’échelle de l’enjeu, à manier avec précaution. Publiée en juillet 2026 dans Cardiovascular Research par Lelieveld et ses collègues (DOI 10.1093/cvr/cvag136), et présentée par un communiqué de la Société Max-Planck, elle attribue aux PUF environ 1,99 million de décès prématurés par an dans le monde, avec un intervalle de 0,81 à 3,89 millions, dont environ la moitié de cause cardiovasculaire ; pour l’Europe, 35,7 décès pour 100 000 habitants par an. Ses auteurs demandent des valeurs limites contraignantes. Ce n’est pas un chiffre de l’ANSES, et l’écart entre les bornes, près d’un facteur cinq, dit l’incertitude d’une telle estimation. Le cas de la pollution de l’air en Inde donne un autre exemple de pollution particulaire à grande échelle.
Quel risque accepter ? La question que l’ANSES renvoie aux pouvoirs publics
Les deux valeurs reposent sur deux études clés : une série temporelle à Helsinki, sur des données de 1998 à 2004, et une cohorte néerlandaise suivie de 2013 à 2019. Aucune étude animale n’a pu les étayer par une relation dose-réponse. La valeur de long terme a été choisie pour sa robustesse plutôt que pour sa sévérité, puisque l’hypertension aurait donné une pente plus forte avec moins de confiance. L’agence recommande une veille active de la littérature et une mise à jour des VTR à mesure que les données s’accumulent.
Reste une question que la toxicologie ne tranche pas. Un excès de risque de 2 pour 1 000 sur une vie, celui d’une exposition à 10 000 particules/cm³, à partir de quand faut-il agir ? L’avis le dit sans détour : « l’Anses invite les gestionnaires de risque à poursuivre la réflexion sur la question des niveaux d’acceptabilité du risque ». L’agence rappelle par ailleurs que l’OMS considère la pollution de l’air comme le deuxième facteur de risque pour la santé mondiale. Les VTR fournissent l’instrument de mesure. Le niveau à atteindre relève d’une décision publique.
Cet article n’est pas un avis médical : en cas de gêne respiratoire ou de crise d’asthme, le médecin traitant ou le 15 restent la référence.
Questions fréquentes sur les particules ultrafines
Qu’est-ce qu’une particule ultrafine ?
C’est une particule d’un diamètre inférieur ou égal à 100 nanomètres, soit un dix-millième de millimètre. La définition retenue par l’ANSES, reprise de la directive européenne 2024/2881, précise qu’elle se mesure en nombre de particules par centimètre cube, à partir d’une taille de 10 nanomètres. En ville, ces particules viennent surtout de la combustion (trafic routier, activité aéroportuaire, chauffage) et de réactions chimiques dans l’atmosphère.
Quelle différence entre particules ultrafines et PM2,5 ?
Les PM2,5 se mesurent en masse, en microgrammes par mètre cube ; les particules ultrafines se comptent. Comme la masse d’une particule varie avec le cube de son diamètre, des milliers de particules ultrafines pèsent moins qu’une seule grosse particule : elles pèsent peu dans les PM2,5 mais représentent en général 70 à 90 % des particules en nombre. Un air peut donc afficher peu de PM2,5 et beaucoup de particules ultrafines.
Qu’est-ce qu’une valeur toxicologique de référence ?
C’est un outil de calcul qui relie une exposition à un risque pour la santé humaine, pour le décrire ou pour le chiffrer. Pour les particules ultrafines, il prend la forme d’un excès de risque unitaire : la probabilité supplémentaire d’un événement de santé par particule et par centimètre cube. Multiplié par une concentration, il donne une probabilité supplémentaire moyenne, qui se traduit en nombre de cas attendus dans une population exposée, pas en risque individuel. Ce n’est ni une norme ni un seuil d’alerte.
Existe-t-il un seuil en dessous duquel les particules ultrafines sont sans danger ?
Non, selon l’hypothèse retenue par l’ANSES. Ses deux valeurs sont construites sans seuil, et les études récentes montrent même une pente plus forte aux faibles concentrations. Une concentration plus basse donne un excès de risque plus faible, jamais nul, y compris en zone rurale.
Quelle concentration de particules ultrafines près de chez vous, et où la consulter ?
Les campagnes compilées par l’ANSES donnent un ordre de grandeur : autour de 2 500 à 2 900 particules par centimètre cube en fond rural, de 5 000 à 12 000 en fond urbain, de 15 000 à 28 000 le long des grands axes parisiens. Le trafic multiplie les niveaux par deux ou trois, et l’hiver les augmente. Selon l’ANSES, les données de l’air extérieur sont désormais publiées par le LCSQA sur la plateforme Geod’air. Ces mesures, prises avec des instruments de gammes différentes, situent un quartier mais ne décrivent pas l’exposition d’une personne.
Existe-t-il une norme française ou européenne pour les particules ultrafines ?
Aucune valeur réglementaire n’existe. La directive européenne 2024/2881 impose de les surveiller, sans fixer de valeur limite. Elle doit être transposée au plus tard le 11 décembre 2026, et ses règles s’appliquent à partir du 12 décembre 2026.
Que faire dans votre logement pour la qualité de l’air intérieur ?
L’ANSES cite parmi les sources intérieures le tabac, la cuisson, le chauffage au bois, les bougies et l’encens. Elle recommande d’aérer 10 à 15 minutes par jour, y compris en hiver, d’entretenir les installations et, pour le chauffage au bois, de brûler du bois sec sans surcharger l’appareil. Ce sont des recommandations générales sur l’air intérieur : l’avis sur les valeurs toxicologiques n’en chiffre pas l’effet sur les particules ultrafines. En cas de gêne respiratoire, le médecin traitant reste l’interlocuteur.

