Des liens d’ampleur modeste, établis avec un faible niveau de certitude, et au bout du raisonnement la proposition d’un traité international : la série « Digital Determinants of Health », publiée par The Lancet le 4 octobre 2026 selon l’éditeur, a l’air de se contredire. Elle ne le fait pas. Le pont entre les deux tient en une multiplication — un faible excès de risque appliqué à une population de jeunes presque entièrement exposée — et ce calcul a des hypothèses, donc des points de rupture. Les suivre un à un permet de savoir ce que la série établit sur les moins de 25 ans, ce qu’elle estime, et ce qu’elle se contente de proposer.

Cet article n’est pas un avis médical : en cas d’inquiétude sur l’humeur, le sommeil ou l’usage des écrans d’un enfant ou d’un adolescent, le médecin traitant ou le pédiatre reste l’interlocuteur ; en cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24.

Neuf millions de jeunes, 121 revues : l’ampleur et la nature du matériau

La série compte trois articles. L’un d’eux, référencé sous le DOI 10.1016/S0140-6736(26)01292-4, s’intitule « The digital determinants of health : a new era for global public health ». La série est portée par une équipe internationale présidée par Ilona Kickbusch, du Digital Transformations for Health Lab (DTH-Lab), installé en Suisse. Son socle empirique est une revue parapluie réalisée pour l’occasion : selon le communiqué diffusé par l’éditeur le 4 octobre 2026, elle rassemble 121 revues publiées, qui couvrent au total 9 millions de personnes de moins de 25 ans.

Le terme compte. Chacune des 121 unités incluses n’est pas une étude, mais une synthèse déjà publiée qui regroupe elle-même plusieurs études. Le communiqué de l’éditeur parle bien de 121 revues. Les compter comme 121 études reviendrait à confondre deux niveaux d’agrégation et à sous-estimer de beaucoup la quantité de travaux sous-jacents, dont le nombre total n’est pas précisé dans les sources disponibles.

Le chiffre de 9 millions appelle la même prudence. Il ne désigne pas une cohorte de 9 millions de jeunes suivis par une même équipe, avec un même protocole. C’est un effectif cumulé à travers les études que couvrent ces revues, conduites dans des pays, à des âges et avec des outils de mesure différents.

Les auteurs ont ajouté à ce matériau quantitatif un autre type d’apport. Un groupe consultatif de six jeunes adultes, âgés de 23 à 30 ans, a échangé avec eux sur ce que la recherche ne parvient pas à saisir de l’expérience vécue en ligne. Cet apport n’entre pas dans les chiffres : il sert à orienter les questions, pas à y répondre.

Une revue de revues hérite des forces et des faiblesses de ce qu’elle agrège

Une revue parapluie ne produit aucune donnée nouvelle. Elle lit des revues systématiques et des méta-analyses existantes, en extrait les conclusions et les compare. Sa force est la vue d’ensemble : elle permet de regarder en même temps la santé mentale, le sommeil, l’activité physique et le bien-être, sur une base bien plus large que n’importe quelle étude isolée.

Sa faiblesse est symétrique. Elle hérite de la qualité des études de base, qu’elle ne peut pas améliorer. Elle hérite aussi de leurs recouvrements : une même étude peut figurer dans plusieurs revues, et compter ainsi plusieurs fois dans l’impression d’ensemble. Surtout, empiler des revues ne transforme pas une corrélation en causalité. Si les études de base observent que deux phénomènes vont ensemble sans pouvoir dire lequel entraîne l’autre, la synthèse de ces études ne le dira pas davantage.

Les auteurs le formulent sans détour. Dans le communiqué de l’éditeur, ils écrivent : « Les associations entre usage problématique des médias numériques et atteintes à la santé identifiées dans notre revue sont d’ampleur modeste et reposent sur des preuves de faible certitude qui ne permettent pas d’établir de lien de cause à effet. » La phrase fixe le plafond de tout ce qui suit. La certitude finale ne peut dépasser celle des études de base.

Cette grille de lecture vaut au-delà de la série : elle s’applique à d’autres associations entre écran et santé, comme celle que décrit l’article consacré à la télévision et matière grise, où la question de la corrélation et de la causalité se pose dans les mêmes termes.

Le temps passé ou la manière d’utiliser : la distinction qui porte le résultat

Le débat public sur les écrans se mène presque toujours en heures. Le résultat central de la revue ne porte pas sur les heures. Les associations les plus constantes concernent l’« usage problématique » des médias numériques, que les auteurs définissent par des schémas d’usage de type addictif, et non par le temps passé en ligne.

Concrètement, un usage est dit problématique quand il présente des traits proches de ceux d’une dépendance. L’enquête internationale HBSC, publiée par l’OMS Europe le 25 septembre 2024, en donne une définition opérationnelle par symptômes : perte de contrôle sur la durée d’usage, sentiment de manque quand l’accès est impossible, abandon d’autres activités, conséquences négatives sur la vie quotidienne. Aucun de ces critères n’est un nombre de minutes.

D’où une conséquence que le chronomètre masque. Deux adolescents qui passent le même temps devant un écran peuvent relever de deux catégories opposées. Le premier regarde des vidéos avec des amis, s’arrête sans difficulté quand le repas est servi et dort normalement. Le second ne parvient plus à poser son téléphone, renonce à ses entraînements et retarde son coucher. La durée est identique ; la relation à l’outil ne l’est pas. La mesure pertinente est cette relation.

Cette définition rend cohérents les deux volets du résultat, qui sinon paraîtraient contradictoires : des risques associés à l’usage problématique, des bénéfices associés à l’usage modéré. Il n’y a pas de contradiction. Les deux constats ne portent pas sur la même chose.

L’enquête HBSC donne aussi un ordre de grandeur sur la fréquence de cet usage. Sur environ 280 000 jeunes de 11, 13 et 15 ans interrogés dans 44 pays et régions d’Europe, d’Asie centrale et du Canada, la part d’adolescents classés usagers problématiques des réseaux sociaux est passée de 7 % en 2018 à 11 % en 2022. La progression est nette. La catégorie reste minoritaire : environ un adolescent sur neuf dans cette tranche d’âge et sur ce périmètre géographique, pour les seuls réseaux sociaux.

Santé mentale, sommeil, activité physique : des liens réguliers mais de faible ampleur

Selon le communiqué de l’éditeur, la revue parapluie trouve des associations constantes entre usage problématique des médias numériques et trois familles d’atteintes : les troubles courants de la santé mentale, les troubles du sommeil et une baisse de l’activité physique. Le qualificatif signifie que le lien se retrouve d’une revue à l’autre. Cela ne dit rien de sa force.

Or sa force est faible. Les auteurs qualifient eux-mêmes ces associations de modestes et la preuve de faible certitude. Les deux qualificatifs ne se recouvrent pas : le premier dit que l’écart de santé entre usagers problématiques et autres jeunes est petit, le second que la confiance dans cette estimation est faible : l’effet réel peut s’en écarter sensiblement, et les études de base ne disent pas ce qui le produit. Un lien modeste mais régulier n’est pas un lien nul. Les associations défavorables existent, et elles reviennent à travers les revues.

La revue identifie aussi des liens favorables. Un usage modéré est associé à un bien-être plus élevé. Les jeux vidéo dits actifs, qui font bouger le corps, sont associés à un bien-être plus élevé et à des modes de vie plus sains. La relation n’est donc pas « plus d’écran, plus de dommages » sur toute la ligne, et la série ne plaide pas pour le zéro écran.

Le risque ne se répartit pas non plus de manière uniforme. Dans des comptes rendus de la série parus le jour de sa publication, les jeunes déjà fragiles sur le plan psychique, ceux qui disposent de moins de soutien hors ligne ou d’une moindre littératie numérique sont décrits comme les plus exposés. À l’inverse, un usage intentionnel et accompagné y est présenté comme une source possible d’autonomie, d’accès à l’information et de lien social. Ce point repose sur des reprises de la série plutôt que sur un chiffre de la revue : il indique une direction, pas une mesure.

De petits risques à des millions d’années : l’arithmétique des populations

Les chiffres de charge de la série viennent d’un autre type de calcul. Pour illustrer ce que représentent ces associations à l’échelle d’une population, les auteurs estiment que passer plus de deux heures par jour devant des écrans pourrait être associé à environ 2,8 millions d’années de vie en bonne santé perdues par dépression, et à environ 240 000 par obésité, chaque année dans le monde. Il s’agit d’une estimation illustrative, pas d’un décompte de jeunes malades.

Le maillon contre-intuitif est là. Comment des effets qualifiés de modestes peuvent-ils peser des millions d’années ? Une estimation de charge attribuable combine trois termes : la part de la population exposée, l’excès de risque associé à l’exposition, et la charge totale de la maladie concernée. Quand l’exposition est quasi universelle — c’est le cas des écrans chez les jeunes — un excès de risque faible, multiplié par des centaines de millions de personnes, suffit à atteindre des millions d’années. C’est le raisonnement classique de la prévention en population. De petits effets sur beaucoup de monde pèsent plus que de gros effets sur peu de monde.

L’unité demande elle aussi d’être dépliée. Une année de vie en bonne santé perdue, ou AVCI (année de vie corrigée de l’incapacité, DALY en anglais), additionne deux composantes : les années vécues avec une incapacité, pondérées par sa gravité, et les années perdues par décès prématuré. Pour la dépression, l’essentiel vient de la première. 2,8 millions d’années ne veulent donc dire ni 2,8 millions de malades, ni 2,8 millions de morts.

Pour situer l’échelle, la publication du British Journal of Psychiatry parue en janvier 2025 à partir de l’étude Global Burden of Disease évalue la charge mondiale des troubles dépressifs à 56,33 millions d’AVCI en 2021, tous âges confondus, avec un pic entre 55 et 64 ans. Rapportés à ce total, 2,8 millions représentent un ordre de grandeur d’environ 5 %. La comparaison reste indicative : les sources disponibles ne précisent pas la tranche d’âge sur laquelle porte l’estimation du Lancet, et les deux périmètres ne sont pas identiques. Le volet obésité relève du même raisonnement, et rejoint ce que décrit l’article sur le diabète de type 2 chez les adolescents.

Surpris mère et fille en utilisant une tablette ensemble

Une estimation qui suppose la causalité que la revue n’établit pas

Le calcul précédent a une hypothèse silencieuse. Pour attribuer des années perdues aux écrans, il faut traiter l’association observée comme si elle était causale — comme si réduire l’exposition faisait disparaître l’excès de risque. C’est précisément ce que la revue dit ne pas pouvoir établir.

Deux mécanismes alternatifs suffisent à faire baisser le chiffre. Le premier est la causalité inverse : un jeune qui va mal peut se replier sur les écrans, et l’usage intensif devient alors une conséquence de la dépression plutôt que sa cause. Le second tient aux facteurs communs : précarité, isolement ou sommeil déjà perturbé peuvent pousser à la fois vers l’écran et vers la dépression, sans lien direct entre les deux. Dans l’un et l’autre cas, la charge réellement attribuable aux écrans est plus faible que 2,8 millions d’années, et peut l’être de beaucoup.

L’un des auteurs, Falk Müller-Riemenschneider, de l’Université nationale de Singapour, borne lui-même la portée du chiffre dans une couverture parue le jour de la publication : les projections sont « destinées à être illustratives » et « ne doivent pas être prises pour une mesure exacte du préjudice ». Le chiffre est un ordre de grandeur conditionnel. Il dit ce qu’on obtiendrait si l’association était causale, pas ce qui se produit.

Il y a une seconde fissure, plus discrète. L’estimation utilise un seuil de durée — deux heures par jour —, alors que l’association la plus constante de la revue porte sur un schéma d’usage problématique. La série mobilise ainsi deux expositions différentes : l’une sert au calcul de population, l’autre au résultat le plus solide. Elles ne se superposent pas. Un seuil horaire ne distingue pas la manière d’utiliser l’écran, et l’usage problématique, mesuré par l’enquête HBSC, concerne une minorité d’adolescents. Les sources disponibles ne donnent pas la part de jeunes au-delà de deux heures. Ce seuil reste un paramètre de calcul : ni une norme médicale, ni une recommandation de la série.

Défilement infini, lecture automatique, recommandations : le maillon de la conception

Si le risque tient moins à la durée qu’à un usage de type addictif, la question change de nature. Elle ne porte plus seulement sur le nombre d’heures, mais sur ce qui entretient la perte de contrôle. C’est sur ce maillon que la série déplace sa cible, de l’utilisateur vers le produit.

Jay Shaw, de l’Université de Toronto, l’un des auteurs, formule la thèse dans le communiqué de l’éditeur : « Des fonctions comme le défilement infini, la lecture automatique et les fils de recommandation personnalisés sont des choix de conception délibérés, pas simplement une question de maîtrise de soi individuelle. »

Le mécanisme proposé tient en deux opérations. La première supprime les points d’arrêt. Un journal papier a une dernière page, un épisode a un générique ; le défilement sans fin et l’enchaînement automatique des vidéos retirent ces bornes, si bien que l’arrêt devient une décision active à prendre contre le flux plutôt qu’un moment qui se présente de lui-même. La seconde ajuste le contenu. Un fil de recommandation sélectionne ce qui a retenu l’attention auparavant, et sert davantage du même. Les deux opérations jouent sur l’un des symptômes qui définissent l’usage problématique : la difficulté à s’arrêter.

Agir sur ces fonctions déplace la responsabilité. Tant que le problème est formulé en heures, il revient aux familles de minuter. Formulé en conception, il revient au fabricant, comme on encadre un produit plutôt que son consommateur. C’est pourquoi la série ne se conclut pas sur un temps d’écran recommandé.

La limite doit être dite au même endroit. Cette chaîne — fonctionnalité, puis usage compulsif, puis atteinte à la santé — est la thèse des auteurs, appuyée sur la revue, mais elle n’est pas quantifiée fonction par fonction dans les sources disponibles. Aucune ne mesure ce que le défilement infini, pris isolément, ajoute au risque. Et elle s’articule avec la vulnérabilité individuelle : une même fonction ne pèse pas de la même façon sur un adolescent bien entouré et sur un adolescent déjà en difficulté.

Des données d’usage enfermées chez les plateformes

La faible certitude de la revue ne tient pas seulement à la qualité des études. Elle est en partie structurelle. La recherche indépendante mesure surtout un temps d’écran déclaré par les jeunes eux-mêmes, avec les imprécisions de toute auto-évaluation. Les plateformes, elles, détiennent les journaux d’usage réels : quelles fonctions sont utilisées, combien de temps, quels contenus ont été servis à qui.

Louise Holly, du DTH-Lab, autrice de la série, le souligne : les données les plus utiles sur les effets réels des plateformes restent détenues par les entreprises, ce qui limite l’examen indépendant et ralentit la recherche. Le problème scientifique et la recommandation politique se rejoignent ici. L’une des propositions de la série consiste à obliger les entreprises à partager leurs données d’impact avec des chercheurs habilités. Elle vise précisément la limite qui fragilise la revue. Une mesure de l’exposition fondée sur l’usage réel, et non déclaré, permettrait de tester directement l’hypothèse sur les fonctions de conception.

Traité sous l’égide de l’OMS, évaluation avant lancement : la portée réelle des recommandations

La série formule trois recommandations, selon le communiqué de l’éditeur. La première porte sur les entreprises : les obliger à évaluer les risques de leurs produits avant leur mise sur le marché, et à partager leurs données d’impact avec des chercheurs habilités. La deuxième propose un traité mondial de gouvernance, placé sous l’égide de l’OMS, qui fixerait des normes minimales. La troisième prévoit un organe international chargé de suivre les effets de l’intelligence artificielle sur les jeunes.

Ce sont des propositions d’auteurs. L’OMS n’a annoncé aucun traité dans les documents disponibles, et un traité international suppose une négociation entre États. Pour une famille en France, rien ne change donc dans l’immédiat.

La série s’inscrit en revanche dans une trajectoire lisible. En 2024, dans The Lancet Public Health, la même équipe — Holly, Kickbusch et Demaio — proposait trois familles d’interventions : retarder l’exposition des très jeunes enfants, réduire l’usage à tout âge, atténuer les conséquences nocives, le tout dans une gouvernance de précaution. En mai 2025, l’OMS Europe publiait une note d’orientation sur les déterminants numériques de la santé mentale des jeunes, après analyse des politiques de 42 pays et du cadre de l’Union européenne. En 2026, l’accent se déplace. Il passe de l’usage individuel aux obligations des entreprises : évaluation avant lancement, accès aux données.

Les deux logiques ne s’excluent pas, mais elles ne visent pas le même levier. Le texte français qui encadre l’accès des plus jeunes vise l’âge, comme le détaille l’article sur l’interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans. La série du Lancet propose d’agir sur ce que les plateformes mettent entre les mains des jeunes, quel que soit leur âge.

Causalité : l’expérience qui manque encore et qui pourrait trancher

Le chiffre de 2,8 millions d’années restera illustratif tant qu’une question n’est pas tranchée : l’usage problématique précède-t-il la dégradation de la santé, ou la suit-il ? Les études transversales, qui photographient une population à un instant donné, ne peuvent pas répondre. Il faut des études longitudinales, qui suivent les mêmes jeunes dans le temps, ou expérimentales, qui modifient l’exposition et observent l’effet.

Encore faut-il mesurer l’exposition correctement. Une étude qui compare des fonctions de conception, plutôt que des heures déclarées, suppose un accès aux journaux d’usage des plateformes. C’est la même condition nécessaire que celle désignée par la recommandation sur le partage des données. Sur le rôle propre de la conception, la réponse dépend donc d’une décision qui n’appartient pas aux chercheurs.

Établi, estimé, proposé : statut des principaux éléments de la série « Digital Determinants of Health » (The Lancet, publiée le 4 octobre 2026 selon l’éditeur), d’après le communiqué de l’éditeur
ConstatStatutNiveau de preuveSource
Usage problématique associé à des troubles courants de la santé mentale, à des troubles du sommeil et à une baisse de l’activité physiqueÉtabli, comme associationAssociations constantes, d’ampleur modeste, de faible certitude ; pas de lien de cause à effetRevue parapluie, 121 revues
Usage modéré et jeux vidéo actifs associés à un bien-être plus élevéÉtabli, comme associationAssociations, pas lien de cause à effet ; niveau de certitude non détaillé dans les sources disponiblesRevue parapluie, 121 revues
Environ 2,8 millions d’années de vie en bonne santé perdues par dépression et 240 000 par obésité, chaque année dans le mondeEstiméProjection illustrative qui suppose une causalité non établie ; pas une mesure du préjudiceAuteurs de la série
Seuil de deux heures d’écran par jourParamètre de calculNi norme médicale ni recommandationAuteurs de la série
Évaluation des risques avant lancement, partage des données, traité sous l’égide de l’OMS, organe de suivi des effets de l’IAProposéRecommandations d’auteurs ; aucune décision institutionnelle dans les documents disponiblesAuteurs de la série

Cet article n’est pas un avis médical. Le seuil de deux heures cité plus haut n’est pas une recommandation clinique. Si l’humeur, le sommeil ou l’usage des écrans d’un enfant ou d’un adolescent vous inquiète, le médecin traitant ou le pédiatre reste l’interlocuteur ; en cas de détresse, le 3114, numéro national de prévention du suicide, répond 24 h/24.

FAQ — écrans et santé des jeunes

Les écrans rendent-ils les jeunes dépressifs ?

Ce n’est pas établi. La revue parapluie publiée dans la série du Lancet trouve des associations constantes entre usage problématique des médias numériques et troubles de la santé mentale, mais ses auteurs les qualifient de modestes et fondées sur des preuves de faible certitude, qui ne permettent pas d’établir de lien de cause à effet. Un jeune qui va mal peut aussi se replier sur les écrans.

Que signifie « usage problématique » ?

Un usage qui présente des traits de type addictif : perte de contrôle, sentiment de manque, abandon d’autres activités, conséquences négatives sur la vie quotidienne. Il ne se définit pas par le temps passé en ligne. Deux jeunes qui passent autant de temps devant un écran peuvent donc relever de deux catégories différentes.

D’où vient le chiffre de 2,8 millions d’années ?

C’est une estimation illustrative des auteurs : plus de deux heures d’écran par jour pourraient être associées à environ 2,8 millions d’années de vie en bonne santé perdues par dépression chaque année dans le monde, et 240 000 par obésité. Le calcul multiplie un faible excès de risque par une exposition très répandue. Il suppose une causalité que la revue n’établit pas, et l’un des auteurs précise qu’il ne doit pas être pris pour une mesure exacte du préjudice. Il ne s’agit ni d’un nombre de malades, ni d’un nombre de morts.

Faut-il limiter le temps d’écran à deux heures par jour ?

La série n’en fait pas une recommandation. Les deux heures sont un paramètre utilisé pour le calcul de population, pas une norme médicale. Le résultat le plus constant de la revue porte sur la manière d’utiliser les écrans plutôt que sur la durée. Pour une situation particulière, le médecin traitant ou le pédiatre reste l’interlocuteur.

Qu’est-ce qu’une revue parapluie ?

Une synthèse de revues déjà publiées, elles-mêmes synthèses d’études. Celle de la série en rassemble 121, couvrant 9 millions de personnes de moins de 25 ans. Ce n’est pas une étude qui aurait suivi 9 millions de jeunes : elle offre une vue d’ensemble, mais hérite de la qualité et des recouvrements des études de base.

Les écrans ont-ils aussi des effets positifs ?

La revue identifie des associations favorables : un usage modéré va de pair avec un bien-être plus élevé, et les jeux vidéo actifs avec un bien-être plus élevé et des modes de vie plus sains. Un usage intentionnel et accompagné est aussi présenté comme source possible d’autonomie, d’information et de lien social. Ces liens favorables ne rendent pas les associations défavorables nulles.

Que propose la série aux États ?

Obliger les entreprises à évaluer les risques de leurs produits avant leur mise sur le marché et à partager leurs données d’impact avec des chercheurs habilités, conclure un traité mondial de gouvernance sous l’égide de l’OMS fixant des normes minimales, et créer un organe international de suivi des effets de l’IA sur les jeunes. Ce sont des propositions d’auteurs : l’OMS n’a annoncé aucun traité dans les documents disponibles.

Qui a écrit la série du Lancet sur les écrans ?

Une équipe internationale présidée par Ilona Kickbusch, du Digital Transformations for Health Lab (DTH-Lab), en Suisse. Parmi les auteurs figurent notamment Louise Holly (DTH-Lab), Falk Müller-Riemenschneider (Université nationale de Singapour) et Jay Shaw (Université de Toronto). Un groupe consultatif de six jeunes adultes de 23 à 30 ans a échangé avec eux.