Une bactérie qui vit chez les rongeurs, passe par l’estomac d’une puce et ne se transmet d’une personne à l’autre que sous une seule de ses formes : la mécanique de la peste explique à la fois sa gravité et sa rareté en Europe. La question est revenue avec la mort, le 2 octobre 2026 selon les informations rapportées, d’une technicienne de l’Institut de recherche antipeste d’Irkoutsk, en Sibérie, attribuée à une pneumonie d’origine indéterminée ; les autorités russes affirment que les analyses n’ont pas détecté la bactérie de la peste. Le 12 octobre, l’Inserm a consacré une fiche de sa série Canal Détox à la transmission et aux traitements de la maladie, alors que l’intérêt pour le mot peste dans les recherches Google avait, selon l’Inserm, été multiplié par plus de dix en une semaine.
Cet article n’est pas un avis médical : en cas de fièvre brutale au retour d’une zone où la peste circule, ou après un contact avec des rongeurs ou des puces, consultez un médecin ou appelez le 15 en signalant le voyage.
Irkoutsk, 2 octobre : une pneumonie mortelle dans un institut antipeste
Une pneumonie qui tue n’a, en soi, rien qui oriente vers la peste. Ce qui a fait naître le soupçon tient au lieu. La forme pulmonaire de la peste commence comme une pneumonie sévère ; l’établissement où travaillait la technicienne manipule Yersinia pestis, la bactérie responsable, et participe à la surveillance des foyers naturels où elle circule chez les animaux sauvages de la région. Trois éléments compatibles ne font pas un diagnostic. Seule une analyse de laboratoire tranche, sur un prélèvement de sang, de crachats ou de pus, et les résultats communiqués par les autorités russes sont négatifs.
Le décès a été attribué à une pneumonie d’étiologie inconnue, c’est-à-dire dont la cause n’est pas identifiée. C’est la qualification employée par le gouverneur de la région, Igor Kobzev, selon Global News avec AP et Reuters. Le même gouverneur a ensuite présenté cette pneumonie, le 8 octobre selon une dépêche Belga reprise par Paris Match Belgique, comme contractée en communauté, donc hors du laboratoire ; c’est son affirmation, pas un résultat publié. Environ 200 personnes ayant été en contact avec la laborantine ont été placées sous surveillance médicale. Le 8 octobre également, selon la même dépêche, le gouverneur a annoncé la fin de cette surveillance : près de 5 000 analyses, plus de 5 000 selon le décompte rapporté par Reuters, n’ont révélé aucun micro-organisme pathogène dangereux. Rospotrebnadzor, l’agence sanitaire russe, a par ailleurs qualifié de non conforme à la réalité l’information sur un second salarié malade, et affirme qu’aucune situation d’urgence liée à la manipulation de micro-organismes pathogènes n’a eu lieu à l’institut, selon ses déclarations rapportées par le service russe de The Moscow Times d’après Reuters.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a demandé des informations à Moscou le 3 octobre, au titre du Règlement sanitaire international, le texte qui oblige les États à notifier certains événements sanitaires. La réponse du 6 octobre, relayée par l’OMS à l’Associated Press, affirme qu’« aucun cas de peste n’a été enregistré à Irkoutsk, ni chez elle ni chez quiconque ». La même note transmet des niveaux de risque — modéré à faible pour Irkoutsk, faible pour la Russie, très faible pour la région Europe de l’OMS. Ce sont des déterminations des autorités russes, transmises par l’OMS, et non une évaluation indépendante de l’organisation. Le 5 octobre, selon Euronews, la Commission européenne indiquait suivre la situation de très près avec le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), sans mesure d’urgence prévue.
Ce qui est établi se résume donc aux déclarations russes, relayées par l’OMS et les agences de presse. Aucune donnée indépendante n’a été publiée à la mi-octobre, et l’OMS a demandé quel agent pathogène avait causé la pneumonie : il n’a pas été identifié publiquement. Ne pas détecter la peste ne revient pas à connaître la cause. Les deux lectures symétriques — l’alarme d’un côté, le dossier refermé de l’autre — dépassent ce que les documents disponibles permettent d’affirmer.
Un cycle rongeur-puce entretenu dans les foyers naturels de Sibérie et d’ailleurs
Yersinia pestis a été isolée en 1894 par Alexandre Yersin, pendant la troisième pandémie de peste. Elle ne dépend pas de l’être humain pour subsister. D’après la fiche de l’OMS consultée en octobre 2026 et la fiche maladie de l’Institut Pasteur mise à jour en mars 2024, elle circule dans des populations animales, surtout des rongeurs, et passe de l’un à l’autre principalement par la piqûre de puces infectées. C’est ce va-et-vient entre rongeurs et puces, dans des zones géographiques précises appelées foyers naturels, qui entretient la bactérie d’une année sur l’autre.
Dans ce cycle, l’humain est un hôte accidentel. Il y entre quand une puce infectée le pique, quand il manipule un animal malade ou quand il consomme sa viande. La distinction compte pour lire l’actualité : un cas humain signale une incursion dans un cycle animal, pas une épidémie qui se propagerait entre humains. Elle explique aussi pourquoi la peste n’a jamais disparu sans pour autant circuler partout. Le réservoir est animal.
La région d’Irkoutsk abrite de tels foyers. L’institut antipeste participe aussi à la surveillance d’un autre foyer sibérien, celui de l’Altaï, un foyer de haute montagne où 397 souches de la bactérie ont été isolées entre 2010 et 2024, selon un article de chercheurs de l’institut publié en 2025 dans la revue Health Risk Analysis. La même littérature fait état de cas humains identifiés dans l’Altaï entre 2014 et 2016, soit au milieu des années 2010 ; l’Institut Pasteur, de son côté, date de 2013 la réapparition de la maladie en Russie et au Kirghizistan.
Ailleurs, l’ordre de grandeur reste modeste mais continu. Selon l’Institut Pasteur, près de 50 000 cas humains ont été déclarés à l’OMS par 26 pays entre 1990 et 2020, et Madagascar en compte 250 à 500 par an. Sur la période 2019-2025, d’après l’OMS, la plupart des cas notifiés venaient de République démocratique du Congo et de Madagascar ; l’Institut Pasteur décrit pour sa part des foyers actifs en Chine et au Pérou, et des cas chaque année dans l’ouest des États-Unis. Rapporté à trente ans et à 26 pays, ce total donne de l’ordre de 1 600 cas déclarés par an dans le monde : une maladie rare, concentrée là où le cycle animal est actif.
À l’entrée de l’estomac de la puce, un bouchon bactérien qui multiplie les piqûres
L’image courante fait de la puce une seringue : elle pique un rat malade, garde un peu de sang contaminé, pique un humain et le lui injecte. Le mécanisme décrit par la recherche est différent, et plus retors. La bactérie ne se contente pas de voyager dans la puce. Elle la rend malade, et c’est cette maladie qui fabrique la transmission.
Tout se joue au proventricule, une valve placée entre l’œsophage de la puce et son estomac. Selon le modèle détaillé en 2020 dans la revue PLoS Pathogens par une équipe dont fait partie Florent Sebbane, également sollicité par l’Inserm pour sa fiche du 12 octobre, les bactéries ingérées avec le sang d’un animal infecté s’accumulent à cet endroit et y forment une masse. Cette masse se consolide en biofilm, un amas de bactéries agglomérées et fixées à la paroi, jusqu’à empêcher le sang de passer. Ce que la puce aspire n’atteint plus son estomac.
La conséquence est d’abord comportementale. Une puce bloquée ne parvient plus à se nourrir : elle a faim. Affamée, elle pique de façon répétée, à la recherche d’un repas qui ne passe pas, et à chaque tentative elle régurgite des bactéries au point de piqûre, dans la peau de son hôte. Le vecteur devient d’autant plus dangereux qu’il est lui-même mal en point. Sa faim fait le travail.
Le même travail apporte une nuance qui compte : un blocage complet n’est pas indispensable à la transmission. La puce n’a donc pas à atteindre le stade du bouchon intégral pour devenir infectante. Le schéma du bouchon reste juste dans son principe, mais il décrit l’aboutissement du processus plutôt que sa condition nécessaire.
Ce maillon éclaire la suite de la maladie. La bactérie est déposée dans la peau, à l’endroit de la piqûre, et non dans les voies respiratoires : c’est cette porte d’entrée qui conduit à la forme bubonique.
Du ganglion au sang puis au poumon : la progression sans traitement
Une fois dans la peau, la bactérie suit un trajet dont chaque étape aggrave le pronostic. Elle gagne d’abord les ganglions lymphatiques, qui gonflent et deviennent douloureux : ces ganglions enflés sont les bubons qui ont donné son nom à la peste bubonique, décrite par l’Inserm, l’OMS et le CDC américain comme la forme qui suit la piqûre infectante. Si l’infection n’est pas contrôlée, la bactérie passe dans le sang. C’est la septicémie : l’infection n’est plus localisée, elle circule dans tout l’organisme. Par le sang, elle peut atteindre les poumons. On parle alors de peste pulmonaire secondaire, par opposition à la forme primaire, contractée en inhalant les gouttelettes d’un autre malade.
La piqûre n’est pas la seule porte d’entrée. L’Inserm rapporte une transmission digestive, notamment par l’ingestion de viande contaminée. L’Inserm et l’OMS décrivent aussi une contamination par contact direct avec des tissus ou des liquides infectieux, par exemple en manipulant un animal infecté.
Le délai entre l’exposition et les premiers signes varie selon la porte d’entrée et selon l’émetteur. La fiche de l’OMS retient en général 1 à 7 jours, et parfois 24 heures seulement pour la forme pulmonaire. Les recommandations du CDC publiées en 2021 dans le MMWR donnent 2 à 8 jours pour la forme bubonique et 1 à 3 jours après inhalation. La synthèse prudente tient en deux mots : quelques jours, et moins quand la bactérie est inhalée. C’est la fenêtre pendant laquelle une personne exposée ne présente encore aucun signe.
Les chiffres de létalité de la forme bubonique semblent se contredire ; ils mesurent en réalité des situations voisines mais pas identiques. L’Inserm donne 40 à 60 % de décès sans traitement précoce. L’OMS retient 30 à 60 % pour la forme bubonique, et une fourchette de 30 à 100 % dans la partie générale de sa fiche, sans distinguer les formes. Le CDC, dans ses recommandations de 2021, chiffre à 66 % la létalité de la peste bubonique non traitée et à 13 % celle de la peste traitée par antibiotiques. Aucune de ces fourchettes ne remplace les autres ; chacune vaut pour son émetteur et sa définition.
L’écart entre 13 % et 66 % — du simple au quintuple — s’explique par la chaîne décrite plus haut. Un traitement donné au stade du ganglion arrête la bactérie avant qu’elle n’atteigne le sang puis les poumons ; chaque étape franchie sans traitement réduit les chances de guérison. Le temps fait l’essentiel de la différence.
Peste pulmonaire : la seule forme qui passe d’une personne à l’autre
Un malade atteint de peste bubonique ne contamine pas son entourage par les voies respiratoires : tant que la bactérie reste dans les ganglions et le sang, elle n’est pas émise dans l’air. Tout change quand elle atteint les poumons. Le malade émet alors, en toussant, des gouttelettes qui contiennent la bactérie, et une personne proche qui les inhale peut développer une peste pulmonaire primaire, sans piqûre ni rongeur. C’est la seule voie de transmission interhumaine directe décrite par l’Inserm, l’OMS et le CDC.
Ce passage a des conditions précises. D’après les recommandations du CDC de 2021, la transmission entre personnes exige une exposition à moins de 6 pieds, environ 1,8 mètre, et le risque est minime pendant les 24 premières heures de la maladie. Il s’agit de grosses gouttelettes, qui ne portent qu’à courte distance, et le malade devient surtout contagieux à un stade avancé, quand il tousse. La tuberculose, autre maladie bactérienne qui se transmet par l’air et se traite par antibiotiques, fait l’objet d’un article distinct sur la tuberculose et la résistance aux antibiotiques ; chaque maladie a ses propres conditions de transmission.
Deux qualifications coexistent dans les sources. L’OMS décrit la peste pulmonaire comme très contagieuse entre personnes ; l’Inserm souligne que sa transmission entre humains ne présente pas les mêmes caractéristiques que celle d’infections respiratoires plus contagieuses, comme la Covid-19. Elles ne mesurent pas la même chose. La première décrit le risque pour qui se tient au contact étroit d’un malade qui tousse, et ce risque est réel. La seconde décrit la propagation moyenne dans une population. Les deux sont exactes.
Le CDC donne l’ordre de grandeur de cette propagation moyenne : à partir des données de surveillance des États-Unis entre 1900 et 2009, le nombre de reproduction de base (R0) de la peste pulmonaire est estimé à 1,18, avec une forte variabilité d’un patient à l’autre. Un malade contaminait donc en moyenne à peine plus d’une personne. Le seuil qui compte est 1 : au-dessus, chaque génération de cas est un peu plus nombreuse que la précédente ; au-dessous, la chaîne s’éteint. À 1,18, il suffit sur le papier d’empêcher environ une transmission sur sept pour passer sous ce seuil. La moyenne masque toutefois des écarts importants d’un malade à l’autre, ce qui rend chaque contact étroit important à retrouver.
Madagascar 2017, une épidémie pulmonaire enrayée par le suivi des contacts
L’épidémie de Madagascar en 2017 montre ce mécanisme à l’échelle d’un pays. Entre le 1ᵉʳ août et le 22 novembre, selon le bulletin de l’OMS du 27 novembre 2017, 2 348 cas confirmés, probables ou suspects ont été recensés, dont 1 791 pulmonaires et 341 buboniques. Plus des trois quarts des cas étaient donc pulmonaires, potentiellement transmissibles entre personnes. Madagascar, qui affronte aussi d’autres maladies bactériennes épidémiques comme le montrent les épidémies de choléra à Madagascar, figure parmi les deux pays d’où proviennent la plupart des cas de peste notifiés à l’OMS.
La riposte a reposé sur le suivi des contacts et l’antibioprophylaxie, c’est-à-dire un antibiotique donné avant tout symptôme aux personnes exposées. Les 7 289 contacts identifiés ont tous terminé leur traitement préventif, soit environ trois contacts suivis par cas. L’épidémie a été contenue, et aucun cas lié aux voyages internationaux n’a été signalé. Parmi les soignants, 81 sont tombés malades, sans aucun décès.
Le bilan compte 202 décès, soit une létalité de 8,6 %. Ce chiffre se lit avec son dénominateur : il porte sur l’ensemble des cas, y compris des cas seulement suspects, dont le diagnostic n’a pas forcément été confirmé. Il n’est donc pas directement comparable aux fourchettes du CDC ou de l’OMS. Ce qu’il montre est plus simple. Suivre les contacts casse la chaîne. C’est la même logique qui a conduit à placer sous surveillance médicale les quelque 200 contacts de la laborantine d’Irkoutsk.

Antibiotiques : une maladie curable, à condition de gagner les premières heures
Curable ne veut pas dire bénigne. La peste tue encore alors que des antibiotiques courants en viennent à bout. L’Inserm, l’Institut Pasteur et l’OMS s’accordent : le traitement est très efficace s’il est précoce. Les familles de référence sont les fluoroquinolones, la streptomycine, un antibiotique de la famille des aminosides, et les tétracyclines. La bactérie reste sensible à ces familles d’usage courant, ce qui explique que la guérison soit la règle quand le traitement arrive à temps.
Ce qui tue, c’est le retard. Selon l’Inserm et le CDC, les décès actuels surviennent surtout en cas de diagnostic tardif, et non principalement à cause de résistances. Pour la forme pulmonaire, la marge se compte en heures : non traitée, elle est presque toujours mortelle, en trois jours selon l’Institut Pasteur, alors que le taux de guérison est élevé si le traitement commence dans les 24 heures suivant les premiers symptômes, selon l’OMS et le CDC. La difficulté tient au début de la maladie. Une peste pulmonaire commence comme une pneumonie sévère, et rien dans les symptômes seuls ne la distingue avec certitude.
D’où le rôle du laboratoire. D’après l’OMS, la confirmation d’un cas exige une analyse de pus prélevé dans un bubon, de sang ou de crachats. Un test rapide sur bandelette est largement utilisé en Afrique et en Amérique du Sud pour orienter la prise en charge sans attendre. Dans les zones d’endémie, ce test rapproche le diagnostic du moment où le traitement sauve.
La résistance existe, mais elle reste rare. L’Inserm indique que la résistance naturelle de la bactérie aux antibiotiques est peu fréquente et mentionne deux souches naturelles multirésistantes identifiées, l’une en Mongolie, l’autre à Madagascar, sans qu’aucune épidémie déclarée leur soit associée. C’est un point de surveillance, pas l’explication des décès actuels.
Les antibiotiques servent aussi à prévenir. L’Inserm, l’Institut Pasteur et le CDC décrivent leur usage en prophylaxie chez les personnes exposées ou potentiellement exposées : l’entourage immédiat d’un malade, le personnel de laboratoire après un accident. C’est cet usage qui a permis, en 2017, de traiter préventivement les 7 289 contacts identifiés à Madagascar.
Au laboratoire, confinement, vaccination ciblée et prophylaxie après accident
Dans un laboratoire, la bactérie n’arrive pas par une puce. L’exposition passe par d’autres voies : l’aérosol, la coupure, le contact avec la peau. L’Inserm rappelle que Yersinia pestis relève du groupe de risque 3 et doit être manipulée dans un laboratoire de confinement de niveau 3 (NSB3), où des barrières physiques et des procédures séparent l’agent de la personne qui le manipule. Le confinement est la première protection ; la vaccination ciblée et l’antibiotique donné après un accident en sont les deux autres.
La vaccination n’a pas la portée qu’on lui prête volontiers. L’OMS ne la recommande pas en population générale et la réserve à des groupes à haut risque, comme le personnel de laboratoire et les soignants. Selon l’Institut Pasteur, les premiers vaccins ont été abandonnés en raison de leurs effets indésirables, les suivants ne protègent pas contre la forme pulmonaire, et aucun candidat n’était validé chez l’humain à la mise à jour de sa fiche, en mars 2024 ; l’Inserm recense une vingtaine de candidats en développement. Vacciné ne signifie donc pas protégé contre toutes les formes. Selon les autorités russes, la laborantine d’Irkoutsk était vaccinée et immunisée contre les infections dangereuses qu’elle manipulait ; cette information, qui n’a pas été documentée de façon indépendante, ne permet de conclure ni dans un sens ni dans l’autre.
Les infections de laboratoire documentées sont rares. En 2009, à Chicago, un chercheur est mort d’une infection contractée au laboratoire avec une souche atténuée de la bactérie, selon le rapport publié par le CDC en février 2011 ; l’infection a probablement été favorisée par une hémochromatose, une maladie de surcharge en fer découverte après sa mort. La dernière infection de laboratoire connue aux États-Unis avant ce cas remontait à 1959. Deux cas connus en cinquante ans, dans ce pays : c’est l’ordre de grandeur.
À Irkoutsk, l’hypothèse d’un accident de laboratoire a été évoquée, puis démentie par les autorités russes : Rospotrebnadzor exclut toute situation d’urgence à l’institut, et le gouverneur présente la pneumonie comme contractée hors du laboratoire. En annonçant le 8 octobre la fin de la surveillance des contacts, Igor Kobzev a déclaré : « Aucun trouble de santé lié à une pathologie infectieuse n’a été détecté ». La formule porte sur les contacts. Elle ne dit rien de la cause du décès.
Europe : pas de foyer actif connu et un risque jugé très faible
Aucun cas récent de peste n’a été signalé en Europe, selon l’Institut Pasteur et l’Inserm, et les derniers cas français remontent à 1945, en Corse. Aucun foyer naturel actif n’y est connu. La maladie n’a pas disparu pour autant : elle reste présente dans les foyers d’Afrique, d’Asie et des Amériques décrits plus haut. La distinction entre absence de cas et absence de risque reste pertinente, puisqu’un projet du programme de recherche PEPR Maladies infectieuses émergentes (France 2030), piloté par l’ANRS-MIE, vise à identifier les territoires à risque en France métropolitaine et outre-mer. Cette question est à l’étude ; elle n’a pas encore de réponse publiée.
Le niveau de risque très faible pour la région Europe de l’OMS figure dans la note transmise par les autorités russes et relayée par l’OMS ; c’est leur détermination, pas une évaluation indépendante de l’organisation. Il concorde avec le mécanisme : sans foyer animal actif sur le continent, et avec une transmission interhumaine limitée à la forme pulmonaire et à la courte distance, le risque de propagation sur le continent reste très faible, sans être nul pour un voyageur.
Pour un résident européen, la seule exposition plausible est un séjour dans une zone d’endémie, comme celles que recensent deux fiches de référence : la République démocratique du Congo et Madagascar, d’où viennent la plupart des cas notifiés selon la fiche de l’OMS consultée en octobre 2026, et, selon l’Institut Pasteur, des foyers en Chine, au Pérou et dans l’ouest des États-Unis. Le signal à prendre au sérieux est alors une fièvre brutale après un contact avec des rongeurs ou des puces. Dans ce cas, consultez un médecin en signalant le voyage. Le diagnostic précoce est la protection décisive.
Les trois formes de la peste comparées en un tableau
Les trois formes ne sont pas trois maladies distinctes, mais trois étapes ou trois portes d’entrée d’une même infection. Le tableau les met côte à côte avec les chiffres de chaque émetteur.
| Forme | Comment elle s’installe | Transmission entre personnes | Incubation | Pronostic |
|---|---|---|---|---|
| Bubonique | Piqûre d’une puce infectée ; la bactérie gagne les ganglions, qui forment des bubons | Non | Toutes formes, en général : 1 à 7 jours (OMS) ; 2 à 8 jours (CDC) | Sans traitement : 30 à 60 % de décès (OMS), 40 à 60 % (Inserm, sans traitement précoce), 66 % (CDC) ; 13 % avec antibiotiques (CDC) |
| Septicémique | Passage de la bactérie dans le sang quand la forme bubonique n’est pas contrôlée | Non | Non chiffrée séparément dans les sources citées | Non chiffré séparément dans les sources citées |
| Pulmonaire | Secondaire (bactérie arrivée aux poumons par le sang) ou primaire (gouttelettes d’un malade) | Oui, à moins d’environ 1,8 m ; R0 estimé à 1,18 (CDC) | Parfois 24 heures (OMS) ; 1 à 3 jours après inhalation (CDC) | Presque toujours mortelle sans traitement, en 3 jours (Institut Pasteur) ; guérison fréquente si le traitement commence dans les 24 heures suivant les symptômes |
Lu ligne par ligne, le tableau résume la chaîne : plus la bactérie s’enfonce dans l’organisme, plus le pronostic s’assombrit, et la contagion n’apparaît qu’à la dernière ligne. Reste, à Irkoutsk, la question que l’OMS a posée et qui n’a pas reçu de réponse publique : quel agent a causé la pneumonie qui a tué la laborantine.
Cet article n’est pas un avis médical : en cas de fièvre brutale au retour d’une zone d’endémie de la peste ou après un contact avec des rongeurs ou des puces, consultez un médecin ou appelez le 15 en signalant le voyage.
Questions fréquentes sur la peste
La laborantine d’Irkoutsk est-elle morte de la peste ?
Rien ne l’établit. Son décès, survenu selon les informations rapportées le 2 octobre 2026, a été attribué à une pneumonie dont la cause n’est pas identifiée publiquement. Les autorités russes affirment que les analyses n’ont pas détecté la bactérie de la peste et ont déclaré à l’OMS qu’aucun cas n’avait été enregistré à Irkoutsk. Aucune donnée indépendante n’a été publiée, et l’OMS a demandé quel agent avait causé la pneumonie : l’absence de peste détectée ne dit pas quelle est la cause.
La peste existe-t-elle encore dans le monde ?
Oui. La bactérie se maintient chez les rongeurs et leurs puces dans des foyers naturels. Sur 2019-2025, selon l’OMS, la plupart des cas humains notifiés venaient de République démocratique du Congo et de Madagascar ; l’Institut Pasteur décrit pour sa part des foyers actifs en Chine et au Pérou, et des cas chaque année dans l’ouest des États-Unis.
Comment attrape-t-on la peste ?
Le plus souvent par la piqûre d’une puce infectée, qui a d’abord piqué un rongeur porteur de Yersinia pestis. Le contact direct avec des tissus ou des liquides infectieux et l’ingestion de viande contaminée sont d’autres voies. Seule la forme pulmonaire se transmet d’une personne à l’autre.
La peste est-elle contagieuse entre humains ?
Uniquement sous sa forme pulmonaire, par des gouttelettes émises par un malade qui tousse, à moins d’environ 1,8 mètre selon le CDC. L’OMS la décrit comme très contagieuse, ce qui vaut au contact étroit du malade, mais la propagation moyenne reste faible : le CDC estime qu’un malade contaminait en moyenne 1,18 personne aux États-Unis entre 1900 et 2009. Selon l’Inserm, elle est moins contagieuse que des infections respiratoires comme la Covid-19.
La peste se soigne-t-elle ?
Oui, par des antibiotiques courants (fluoroquinolones, streptomycine, tétracyclines), à condition que le traitement commence tôt. Pour la forme pulmonaire, les chances de guérison sont élevées si le traitement débute dans les 24 heures suivant les symptômes ; non traitée, elle est presque toujours mortelle. Ces antibiotiques ne se prennent jamais de sa propre initiative, par précaution : la prophylaxie est une décision médicale réservée aux personnes exposées identifiées.
Existe-t-il un vaccin contre la peste ?
Pas pour le grand public. L’OMS ne recommande la vaccination que pour des groupes à haut risque, comme le personnel de laboratoire et les soignants. Selon l’Institut Pasteur, les vaccins existants ne protègent pas contre la forme pulmonaire et aucun candidat n’était validé chez l’humain à la mise à jour de sa fiche, en mars 2024 ; une vingtaine sont en développement, d’après l’Inserm.
Faut-il s’inquiéter de la peste en France ou en voyage ?
En France, les derniers cas remontent à 1945, en Corse, et aucun cas récent n’est connu en Europe. Le risque concerne surtout un séjour en zone d’endémie. Si vous avez une fièvre brutale au retour d’un tel séjour ou après un contact avec des rongeurs ou des puces, consultez un médecin ou appelez le 15 en signalant le voyage.
